samedi 21 avril 2018

Larguées

Rose et Alice sont deux sœurs très différentes. Rose est libre et rock n’roll. Alice est rangée et responsable. Elles ne sont d’accord sur rien, à part sur l’urgence de remonter le moral de Françoise, leur mère, fraîchement larguée par leur père pour une femme beaucoup plus jeune : opération "sauver maman".
Le postulat de départ est plutôt éculé mais la caricature est drôle. Ces deux sœurs développent des techniques hasardeuses pour remonter le moral de la mère atomisé par le départ du père. Les Camille et Miou-Miou s'en donnent à cœur-joie dans cette comédie un peu lourdingue sur le goût de la vie. Et c'est toujours mieux sur une jolie plage. Et avec de jolis garçons. Ou à défaut un acteur charismatique tel que Johan Heldenbergh. Les dialogues manquent de profondeur mais ont le mérite d'être marrants. Et de comporter quelques punchlines sacrément efficaces. Cela pourrait suffire à contrebalancer quelques scènes gênantes si le film avait un minimum de propos à soutenir, autre que les sexagénaires baisent aussi. Merci on était courant, et ? Et rien justement. Le film reste anecdotique, la faute à l'équilibre raté entre émotion et humour, à trop de vulgarité aussi. Un peu de décevant, je m'attendais à mieux.

6/10

vendredi 20 avril 2018

Love addict

Gabriel est un amoureux compulsif des femmes. Un sourire, un regard, un parfum… Il craque. Mais à force de dérapages, Gabriel est totalement grillé. Bien décidé à changer (ou du moins à essayer), il recourt aux services d’une agence de  « Minder », sorte de coach personnel 2.0. C’est Marie-Zoé, aux méthodes plutôt atypiques, qui va prendre en main le cas de Gabriel pour une thérapie de choc …

Le film commence par décrire la vie de Gabriel qui bzzzzz tout ce qui bouge en prétendant aimer les femmes. En vérité, il les zappe comme on change de téléphone ou de chemise. On ne sait pas pourquoi mais il ne veut pas s'engager. Parallèlement, on fait la connaissance de Marie-Zoé, psy malchanceuse pas très douée pour l'écoute et dotée d'une mère pour le moins particulière. Si c'est drôle tout de suite, Bellocq passe trop de temps sur la mise en place et pas assez sur le coaching. Ce qui fait fonctionner tous ces débuts d'idée qui ne sont pas toujours poussées à fond, c'est le trio d'acteurs, complices. Kev Adams n'est pas exceptionnel, il joue parfois faux malgré ses efforts. Marc Lavoine s'amuse en oncle dingo. Mélanie Bernier déploie son espièglerie et son charme habituel. Je n'ai pas compris en revanche le délire sur le patron texan. L'humour fait rire, quelques punchlines sont bien trouvées mais aucune finesse là-dedans. La fin ne révolutionne pas le genre mais reste attendue avec plaisir. Absolument pas inoubliable mais non dénué de tendresse.

5/10 

 

samedi 14 avril 2018

Le flux et le reflux d'agatha Christie

J'avoue, j'adore le téléfilm adapté de ce roman. Je cherchais le roman depuis un moment mais je viens seulement de le trouver. Miam !
Gordon Cloade est mort fort à propos sous les décombres de sa maison ravagée par le blitz. Il laisse à sa jeune veuve, Rosaleen, une fortune colossale et cela, évidemment, ne fait pas l'affaire du clan Cloade qui se voit spolié par l'intruse. Or, le bruit court que le premier mari de Rosaleen ne serait pas mort, ce qui, bien entendu, aurait pour effet d'annuler le second mariage. Ces situations troubles sont pain bénit pour les maîtres chanteurs. En voici justement un qui fait chanter la jeune femme. Pas très longtemps : la bonne de l'auberge où l'individu est descendu trouvera, dans sa chambre, un bien vilain spectacle... 

Pour en savoir plus sur cette chère Agatha Christie, vous pouvez vous contenter du petit paragraphe qui suit. Pour la version longue, vous pouvez vous reporter à ma critique de Mort sur le Nil. 
Agatha Christie, née Agatha Mary Clarissa Miller (1890 - 1976), surnommée la « Reine du crime » est considérée comme l'auteur le plus lu chez les Anglo-Saxons après Shakespeare. Elle a écrit plusieurs romans sous le pseudonyme de Mary Westmacott. C'est aussi l'auteur le plus traduit dans le monde. Elle a publié 66 romans, 154 nouvelles et 20 pièces de théâtre. Ses romans et nouvelles ont été maintes fois adaptés au cinéma ou à la télévision. 

Le premier chapitre, délicieux, expose la mort de Gordon Cloade dans un bombardement, racontée par un raseur dans un club qui a pour auditeur un Hercule Poirot tout à fait attentif... et un membre de la famille Cloade qui ne l'est pas moins. 
Nous suivons ensuite la famille Cloade et les Hunter dans leur milieu naturel. Les uns quémandent, en perpétuelle recherche d'argent, les autres sont en position de force. La naïve et craintive Rosaleen se montrerait bien plus généreuse mais son frère, le charismatique David, n'a pas l'intention de laisser échapper le magot, tandis que Lynn observe et tergiverse. Va-t-elle épouser Rowley, agriculteur à la lenteur calculée, fort comme un taureau mais tellement pragmatique, peut-être un rien ennuyeux. Le duo Lynn-David est particulièrement intéressant. Elle pourrait être agaçante si elle n'avait une certaine profondeur. Lui, fascinant, vénéneux, se trouve dévié du chemin qu'il s'est tracé par l'arrivée de cette dernière dont il tombe immédiatement amoureux. Ils sont accompagnés de personnages secondaires intéressants, notamment Frances Cloade, dénuée de scrupule mais pas d'intelligence, loin de là, et l'ineffable tante Kathie. 
Hercule Poirot apparaît à partir de la seconde partie, il écoute beaucoup, essaie d'aider, n'y parvient pas toujours. Sa suffisance sans malice amuse, son intelligence impressionne toujours. 
Christie semble reprocher ici à Gordon Cloade d'avoir tant habitué sa famille à son soutien et de l'en avoir privée par son imprévoyance soudaine et son coup de cœur pour une très jeune femme plus ou moins actrice et plus ou moins veuve. Elle apprécie les Cloade, cela se ressent dans sa façon de les décrire. J'ai aimé la description en filigrane de l'Angleterre d'après-guerre : appauvrie, obligée de se rationner et de faire la queue devant les magasins, marquée par les combats et les bombardements. Hommes et femmes ont des difficultés à se réadapter au quotidien, tandis que Poirot, égal à lui-même, cherche la vérité dans les âmes. Suranné et si délicieux.

9/10

vendredi 13 avril 2018

A l'heure des souvenirs

Dans son magasin de photographie de Londres, Tony Webster mène une existence tranquille. Sa vie est bousculée lorsque la mère de Veronica Ford, son premier amour, lui fait un étonnant legs. Replongé dans le passé, Tony va être confronté aux secrets les plus enfouis de sa jeunesse. Les souvenirs sont-ils le pur reflet de la réalité ou autant d'histoires que nous nous sommes racontées ?

Réflexion sur les souvenirs et la façon et les raisons pour lesquelles on les réinvente, ce film est frustrant. On cherche beaucoup pour apprendre le déroulement d'évènements dont les explications sont à peine esquissées. Malgré le talent des comédiens, dont certains ne font qu'une apparition, on s'ennuie beaucoup. Le fait qu'il ne passe rien serait moins gênant si les personnages étaient plus attachants. Le vieux grincheux agace et sa jeune et mystérieuse dulcinée lasse, voire s'avère assez antipathique. Pourtant, la peinture de cette jeunesse des années 60 a un réel intérêt et une belle couleur. Le personnage d'Adrian aurait pu -et dû- être largement plus développé. La réalisation, élégante, manque de fluidité à cause de la répétition dans les flashbacks, effets de style ratés. Décevant.

4/10

samedi 7 avril 2018

Red sparrow

Une ballerine, dont la carrière est brisée nette après une chute, est recrutée par les services secrets russes. Entraînée à utiliser ses charmes et son corps comme des armes, elle découvre l’ampleur de son nouveau pouvoir et devient rapidement l’un de leurs meilleurs agents. Sa première cible est un agent infiltré de la CIA en Russie.
Dans ce film d'espionnage, les espions sont à découvert et tout ce petit monde se manipule à tout va. Jennifer Lawrence campe une jeune femme déterminée et brillante qui se plie aux règles de l'espionnage avant de les plier à son intelligence. Elle est entourée par Matthias Schoenaerts, vénéneux à souhait en oncle ambigu et particulièrement manipulateur, et Joel Edgerton, impeccable en agent de la CIA impliqué. Le casting secondaire -Ciaran Hinds, Charlotte Rampling, Jeremy Irons, Mary-Louise Parker, Joely Richardson-, de qualité, est bien choisi. Je regrette un peu l'étrange accent russe pris par des personnages qui parlent anglais en permanence, ce parti pris n'a guère d'intérêt. Le réseau d'intrigues se concentre sur l'identité d'un traître russe et l'obtention d'informations de la part d'une officielle américaine. La phase d'apprentissage s'avère glauque et dérangeante, bien plus que les quelques scènes de torture pourtant bien senties. Il aurait fallu se pencher mieux sur le reste de la formation des moineaux et pas autant sur leur éducation sexuelle. Il est question en filigrane de l'humanité des espions, de leur façon d'exercer leur profession peu ordinaire. Pas d'action ou d'explosion inutile mais une scènes d'ouverture construite sur un parallélisme bien mené et un vrai suspense habile qui nous laisse nous interroger sans rien dévoiler avant la fin. Le film a une couleur old school et intemporelle à la fois. avant de voir un téléphone portable, je me suis même demandée si l'action ne se passait pas dans les 80's. Mais non, c'est aussi un hommage aux films d'espionnage classiques.

9/10

vendredi 30 mars 2018

Ready player one

2045. Dans un monde au bord du chaos, les êtres humains se réfugient dans l'OASIS, univers virtuel créé par James Halliday. Avant de disparaître, celui-ci a décidé de léguer sa fortune à quiconque découvrira l'œuf de Pâques qu'il a dissimulé dans l'OASIS. Wade Watts décide de participer à la chasse au trésor...
Spielberg pense que l'avenir sera virtuel. J'ai une info pour lui : le présent est déjà très virtuel, et, remercions les smartphones, nous ne nous parlons déjà plus. Car cette fois le maître se montre particulièrement et lourdement moraliste et démonstratif. Le propos n'est pas faux, loin de là, cependant, j'ai eu l'impression de ne pas être le public cible, à savoir les fans de jeux vidéo et des années 80. Le film démarre lentement pour présenter cet univers virtuel au final assez moche. C'est d'autant plus dommage qu'on passe une grande partie du film dedans. Les acteurs sont sympathiques mais guère charismatiques et leurs personnages à peine attachants. Ils tâcheronnent sur un scénario banal et peu crédible (un petit hack et exit l'œuf de Pâques, non ?, le héros, il mange parfois ? j'ai des doutes). Ce qui sauve le tout de l'ennui qui nous gagne parfois ? Des effets spéciaux homogènes et de qualité, quelques scènes vraiment fun où la tension tient et une série d'hommages bien pensés : les années 80 en général, Shinning, Chucky et autres King Kong. Ah ! nostalgie quand tu nous tiens !

4/10

samedi 24 mars 2018

Hostiles

En 1892, le capitaine de cavalerie Joseph Blocker, ancien héros de guerre devenu gardien de prison, est contraint d’escorter Yellow Hawk, chef de guerre Cheyenne mourant, sur ses anciennes terres tribales. Peu après avoir pris la route, ils rencontrent Rosalee Quaid, seule rescapée du massacre de sa famille par les Comanches.
Âpre et fort, souvent filmé en contre-plongée, ce western alterne avec brio scènes d'action magistrales et discussions au coin du feu. Volontairement lent, plutôt taiseux, il offre des paysages magnifiques et quelques beaux rôles. Le plus remarquable ? Celui de Rosalee : une femme forte, résistante, aimante, incarnée par la superbe et brillante Rosamund Pike. Celui de Blocker : un soldat désabusé, violent, haineux qui va s'humaniser au contact des autres, joué par un Christian Bale monolithique. Celui du vieux chef mourant en quête de paix, impeccable Wes Studi. Celui du soldat extrémiste, un rien psychotique, interprété par le toujours fantastique et charismatique Ben Foster. A noter la présence de Timothée Chalamet, le frenchie qui monte et de Paul Anderson des Peaky blinders. Tous les ingrédients du western sont présents : fusillades, cavalcades, attaques d'Indiens... et d'autres choses que je ne cite pas pour ne pas révéler le déroulement somme toute relativement prévisible. L'émotion émaille celui-ci, sans forcer, sans trop en faire. Sobre, le scénario dit tout le mal qu'il pense que l'extermination des Amérindiens mais aussi des Hommes en général, des soldats en particulier, sans oublier de porter une note d'espoir. 

9/10

Pacific rim uprising

Le conflit entre Kaiju et Jaegers n’était que la première vague d’une attaque massive contre l’Humanité. Jake Pentecost, cadet prometteur, dont le célèbre père s'est sacrifié, vit de petits trafics. Lorsqu’une menace se répand et met le monde à feu et à sang, Jake obtient une dernière chance de perpétuer la légende de son père aux côtés de sa sœur, Mako Mori.

J'adore le premier opus que je trouve brillant et hyper maîtrisé. Clairement ce deuxième volet n'est pas à la hauteur. D'abord, il met une éternité à entrer dans le vif du sujet, presque la moitié du film. Après l'exposition, le deuxième tiers oppose les Jaegers entre eux. Ce que Transformers fait là ? Mystère ! Ensuite le personnage principal, incarné par John Boyega est caricatural et presque agaçant tant il s'avère incohérent, retournant sa veste en quelques heures. Et puis cette manie de coller un rigolo de service dans tous les films ! Les autres personnages souffrent eux aussi d'un manque d'épaisseur. Seul Burn Gorman retrouve son personnage de scientifique excentrique que j'apprécie. Même Mako n'est que l'ombre d'elle-même et la disparition de Raleigh ne reçoit aucune explication, non plus que celle de Hansen. Néanmoins, le film reste divertissant avec de beaux effets spéciaux et des acteurs satisfaisants. Trop formatée pour convaincre, cette suite sympathique laisse espérer un troisième volet plus au niveau du premier.

6/10
 

Pacific rim

Surgis d'une faille entre deux dimensions, les «Kaiju» ont déclenché une guerre qui a fait des millions de victimes. Pour les combattre, de gigantesques robots, les «Jaegers», contrôlés simultanément par deux pilotes qui communiquent par télépathie, ont été mis au point. Mais les Kaiju s'adaptent et obligent l'humanité à tenter une manœuvre désespérée.

Pacific Rim ressemble plus à Hellboy qu'au Labyrinthe de Pan avec ses effets spéciaux géniaux, son esthétique soignée, ses jeux de couleurs ultra maîtrisés et son humour second degré assumé. Les scènes alternent émotion, action et humour sans faiblir, entraînées par une B.O extra. Les combats sont superbes et particulièrement bien orchestrés. Charlie Hunam, quoique son personnage manque d'aspérités pour laisser s'exprimer son talent, et Rinko Kikuchi sont convaincants et, à l'image de tout le casting, attachants (Day, Martini, Gorman, Perlman). Toutefois, inutile de (beaucoup) réfléchir, ce n'est pas fait pour ça et on évite pas, évidemment, le discours implicite pro-américain. Le scénario est ultra classique mais aussi ultra efficace et le film offre un grand et beau spectacle.

8,5/10


vendredi 23 mars 2018

Les marais sanglants de Guérande de Jean-Luc Bannalec

Le dernier des livres offerts à Noël... 

Un splendide coucher de soleil teinte de rouge et de rose les grandes étendues blanches. Le commissaire Dupin, seul au milieu des marais, ne perd pas une miette du spectacle. Soudain, un sifflement métallique. Puis deux, puis trois. Dans des nuées d’oiseaux paniqués, Dupin se met à couvert. Faut-il que les mystérieux « barils bleus », que son amie Lilou Breval lui a demandé d’inspecter, aient tant d’importance qu’on le canarde ? Il y a quelque chose de pourri au pays de l’or blanc. Et Dupin est bien décidé à y mettre son grain de sel… 

Jörg Bong (1966 - ) est un éditeur allemand, traducteur, critique littéraire, et écrivain.

Il a étudié la littérature allemande, la philosophie, l'histoire et la psychologie à l'Université rhénane Frédéric-Guillaume de Bonn et à l'Université Johann Wolfgang Goethe de Francfort-sur-le-Main. Il a été assistant de recherche du Professeur Dr Volker Bohn et de Silvia Bovenschen. Il obtient son doctorat à Francfort sur le concept de l'imagination et les enjeux esthétiques entre la fin du siècle des Lumières et le début du romantisme dans l'œuvre de Ludwig Tieck. Depuis 1997, Jörg Bong travaille pour la maison d'édition S. Fischer Verlag et vit Francfort-sur-le-Main. Il en est devenu le directeur en 2008. Jörg Bong est aussi co-rédacteur en chef du magazine littéraire Neue Rundschau.

En mars 2012, sous le pseudonyme de Jean-Luc Bannalec, il publie Bretonische Verhältnisse – Ein Fall für Kommissar Dupin (Un cas pour le commissaire Dupin) qui rentre dans la liste des best-sellers du magazine Der Spiegel. Le livre qui relate les aventures du commissaire Dupin en Bretagne est véritable succès en Allemagne, vendu à plus de 1 000 000 exemplaires. Un téléfilm allemand tiré du roman est tourné au mois de septembre 2013 entre Concarneau et Pont-Aven. Ce roman traduit en français sous le titre Un été à Pont-Aven sort en France en avril 2014. Son deuxième roman, Bretonische Brandung : Kommissar Dupin zweiter Fall (Étrange printemps aux Glénan), sort en Allemagne en 2013 et se vend à plus de 350 000 unités. La troisième enquête du commissaire Dupin, Bretonisches Gold : Kommissar Dupins dritter Fall (Les Marais sanglants de Guérande) sort en Allemagne le 15 mai 2014. Devant le succès du premier téléfilm, la première chaîne publique allemande ARD, produit de nouveaux épisodes tournés dans le Finistère qui sont suivis en moyenne par 4.5 millions de téléspectateurs. Le succès de la série attire les touristes étrangers en particulier allemands sur les lieux des intrigues et de tournages comme à Concarneau. Des tours opérateurs allemands organisent même des circuits sur les traces du commissaire Dupin. 

Le retour du grognon de service, toujours accro au café, toujours en quête d'un bon resto ou d'un superbe coin calme où réfléchir. Cette fois, il démarre fort : par une fusillade dont il est la victime. Et puis l'auteur revient au rythme contemplatif qui lui est cher. Dupin se rabiboche avec son ex tout en se retrouvant au second rang de l'enquête derrière la commissaire Rose, sorte de super-flic énergique, efficace, perçant rapidement son collègue à jour non sans amusement. Il admire ses qualités et se demande presque si elle est humaine. Mange-t-elle ? Dort-elle ? Ben oui, petite déception. Encore plus spectateur que d'habitude, l'ex parisien enquête à peine, suiveur toujours en retard, toujours en balade. D'ailleurs, Le Ber, Labat et le préfet sont moins présents, en retrait. 
Mieux structurée que la précédente, l'enquête tâtonne mais de façon relativement rythmée par des rebondissements successifs. Dison que Derrick a pris un petit expresso, notamment grâce au nouveau personnage féminin. Les suspects manquent de relief mais l'enquête se suit plaisamment, d'autant que le propos est presque aussi social et économique que policier, particularité de l'auteur. Encore une fois, j'ai survolé les superbes mais longues descriptions du paysage. Si elles étaient moins nombreuses, je trouverais plus de plaisir à savourer ces cartes postales idylliques somme toute fort peu réalistes. Allez commissaire, encore un petit café ?

6/10

dimanche 18 mars 2018

Servir froid de Joe Abercrombie

J'ai lu la trilogie La première loi il y a quelques années et j'avais beaucoup aimé. Un roman unique qui se déroule dans le même univers, j'ai pensé que ça ne pouvait être que chouette. 

C'est le printemps en Styrie. Et avec le printemps, vient la guerre. La guerre est un gagne-pain pour certains, comme Monza Murcatto, la plus célèbre et redoutée des mercenaires au service du grand-duc Orso. Ses victoires l'ont rendue très populaire... trop, même, au goût de ses employeurs. Trahie, jetée du haut d'une montagne et laissée pour morte, Monza se voit offrir en guise de récompense un corps brisé et une insatiable soif de vengeance. Quoi qu'il lui en coûte, sept hommes devront mourir.
Elle aura pour alliés un soûlard des moins fiables, le plus fourbe des empoisonneurs, un meurtrier obsédé par les nombres et un barbare décidé à se racheter une conscience. C'est le printemps en Styrie. Et avec le printemps, vient la vengeance. 

Joe Abercrombie (1974 - ) est un écrivain anglais de fantasy. Il vit à Bath, dans le Somerset, avec sa femme, Lou, avec qui il a trois enfants. Il est considéré comme l'un des principaux représentants du courant gritty ou grimdark, sous-genre dérivé de la dark fantasy, aux côtés d'auteurs tel que George R. R. Martin. Ce courant se caractérise par des univers où la violence et les intrigues politiques sont omniprésentes, une atmosphère très sombre, un contenu assez cru au niveau du sexe et du langage, et des personnages principaux ambivalents, souvent des antihéros. Il décrit ses œuvres de fantasy comme ayant « l'âpreté, la cruauté et l'humour de la vie réelle, où le bien et le mal dépendent de la position que vous avez, comme dans le monde réel ».
Joseph Edward Abercrombie fait ses études secondaires à la Lancaster Royal Grammar School avant d'étudier la psychologie à l'université de Manchester. Pendant sa jeunesse, il pratique le jeu de rôle sur table et lit de nombreux romans de fantasy avant de se lasser du genre en raison de son côté prévisible. A Londres, il travaille dans une société de postproduction télévisuelle avant de commencer une carrière de monteur indépendant. À la fin des années 90, la lecture du premier tome du Trône de fer le réconcilie avec la fantasy. En 2001, il se lance dans l'écriture d'une trilogie « de fantasy épique mais en se concentrant davantage sur des personnages vifs et sur l'action, avec beaucoup de rebondissements, une prose à la modernité dépouillée et par-dessus tout de l'humour ». The Blade Itself est publié en 2006. Il est suivi les deux années suivantes par deux autres tomes qui forment la trilogie La Première Loi. Continuant à écrire dans le même univers, il publie en 2009 Servir froid, puis Les Héros en 2011 et Pays rouge en 2012. L'auteur est ensuite approché par HarperCollins afin d'écrire pour un public plus jeune et y voit l'occasion de créer un monde différent et de raconter une histoire avec moins de violence et de sexe tout en conservant les marques de fabrique qui ont fait son succès. Il écrit donc la trilogie de La Mer éclatée dans un monde inspiré par la culture des Vikings et dont les trois volumes présentent la particularité d'avoir chacun des personnages principaux différents. En 2015, ses ouvrages sont désormais publiés dans plus de vingt langues. Il revient à l'univers de La Première Loi en 2016 par l'intermédiaire d'un recueil de nouvelles, intitulé Double Tranchant, constitué de treize récits s'y déroulant. Son projet suivant est une nouvelle trilogie se situant dans le monde de La Première Loi environ vingt à trente ans après les événements de celle-ci.

J'aurais dû relire La première loi avant parce que de nombreuses références y sont faites et des personnages qui en sont issus apparaissent plus ou moins longuement. Mes souvenirs sont suffisants pour voir les références ou reconnaître les personnages mais pas pour me rappeler exactement leur rôle ou les évènements cités. Cela dit, cela ne m'a gênée en rien dans la compréhension de l'intrigue, c'était juste frustrant de savoir qu'il y avait quelque chose et que je n'avais peut-être pas tout saisi, problème que n'aurait pas eu un lecteur n'ayant pas lu la trilogie. 
Je suis assez mitigée quant à ce roman. Il est particulièrement âpre et offre des anti-héros antipathiques auxquels je ne me suis pas assez attachée. Monzcarro a un très joli prénom. Il s'avère que, brûlante de rage, aveugle à tout ce qui n'est pas sa vengeance, elle  est assez insupportable. D'autant plus qu'on ne cesse de dire qu'elle est brillante, fin stratège, etc, mais que cela n'apparaît que rarement. Et ses acolytes sont pires, entre l'homme de guerre alcoolique à la loyauté mouvante, l'empoisonneur auto-satisfait, le Nordique paumé et le tueur effacé un brin obsédé par les chiffres. Le bref passage de Vitari remonte le niveau des personnages, son ironie mordante m'amuse. J'ai même trouvé que certains de ses adversaires étaient nettement plus attrayants, notamment Salier, Ganmark et le beau duc du délai. Eux auraient mérité de plus amples développements. Eux semblaient avoir plus d'une facette.
L'action se déroule à la fois de façon rythmée et monotone : une ville, une cible. Ça peut être lassant. La dernière partie offre des rebondissements plus intéressants. Les dialogues sont excellents, échanges de piques ou de considérations sur la guerre ou l'humanité et son peu de valeur. Je ne sais pas si c'est dû à la traduction ou à l'auteur mais leur vulgarité m'a agacée, de même que l'emploi de concepts ou d'expressions très modernes. J'ai apprécié les flashbacks en début de sous-partie, bien dosés et informatifs. Et dans l'ensemble le livre est plutôt plaisant. On sent la maîtrise de l'auteur, son envie de nous impliquer, notamment via son humour bien connu. Il ne brille pas par son optimisme mais pas une noirceur plus réaliste. 
J'ai dû m'accrocher pour pouvoir finir ce livre, tout en étant contente de l'avoir lu en entier. Paradoxal.

5/10

samedi 17 mars 2018

Un raccourci dans le temps

Meg Murry manque d’assurance et tente de trouver sa place. Très intelligente, elle possède - tout comme son petit frère Charles Wallace - un don rare qu’elle ne n’a pas encore exploité. La disparition inexpliquée de son père va l’amener à faire la connaissance de trois guides – Mme Quidam, Mme Qui, Mme Quiproquo– venues sur Terre pour l’aider à le retrouver.
N'ayant pas lu le roman dont le film est tiré, j'ai un regard de spectatrice uniquement. La bande-annonce était jolie, j'ai tenté le coups malgré la grosse déception qu'avait constitué A la poursuite de demain. L'univers multicolore de ce raccourci m'a plus. c'est bariolé, plein d'enthousiasme, d'amour, et de messages positifs lourdement appuyés à destination des enfants et des ados : connais-toi toi-même et aime-toi. C'est Disney ! D'ailleurs, l'amour dégouline mais ce n'est pas gênant car le film est plein d'énergie. Les acteurs sont mignons comme tout, notamment Storm Reid (ses parents sont des tortionnaires, on est d'accord ! Qui peut oser appeler sa fille Tempête ? Qui ?). Les trois bonnes fées sont originales et drôles. L'action aurait gagné à être resserrée avec une exposition moins longue. Les effets spéciaux époustouflent moins, malgré leur qualité, que les costumes et maquillages hallucinants de ces dames. J'en connais qui ont dû bien s'amuser. Quant à la B.O, elle souligne joliment le propos et l'action. C'est sucré, kitsch à souhait, bavard, une vraie guimauve. 

7,5/10

Tomb raider

Lara Croft, 21 ans, fille d'un explorateur excentrique porté disparu, refuse de reprendre l'empire de son père. Convaincue qu'il n'est pas mort, elle met le cap sur la destination où il a été vu pour la dernière fois : la tombe légendaire d'une île mythique au large du Japon.
L'exposition, si elle est active et bourrée d'action, n'en est pas moins un brin longuette. Disons-le tout de suite, Alicia Vikander, aussi charmante et sympa soit-elle, n'est pas l'actrice que j'aurais choisi pour le rôle : correctement badass mais pas sexy. Je m'explique : elle crie pas mal mais dans l'ensemble, elle dépote, l'inexpérience du personnage expliquant le côté balbutiant. Il faudra qu'elle se débarrasse de ce côté demoiselle en détresse si la franchise veut se poursuivre. En revanche, elle n'a pas le physique de l'icône. Ici c'est Lara Croft version girl next door. Walton Goggings campe un méchant typique suffisamment flippant quoique sans envergure. Côté visuel, les effets spéciaux sont inégaux mais les paysages canons. Pour une fois, l'héroïne se salit un peu -disons sur quelques plans mais ses cheveux sont auto-nettoyants. Comme toujours, elle n'a aucune difficulté à courir comme une dératée après un naufrage, une bagarre, une perforation dans le ventre et une chute vertigineuse. Quant aux énigmes, elle les résout mais ne donne pas d'explication au contraire de son père qui explique le mythe, au moins deux fois. Sans doute parce que le scénario, prévisible, manque de contenu. Cela dit, l'ensemble du film s'avère énergique et distrayant. 

6/10

mercredi 14 mars 2018

Tout le monde debout

Jocelyn, homme d'affaire en pleine réussite dragueur et un menteur invétéré se retrouve malgré lui à séduire une jeune et jolie femme en se faisant passer pour un handicapé. Jusqu'au jour où elle lui présente sa sœur elle-même handicapée...
Je suis étonnée car je m'étais préparée à un avis mitigé ou négatif : Dubosc et ses lourdeurs, ça peut inquiéter le téléspectateur, même ouvert. Erreur, je ressors de la séance plutôt ravie et d'excellente humeur. Un postulat de comédie romantique de base plutôt classique : un menteur qui finit par tomber amoureux et se trouver pris au piège de ses mensonges. Franck Dubosc ne sera jamais un grand acteur, mais il campe sans doute ici son meilleur rôle depuis très très longtemps. Quant à Alexandra Lamy, elle retrouve ici un naturel charmant, dans un rôle pas si cliché. Elsa Zylberstein et Gérard Darmon complètent joliment ce casting. Bien sûr le proctologue n'était pas nécessaire, non plus qu'une ou deux scènes inutilement lourdes. Cela dit, nombre de scènes sont très drôles, bien pensées, notamment grâce à des dialogues ciselés, certaines s'avèrent aussi réellement émouvantes, parce que sincères. Dubosc montre une touchante tendresse envers ses personnages, un rien fêlés mais plein d'optimisme. Non sans défauts, cette comédie romantique, pleine de charme et pourvue d'une bonne B.O, rend joyeux, c'est déjà pas mal. 

7,5/10

samedi 10 mars 2018

Mme Mills, une voisine si parfaite

Hélène, éditrice de romans à l’eau de rose, mène une vie rythmée par le travail. Se complaisant dans une certaine routine, elle se laisse entraîner dans le tourbillon provoqué par l'arrivée de Mrs Mills, une vieille Américaine excentrique.
Une voisine si parfaite, ce n'est déjà pas tout à fait ça... Mrs Mills est envahissante, sans gêne, fantasque et même pas très intéressante. Mais Hélène est si seule et s'ennuie tellement qu'elle s'entiche de cette voisine insupportable. Le film connaît plusieurs problèmes. D'une part, Pierre Richard n'est pas crédible un instant en vieille Américaine, on respire quand il retrouve son personnage masculin d'arnaqueur gouailleur. D'autre part, si l'on sourit volontiers des facéties des uns et des autres, cette comédie manque de piquant et ne provoque pas d'éclat de rire. Sophie Marceau s'offre un personnage un peu fade mais ne démérite pas, accompagnée toutefois par l'excellent Nicolas Vaude. La B.O sympa complète ce film sans saveur mais pas déplaisant non plus. Poussif sans être indigent, ce dernier, pétri de bonnes intentions, semble avoir au moins amusé les acteurs. 

5/10