samedi 16 décembre 2017

Le crime de l'Orient Express

Le luxe et le calme d’un voyage en Orient Express est soudainement bouleversé par un meurtre. Les 13 passagers sont tous suspects et le fameux détective Hercule Poirot se lance dans une course contre la montre pour identifier l’assassin, avant qu’il ne frappe à nouveau.
Autant le dire immédiatement, je suis fan du travail de David Suchet qui constitue à mes yeux la meilleure incarnation d'Hercule Poirot : pointilleux, méticuleux, brillant, profondément bon malgré son ego démesuré, croyant et, dans cet opus, plein de doutes. Kenneth Branagh propose un Poirot plus athlétique qui se bat et tient une arme (pourquoi ? et en même temps, c'est cohérent avec la volonté manifeste de Branagh de donner sa vision du roman) mais respecte plutôt bien le personnage et j'aime sa moustache. Leurs ego ont dû se rencontrer. Le reste du casting s'avère excellent mais sous-exploité du fait de l'omniprésence de Branagh qui m'agace autant qu'elle m'amuse puisqu'elle correpsond à un trait de caractère de l'orgueilleux détective qui adore se mettre en scène. Daisy Ridley, Judi Dench et Michelle Pfeiffer tirent leur épingle du jeu, et Sergei Polumin -que je ne connais pas- impose sa présence physique. Du reste, si je peux comprendre que le colonel Arbuthnot soit devenu médecin pour supprimer un personnage qui n'a d'intérêt que pendant dix minutes et se serait par la suite révélé encombrant, je comprends pas pourquoi il est devenu noir. De même que d'autres modifications, heureusement, dans l'ensemble légères, cela n'apporte rien à l'intrigue sinon une pseudo modernité que l'on n'attend pas d'une adaptation d'Agatha Christie. Je trouve que Badgad prend trop de place par rapport à la résolution du crime, d'autant qu'il semble que certaines scènes d'interrogatoire aient été coupées au montage, d'où au moins une gros incohérence dans la résolution. Dommage parce que le film a beaucoup de qualités. A commencer par une esthétique soignée, une photographie léchée et une reconstitution des années 30 réussie. 
 
7,5/10
 

vendredi 15 décembre 2017

Star wars : the last jedi

 
Les héros du Réveil de la force rejoignent les figures légendaires de la galaxie dans une aventure épique qui révèle des secrets ancestraux sur la Force et entraîne de surprenantes révélations sur le passé…

Ce deuxième opus, quoique que comportant, comme le précédent, trop de longueurs, est meilleur. Comme Rogue One, il souffre d'être parfois un peu creux dans son cycle narratif très concentré, ce qui est relativisé par la capacité des scénaristes à supprimer des personnages à tout moment. Il alterne scènes de bataille spatiale épique et scènes intimistes avec brio pour mieux faire monter la tension jusqu'au climax final, et ce, sans oublier l'humour (ça ne me dérange pas mais il faudrait informer Disney que ce n'est pas obligatoire et que le premier degré, ça marche aussi). Du casting toujours excellent, Adam Driver et Laura Dern tirent leur épingle du jeu, tandis que Daisy Ridley paraît légèrement sous-utilisée et que Mark Hamill semble être sur le point de pleurer à chaque gros plan. Carrie Fischer, je ne sais pas comment, est parfaite en général de la Rébellion. Mais une scène la concernant s'avère très étrange. Les effets spéciaux, au top, rendent l'espace à la fois immense et tout petit, même sans 3D. Le duel entre Kylo Ren et Rey, colonne vertébrale du film, tient le spectateur en haleine alors que l'évolution de Poe se fait enfin sentir. Rian Johnson propose un space opera foisonnant, un peu foutraque, généreux. 
8,5/10


 

mardi 12 décembre 2017

Christmas Pudding de Nancy Mitford

Le titre et la quatrième de couv' m'avaient alléchée. Les critiques lues dans un magazine aussi.
Un Noël à la campagne dans le Gloucestershire. La perspective est séduisante pour un groupe de jeunes mondains, un peu las de la routine londonienne, qui décident de séjourner à proximité du domaine de Lady Bobbin et de ses enfants.
Nancy Freeman-Mitford (1904 - 1973), plus connue sous le nom de Nancy Mitford, est une romancière et biographe britannique aussi célèbre pour ses œuvres que pour son rôle prépondérant dans la vie mondaine, en France comme en Grande-Bretagne, au cours de l'entre-deux-guerres.
Elle fréquente dans sa jeunesse les Bright Young People, un groupe de jeunes aristocrates hédonistes qui défrayaient la chronique, et qui formera le sujet de l'un de ses livres. Grande mondaine de l'entre-deux-guerre, elle rencontre, connaît et reçoit dans son salon les beaux esprits de son temps. Elle atteint la notoriété au début de l'après-guerre avec ses romans À la poursuite de l'amour et L'Amour dans un climat froid. Elle s'installe plus tard à Paris, puis en 1969 à Versailles afin de se rapprocher de Gaston Palewski, son amant depuis 1945. Celui-ci la quitte pour épouser en mars 1969, à 68 ans, Helen-Violette de Talleyrand-Périgord, sa maîtresse attitrée, récemment divorcée. Opérée peu de temps après d'une tumeur cancéreuse au foie, Nancy meurt quatre ans après. On lui attribue la classification U and non-U, quintessence du snobisme britannique, qui répertorie les usages U (c'est-à-dire upper class) et non-U (propres à la petite bourgeoisie, et donc à proscrire) : elle n'a fait qu'en populariser la notion. 

Pour être complètement honnête, j'ai atteint la page 70 avant de lâchement abandonner. Avec un certain soulagement. J'ai même failli le faire avant. Deux fois. De ma part, c'est rare : j'aime finir les livres, même quand l'œuvre ne me passionne pas comme elle le devrait. Cependant, la seule idée d'ouvrir encore le livre me gonflait. Vraiment. J'ai tout détesté dans le début de ce court roman, y compris la présentation en une ou deux phrases des personnages qui m'a perdue dès le départ. J'ai essayé de tout retenir, les noms et les caractéristiques. Peine perdue ! Ensuite, les personnages justement : une longue agonie que de subir ces snobs stupides, ridicules et dépourvus de qualité. Même celle qui est présentée comme intelligente s'avère parfaitement horripilante et à peine plus maligne que les autres. Quant au prétendu écrivain tragique, il est pathétique et absurde mais jamais attachant. J'ai beau savoir qu'il s'agit d'une parodie, d'une description ironique et sarcastique de la société anglaise désœuvrée de l'entre-deux guerres, je ne me suis pas amusée, à une ou deux brèves exceptions près. De surcroît, pour un livre aussi court, l'intrigue ne démarre pas. Le roman est sensé être un bijou de drôlerie, ce fut pour moi un monument d'ennui. 

2/10

dimanche 10 décembre 2017

Coco Chanel et Igor Stravinsky

Début 2010 est sorti un autre film sur coco Chanel, cette fois centré sur sa ralation avec Igor Stravinsky.  
Paris, 1913, Coco Chanel, toute dévouée à son travail, vit une grande histoire d'amour avec Boy Capel. Au Théâtre des Champs-Élysées, Igor Stravinsky présente le Sacre du Printemps. Coco est subjuguée. Mais l’œuvre, anticonformiste, est huée par la salle. Sept ans plus tard, Coco, couronnée de succès, est dévastée par la mort de Boy. Elle propose à Igor, fuyant la Révolution russe, de l'héberger dans sa villa à Garches, pour qu'il puisse travailler. Il s'y installe avec ses enfants et sa femme. Commence alors une liaison passionnée entre les deux créateurs.
On peut regretter quelques longueurs inutiles et les scènes filmées caméra à l'épaule qui sont désagréables sans rien apporter au film, de même que les scènes où les deux personnages sont vieux, la scène post générique de fin étant, à ce titre, incompréhensible. On comprend mal les raisons d'agir des personnages, dont la passion ne se ressent qu'en pointillé, et notamment de Chanel car elle a vraiment très peu de dialogues, ce qui certes correspond à sa relation avec Stravinsky mais il fallait tout de même qu'elle ait des amis, or, on ne les voit quasiment pas. Parfois, l’esthétique superbe du film se fait au détriment du reste, notamment de la qualité des dialogues. On ne parle pas assez de la création ; cela dit, la musique est magnifique et très moderne car c'est d'abord la modernité que ces deux artistes partagent. Leur rivalité apparaît au-delà de la liaison : "Je suis aussi puissante que vous et j'ai plus de succès. Réponse de Stravinsky : vous n'êtes pas une artiste, vous n'êtes qu'une vendeuse de tissus.". Elle permet un peu d'humour, rare dans le film. Elle pose aussi l'intéressante question de savoir si la mode est un art. Mouglalis campe une Chanel froide, dure, égoïste, hautaine, orgueilleuse, lâchons le mot : carrément garce, et pourtant attachante et certainement plus proche de la réalité que ne l'était l'excellente Audrey Tautou, presque trop douce. Quant à ceux qui ont reproché à l'actrice de faire trop top model, il ne faut pas oublier que Chanel était très mince, presque maigre et qu'elle avait ce genre de traits même si la ressemblance n'est pas parfaite. J'ai beaucoup aimé sa voix, grave et chaude. Mikkelson propose un Stravinsky sobre, déchiré entre deux femmes qu'il aime, curieusement introverti par rapport à sa musique, son sourire -rare- en est d'autant plus lumineux. J'ai aussi noté qu'il joue lui-même au piano au moins une partie des solos, appréciable d'autant que l'acteur a de belles mains. Elena Morozova est excellente dans le rôle de son épouse, fragile, malade même, mais d'une dignité touchante. Les costumes sont superbes de même que les décors pour une reconstitution de qualité. Enfin, la fin est inachevée : on ignore comment leur liaison se termine vraiment alors que c'est le sujet du film.

7/10

Coco avant Chanel


Un peu d'élégance en ce dimanche soir. Nous remontons à 2009 pour un joli film.
De la petite fille placée dans un orphelinat avec sa sœur qui attend en vain que son père vienne les chercher à la rebelle dotée d'un sens inné de l'élégance en passant par la chanteuse de beuglant, la petite couturière et l'apprentie-courtisane trop maigre : c'est l'histoire de Coco Chanel, qui incarna la femme moderne avant de l'inventer. 
Mlle Coco Chanel, LA référence de la mode élégante et classe, un monument du style. Il est naturel qu'il faille plusieurs films pour appréhender son histoire. Celui-là se concentre sur ses débuts, avant la célébrité, avant le succès.
Anne Fontaine propose une réalisation sobre et classique dans laquelle la musique complète bien la scène qu'elle accompagne et les décors sont beaux. Les costumes sont parfaits, notamment ceux de Tautou (merci Lagerfeld). Audrey Tautou s'avère magnifique en Chanel : une femme forte et fragile, fière jusqu'à l'orgueil, indépendante, moderne, et pourtant émouvante dans sa simplicité, magnétique. Les seconds rôles sont excellents : Poelvoorde en Balsan est très touchant (bien meilleur que je ne l'aurais cru ; son aveu de jalousie constitue une scène bouleversante), Nivola incarne un Capel séduisant, Emmanuelle Devos, une pétillante demi-mondaine comédienne ratée. Ce qui m'a gênée, c'est la brièveté de la période racontée qui conduit à une certaine frustration, on veut en savoir plus. Quelques mois plus tôt un téléfilm diffusé sur la 2, en deux parties, il est vrai, permettait d'en dévoiler plus. De plus, le film aurait pu mieux développer l'aspect création artistique de Chanel.

8,5/10

mercredi 6 décembre 2017

Bienvenue à Suburbicon

Suburbicon est une paisible petite ville résidentielle, l’endroit parfait pour une vie de famille. Durant l’été 1959, sous cette apparente tranquillité, entre les murs de ces pavillons, se cache une réalité tout autre faite de mensonge, de trahison, de duperie et de violence... Bienvenue à Suburbicon.

Après un départ inquiétant (dans le bon sens du terme), le film sombre dans l'ennui, notamment parce que l'intrigue se dévoile très vite sans beaucoup de suspense, avant de repartir vers un final glaçant et drôle à la fois. L'un des dernières scènes s'avère particulièrement marquante et flippante alors que d'autres m'ont laissé un goût de déjà-vu. L'influence des classiques des 50's est flagrante. Le propos est clair : sous le vernis policé de la banlieue proprette se cachent des monstres et sous de multiples formes. Je ne comprends pas pourquoi Clooney a développé la sous-intrigue des voisins Afro-américains, qui, pour intéressante qu'elle soit, n'a pas de lien avec l'intrigue principale sinon de se passer au même endroit. Matt Damon et Julianne Moore tiennent leur rôle avec brio mais c'est surtout le petit Noah Jupe qui explose.  Les personnages sont presque tous d'une grande noirceur et d'une cruauté sans nom. 

6/10

Santa & Cie

Le réveillon approche et les 92 000 lutins chargés de fabriquer les cadeaux des enfants tombent tous malades en même temps ! C'est un coup dur pour Santa (Claus), plus connu sous le nom de Père Noël... il n'a pas le choix : il doit se rendre d'urgence sur Terre avec ses rennes pour chercher un remède. À son arrivée, il devra trouver des alliés pour l'aider à sauver la magie de Noël.
Un film d'Alain Chabat, c'est la promesse de se marrer. Ici, promesse tenue même plutôt que d'enchaîner les vannes toutes les deux minutes, le réalisateur se montre plus tendre, évoquant ainsi les films de Noël américains. Le casting est bon, avec un mention spéciale à Audrey Tautou en mère Noël aussi aimante que mutine, un rien grincheuse, et à Alain Chabat en père Noël de mauvaise foi, un rien fainéant et pourtant terriblement attachant. Les effets spéciaux, de qualité, offrent quelques belles scènes, notamment celle de la fabrication des cadeaux, géniale et follement inventive. Les rebondissements, cocasses, se succèdent dans cette comédie enlevée pleine de charme qui met en scène une magie du merveilleux avec une certaine élégance. Ce n'est pas hilarant, le scénario laisse à désirer, toutefois on en ressort avec un vrai sourire. 

7,5/10

samedi 2 décembre 2017

Le bonhomme de neige

Harry Hole, policier alcoolique, enquête sur la disparition d’une femme lors des premières neiges. Avec l’aide d’une brillante recrue, il tente d’établir un lien entre plusieurs cas non élucidés et ce dernier crime afin de mettre un terme à une série de crimes sordides. 
La scène d'introduction est glaçante. La tension se maintient un moment puis retombe en même temps que le rythme, qui connaît un sérieux ralentissement vers le milieu. Vers le deuxième tiers, j'ai aussi deviné qui est l'assassin. Si l'intrigue commence bien, les indices semés sont donc un peu trop évidents et le récit trop elliptique, souffrant des errements d'une production apparemment catastrophique. Heureusement, le casting s'avère à la hauteur, particulièrement Michael Fassbender, toujours aussi charismatique, Rebecca Ferguson et Charlotte Gainsbourg. Ce qui rend le film intéressant, c'est son atmosphère glaciale et sa galerie de personnages qui auraient mérités de plus amples développements, de même que certaines pistes, amenées puis écartées sans raison.

6/10

mercredi 29 novembre 2017

C'est tout pour moi

Depuis toute petite, Lila veut devenir danseuse, n’en déplaise à son père. Elle débarque à Paris pour réaliser son rêve, mais de galères en désillusions, elle découvre la réalité d’un monde qui n’est pas prêt à lui ouvrir ses portes.
Premier film charmant mais brouillon et partant dans tous les sens, C'est tout pour moi est une comédie dramatique sur l'amour filial et la rage de vaincre. Nawell Madani, dont la joyeuse ambition est communicative, raconte aussi le nécessaire travail derrière un sketch et l'ambiance parfois détestable qui règne dans le milieu du stand-up. Elle s'est intelligemment adjoint François Berléand et Mimoun Benabderrahmane, tous deux excellents. Souvent drôles, les dialogues sont percutants et plutôt bien écrits mais pas hilarants non plus. Dommage que je n'ai pas compris tous les mots parfois avalés par les comédiens. Le scénario, sans surprise, souffre d'une prévisibilité agaçante. En bref, il y a du potentiel mais il va falloir bosser.

5/10

samedi 25 novembre 2017

Battle of the sexes

1972. La championne de tennis Billie Jean King remporte trois titres du Grand Chelem. Refusant d'être payée moins que ses homologues masculins, elle engage un bras de fer avec l'establishment du tennis. C'est alors que l'ancien numéro un mondial Bobby Riggs, misogyne et provocateur, met Billie Jean au défi de l'affronter en match simple.

Riggs est-il misogyne ou a-t-il tellement envie et besoin de revenir sur le devant de la scène du tennis qu'il est prêt à toutes les provocations pour y parvenir ? Je n'ai pas encore réussi à répondre à la question. Après tout il était ami avec Billie Jean King, non ? Émaillé de quelques répliques franchement drôles, le film souffre d'un gros manque de rythme en son milieu ainsi que d'un manque d'audace. Le résultat est trop timoré pour convaincre totalement, malgré de vraies qualités, notamment du point de vue du casting. Emma Stone, enlaidie, campe avec justesse une femme aussi passionnée qu'incertaine. Steve Carell joue bien les connards prétentieux, c'est un compliment. Ils sont notamment accompagnés par les excellents Andrea Riseborough, Alan Cumming et Austin Stowell. Ce dernier a hérité du joli rôle du mari de la joueuse, dont le comportement est particulièrement élégant. J'ai aimé le match final mais je trouve que l'on ne voit pas assez de tennis dans cette reconstitution clinquante mais globalement réussie des années 70. Le film évoque aussi la difficulté de la différence, des relations aux media et d'amour. Je regrette qu'il n'ait pas plus insisté sur son sujet principal : la lutte des joueuses de tennis pour obtenir les mêmes droits que les hommes, sacrifiant trop de temps sur les hésitations sexuelles de l'héroïne. Et aujourd'hui ?

6,5/10

La fleur de verre de George R. R. Martin

Attirée par la jolie couverture et le nom de l'auteur, j'ai récemment acheté ce recueil de nouvelles. Un mystérieux artefact qui permet de changer de corps... au prix d’un sacrifice terrible. Une étrange auberge où l’on croise de curieux voyageurs... mais où personne n’est ce qu’il prétend être. Des enlèvements inexpliqués... Une ancienne petite amie un peu trop envahissante... Une lutte entre le Bien et le Mal digne des meilleurs pulps des années 1950... Les nouvelles de George R. R. Martin sont autant de redoutables récits à l’écriture implacable, où se côtoient horreur, fantastique et science-fiction. 

George R. R. Martin (1948 - ) a écrit des fan fictions dès l'adolescence et remporte en 1965 un Alley Award. Diplômé en journalisme et objecteur de conscience, il accomplit, au lieu de partir au Viêt Nam, deux ans de volontariat dans le cadre du programme de la guerre contre la pauvreté. Ensuite, il devient superviseur de tournois d'échecs, puis professeur de journalisme. Dans le même temps, il écrit des nouvelles de science-fiction qui lui valent une certaine reconnaissance. Il remporte en 1975 le prix Hugo du meilleur roman court pour Chanson pour Lya. En 1975, il se marie avec Gale Burnick mais le couple divorce en 1979. La même année, Martin devient écrivain à plein temps. En 1980, il remporte le prix Hugo, le prix Locus et le prix Nebula pour sa nouvelle Les Rois des sables. Il aborde aussi le genre de l'horreur avec ses romans Riverdream (1982) et Armageddon Rag (1983). Au milieu des années 80, il travaille pour la télévision comme scénariste pour La Cinquième Dimension et La Belle et la Bête, participant aussi à la production de cette dernière série. Une de ses nouvelles, Le Volcryn, est adaptée au cinéma avec le film Nightflyers en 1987. Parallèlement à ces travaux, il entame dès 1987 un travail d'éditeur avec une série nommée Wild Cards. Au début des années 90, il revient à l'écriture en entamant le cycle de fantasy Le Trône de Fer (A Song of Ice and Fire). Les trois premiers romans remportent le prix Locus du meilleur roman de fantasy et la saga connaît un succès commercial grandissant. En janvier 2007, la chaîne de télévision HBO acquiert les droits d'adaptation dans l'intention d'en faire une série télévisée. Martin participe à sa production et écrit le scénario d'un épisode par saison. Il vit désormais à Santa Fe, où il possède un cinéma, et s'est marié le 15 février 2011 avec Parris McBride, sa compagne depuis les années 1980. 

La première nouvelle est celle qui donne son titre au recueil. C'est une histoire sombre, racontée par une femme vieille et jeune à la fois qui dirige une planète étrange sur laquelle se joue un jeu très dangereux. Il y est question de ce qui fait un être humain et d'immortalité. Il y a matière à écrire un roman sur ce jeu brutal, pervers, peuplé d'âmes avides et de malheureux qui peuvent aussi gagner. Intriguant. 
La deuxième, Une nuit au chalet du lac, est un conte écolo étrange à l'ambiance glauque qui réunit des personnages assez antipathiques. Si le talent d'écriture y est, le monde triste et mourant présenté ici rend parfois la lecture difficile malgré des pointes d'humour noir redoutables. Là aussi il y a matière à un beau roman crépusculaire.
Cette bonne vieille Mélodie offre un ton plus léger, du moins au départ. Le personnage principal est confronté au retour d'une encombrante vieille amie de fac, véritable et insupportable emmerdeuse chouineuse. Cette nouvelle m'a fait penser à Stephen King avec son final twisté dont je n'avais vu venir que la première partie. De l'art de se souvenir des vieilles promesses de beuverie. 
Le régime du singe est une brève nouvelle cruelle et ironique qui se moque allègrement de tous les prétendus régimes miracles. 
 Les hommes aux aiguilles raconte l'histoire d'un journaliste qui découverte la vérité sur une vieille légende urbaine. Dotée d'un aspect social marqué, cette nouvelle explore aussi la déshumanisation des grandes villes et, en filigrane, les affres de l'ambition avide. 
Y a que les gosses qui ont peur du noir, c'est une brève nouvelle horrifique qui ne me laissera pas un souvenir impérissable, même si la fin est maligne.
On ferme est sans doute le texte que j'ai préféré dans ce recueil. Des hommes dans un bar et la courte genèse d'une fin du monde absurde et drôle. Brillant.
En résumé, ce recueil s'avère aussi éclectique que les goûts de Martin. De la dark fantasy, de la SF, de l'horreur, du fantastique... Chacun peut y trouver son compte du moment qu'il apprécie l'ironie -ce qui est mon cas- car c'est peut-être le vrai fil rouge qui relie toutes ces nouvelles, en plus, bien sûr, de la plume à la fois sèche et lyrique de l'auteur. 
Et en bonus, une interview de l'auteur à la fin ! 

7/10

mercredi 22 novembre 2017

Madame

Anne et Bob, un couple d’Américains fortunés récemment installé à Paris, convient douze invités triés sur le volet. Lorsque Anne réalise qu’un treizième couvert est posé, elle demande à Maria, sa bonne, d’enfiler une robe et de se faire passer pour une riche amie espagnole.

N'ayant pas vu la bande annonce ni la moindre promo, je suis allée voir le film sur le nom des acteurs et l'affiche. Plutôt bonne pioche quoiqu'imparfaite. Madame c'est l'histoire cruelle d'une élite snob qui se croit libérale qui se trouve confrontée au naturel et à la liberté d'une domestique efficace. Rossy de Palma campe cette femme un peu naïve mais aussi sincère, face à une Toni Collette glaciale en bourgeoise, ex-prof de tennis, vraie garce qui s'ennuie derrière son sourire de façade. Harvey Keitel, Michael Smiley et Tom Hughes complètent joliment le casting. Tout ici est policé et se fait en secret, ou du moins en cachette. Amanda Sthers, auteur et réalisatrice, abuse des clichés et n'évite pas un sentiment de déjà-vu, notamment la première scène dans la cour des colonnes tronquées. Poussif, son film manque de saveur malgré le réel abattage des acteurs. Heureusement, on rit jaune des bassesses de ces personnages plus largués qu'ils ne le croient.

6/10

dimanche 19 novembre 2017

Un été à Pont-Aven de Jean-Luc Bannalec

On m'a offert ce livre récemment. Je ne suis pas une fan de romans policiers mais je ne boude jamais mon plaisir face à un livre offert.
Pont-Aven. Pierre-Louis Pennec, propriétaire du Central, l'un des hôtels les plus fameux du centre-ville, a été retrouvé assassiné dans son établissement. Le commissaire Georges Dupin, muté dans le Finistère quelques années auparavant, et très attaché à sa région d’adoption, est chargé de l’enquête. A première vue, les témoignages de tous convergent, lisses, sans faille. Pourtant, il flaire une piste lorsqu'il apprend que Pennec savait ses jours comptés. Qui sont les héritiers de ce dernier, et que lègue-t-il au-delà de son prestigieux hôtel ? 


Jörg Bong (1966 - ) est un éditeur allemand, traducteur, critique littéraire, et écrivain.
Il a étudié la littérature allemande, la philosophie, l'histoire et la psychologie à l'Université rhénane Frédéric-Guillaume de Bonn et à l'Université Johann Wolfgang Goethe de Francfort-sur-le-Main. Il a été assistant de recherche du Professeur Dr Volker Bohn et de Silvia Bovenschen. Il obtient son doctorat à Francfort sur le concept de l'imagination et les enjeux esthétiques entre la fin du siècle des Lumières et le début du romantisme dans l'œuvre de Ludwig Tieck. Depuis 1997, Jörg Bong travaille pour la maison d'édition S. Fischer Verlag et vit Francfort-sur-le-Main. Il en est devenu le directeur en 2008. Jörg Bong est aussi co-rédacteur en chef du magazine littéraire Neue Rundschau.
En mars 2012, sous le pseudonyme de Jean-Luc Bannalec, il publie Bretonische Verhältnisse – Ein Fall für Kommissar Dupin (Un cas pour le commissaire Dupin) qui rentre dans la liste des best-sellers du magazine Der Spiegel. Le livre qui relate les aventures du commissaire Dupin en Bretagne est véritable succès en Allemagne, vendu à plus de 1 000 000 exemplaires. Un téléfilm allemand tiré du roman est tourné au mois de septembre 2013 entre Concarneau et Pont-Aven. Ce roman traduit en français sous le titre Un été à Pont-Aven sort en France en avril 2014. Son deuxième roman, Bretonische Brandung : Kommissar Dupin zweiter Fall (Étrange printemps aux Glénan), sort en Allemagne en 2013 et se vend à plus de 350 000 unités. La troisième enquête du commissaire Dupin, Bretonisches Gold : Kommissar Dupins dritter Fall (Les Marais sanglants de Guérande) sort en Allemagne le 15 mai 2014. Devant le succès du premier téléfilm, la première chaîne publique allemande ARD, produit de nouveaux épisodes tournés dans le Finistère qui sont suivis en moyenne par 4.5 millions de téléspectateurs. Le succès de la série attire les touristes étrangers en particulier allemands sur les lieux des intrigues et de tournages comme à Concarneau. Des tours opérateurs allemands organisent même des circuits sur les traces du commissaire Dupin. 

Le roman commence lentement : présentation de personnages et début d'enquête qui patine. Au fur et à mesure que l'enquête progresse, le roman gagne en intérêt. On découvre le commissaire Dupin, un drôle de flic qui n'aime ni les règles ni les comptes à rendre. Il déteste aussi l'un de ses seconds, il est vrai assez agaçant. L'autre est est énigmatique mais intéressant. Dupin a une autre caractéristique majeure qui semble refléter la voix de l'auteur : il adore la Bretagne : sa campagne, ses ports, ses villages, son océan, ses plages, ses cafés, son folklore, ses restos... D'où les descriptions belles mais parfois un peu longues, notamment des paysages. Le commissaire est assez attachant avec son sale caractère, son investissement réel, son besoin de recul, de solitude et de café.
L'enquête et sa résolution ne nous prennent pas en traître : on a tous les éléments, tout comme le commissaire. Et pourtant je n'ai pas deviné la fin. Cela dit, elle manque de rebondissements. Il s'agit plus d'un policier d'ambiance que d'un polar. La vie d'une petite ville touristique bretonne y est vraiment bien décrite malgré les erreurs juridiques (nombreuses mais pardonnables si l'on considère la nationalité de l'auteur). 
Ce roman a au moins une énorme qualité : il me donne envie de partir en vacances en Bretagne. 

6,5/10

samedi 18 novembre 2017

Maryline

Maryline a grandi dans un petit village. Ses parents ne recevaient jamais personne et vivaient les volets clos. À 20 ans, elle monte à Paris pour devenir comédienne. Mais, elle n'a pas les mots pour se défendre. Elle est confrontée à tout ce que ce métier et le monde peuvent avoir d'humiliant mais aussi de bienveillant. C'est l'histoire d'une femme, d'une femme modeste, d'une blessure.
Le film a l'intelligence et l'humour dans l'émotion de Guillaume Gallienne mais il relève presque du film concept. Film dans le film ou théâtre dans le film, mise en abîme esthétique et parfois malicieuse de la difficulté d'être une actrice débutante dans un monde qui brille, recelant toutefois de nombreux pièges. Gallienne n'épargne pas son personnage auquel on a parfois du mal à s'attacher, notamment du fait d’ellipses parfois abruptes et d'une passivité agaçante. Adeline d'Hermy, à qui je trouve des airs de Mélanie Bernier, interprète avec talent cette jeune femme fragile, souvent silencieuse et pourtant douée. Vanessa Paradis n'apparaît que dans quelques scènes réussies d'entraide et de bienveillance assez géniales. Éric Ruf, parfait en metteur en scène plein de charme, réussit à donner une belle épaisseur à son personnage. Véritable hommage au théâtre et à l'esprit de troupe, ce film surprend, perd aussi le spectateur parfois.

6,5/10

Justice league

Après avoir retrouvé foi en l'humanité, Bruce Wayne, inspiré par l'altruisme de Superman, sollicite l'aide de sa nouvelle alliée, Diana Prince, pour affronter un ennemi redoutable. Ils recrutent une équipe de méta-humains pour faire face à cette menace inédite.
 













Après une mise en bouche réussie sous forme de reprise d'Everybody knows de Leonard Cohen par une certaine Sigrid, le film, bien que plaisant, ne parvient jamais à complètement décoller. L'alchimie ne se fait pas, la faute à des personnages masculins essentiellement individualistes et pour certains trop peu développés. Gal Gadot, seule touche féminine de la bande, tire son épingle du jeu, de même que les autres amazones brièvement aperçues. Ezra Miller amène une touche d'humour et de ravissement mais le coup de "je trébuche toutes les 5 min", il ne faudra pas le faire trop souvent, ça lasse. Ray Fisher et Jason Momoa manquent de charisme tout comme Ben Affleck qui ne réussit pas à s'approprier complètement Batman. On suit volontiers ce pur divertissement boosté aux effets spéciaux mais on ne s'intéresse pas vraiment à ses enjeux vus et revus - Marvel est déjà passé par là DC Comics devrait en tenir compte bon sang !  Du neuf, ou au moins pas de copie si flagrante. Allez, au boulot, ça progresse, lentement, mais sûrement.

5,5/10