samedi 8 février 2014

Le pince de la brume de Carlos Ruiz Zafon

Suite à ma lecture de Marina, qui m'avait emballée, j'ai acheté le premier ouvrage de Carlos Ruiz Zafon : Le prince de la brume.
 
 
1943, Angleterre. Fuyant la guerre, la famille Carver – les parents et leurs trois enfants, Max, Alicia et Irene – se réfugie dans un village de bord de mer. Leur nouvelle maison appartenait précédemment à un riche couple qui a disparu après la mort de leur petit garçon, Jacob. Peu après son emménagement, la famille Carver est confrontée à de troublants événements. Max et Alicia commencent à enquêter sur les circonstances obscures de la mort de Jacob. Roland, un adolescent du village sur le point d'être mobilisé, les aide. Il les entraîne dans des plongées autour d'un cargo qui a coulé dans la baie après une tempête. En menant leur enquête, Max et Alicia exhument involontairement les secrets du passé. Un passé terrible dont émerge un être machiavélique, le Prince de la Brume.
 
Carlos Ruiz Zafon (1964 - ) est un auteur et scénariste espagnol vivant aux États-Unis. Il a gagné plusieurs prix dont le prix Femina en 2004 et le prix Michelet en 2005. En plus de Marina, il a écrit deux trilogies : Le cimetière des livres oubliés et la Trilogie de la brume.
 
Le prince de la brume est un livre court -trop ?-. Dommage, de plus amples développements auraient été agréables. C'est l'un des premiers romans de l'auteur. On retrouve les mêmes thèmes que dans Marina, ils semblent chers à ce dernier : la fin de l'enfance, le premier amour, les conséquences des choix passés, les représentations de l'être humain (les automates-pantins dans Marina, les inquiétantes statues du Prince de la brume)... L'histoire est simple mais efficace.
L'auteur a de nouveau réussi à retranscrire une atmosphère particulière, sombre, envoûtante. Elle est toutefois moins aboutie que dans Marina, notamment du fait de l'intrigue qui avance très vite. Il s'agit d'ailleurs presque d'une tragédie tant l'action se tient dans une unité de temps et de lieu. Le roman se lit très facilement et rapidement. Le suspense croît jusqu'au final quasi épique.
 
Si les personnages principaux sont des ados, le roman ne s'adresse pas seulement à la jeunesse. De l'aveu de l'auteur dans sa préface, c'est pourtant ainsi qu'il est classé alors que c'est un roman qui plaira aux plus jeunes pour son aspect aventure et fantastique mais qui satisfera les adultes par sa qualité d'écriture et son traitement mature.
 
8/10
 
 

mercredi 5 février 2014

Jack et la mécanique du cœur


Édimbourg 1874. Jack naît le jour le plus froid du monde et son cœur en reste gelé. Le Docteur Madeleine le sauve en remplaçant son cœur défectueux par une horloge mécanique. Il survivra avec ce bricolage magique à condition de respecter 3 lois : premièrement ne pas toucher à ses aiguilles, deuxièmement maîtriser sa colère et surtout ne jamais Ô grand jamais, tomber amoureux. Sa rencontre avec Miss Acacia va précipiter la cadence de ses aiguilles. Prêt à tout pour la retrouver, Jack se lance dans une quête amoureuse qui le mènera jusqu'en Andalousie.


Inspiré par Tim Burton, l'univers créé par Malzieu est fantastique, esthétique, parfois drôle et émouvant. Le dessin est beau, soigné, l'animation fluide. Les personnages sont attachants mais les doubleurs ont été étrangement choisis : Grand Corps Malade a une voix trop grave pour l'âge de son personnage et Rochefort une voix trop âgée pour incarner un Méliès plutôt jeune d'apparence. Par ailleurs, le personnage de Madeleine aurait pu être plus développé. Les chansons sont de qualités inégales, ne riment souvent pas, ce qui me dérange. De plus, je n'aime pas le slam. L'idée de départ est originale mais exploitée de façon classique comme une comédie romantique banale, quoique la fin soit surprenante. Les thèmes abordés, crainte d'aimer, dépendance amoureuse, violence scolaire, ne sont sans doute pas saisis par les plus jeunes qui ont commencé à s'agiter dès le milieu de la projection. Le résultat est assez étrange, un film d'animation pour adultes rempli de chansons pas toujours top.

5,5/10

PS : Mais que vient faire Jack l'éventreur là-dedans ? Est-ce une hallucination ?

lundi 3 février 2014

Minuscule


Dans une paisible forêt, les reliefs d’un pique-nique déclenchent une guerre sans merci entre deux bandes rivales de fourmis convoitant le même butin : une boîte de sucres. Une jeune coccinelle perdue se lie d’amitié avec une fourmi noire et l’aide à sauver son peuple des terribles fourmis rouges...



C'est un film original et adorable avec des touts petits personnages absolument craquants. L'animation, bien faite, ajoutée en décors réel crée un très bel effet. Les paysages sont superbes et la mise en perspective bien réalisée, même en 2D. L'absence de dialogue ne gêne pas, sauf au tout début entre les deux humains où cela n'a pas de sens. Les personnages s'expriment par la B.O, sympa, le bruitage, marrant, et les yeux, expressifs. Malgré quelques longueurs au cours desquelles le spectateur baille un peu, le film comporte des aventures rigolotes et épiques à petite échelle et de belles trouvailles. Pas sûr que les plus jeunes saisissent tous les thèmes abordés par le film qui nous fait par exemple remarquer tout ce que l'Homme laisse dans la nature. Les adultes, eux, apprécieront le 2ème niveau de lecture et les clins d'œil. Je regrette un anthropomorphisme exagéré, bien qu'il entraîne l'attachement aux personnages par identification. Et puis on apprend un truc important : ce sont les fourmis qui provoquent des incendies de forêt en été !

7/10

dimanche 2 février 2014

Dallas buyers club


1986, au Texas, Ron Woodroof, 35 ans, est un cow-boy, un vrai. Sa vie : sexe, drogue et rodéo. Tout bascule quand, diagnostiqué séropositif, il lui reste 30 jours à vivre. Révolté par l’impuissance du corps médical, il recourt à des traitements alternatifs non officiels et fonde le Dallas Buyers Club. Mais son succès gêne, Ron doit s’engager dans une bataille contre les laboratoires et les autorités fédérales.


Que se passe-t-il quand un redneck pur jus et donc homophobe décide de se battre pour survivre et se trouve confronté à un milieu qu'il hait sans le connaître ? Et bien il s'humanise, il se fait de véritables amis, il se bat pour une juste cause. Matthew McConaughey, très amaigri, incarne avec justesse, finesse et humour ce type qui a la rage de vivre. Jared Leto est incroyable en travesti junkie mais terriblement attachant. Jennifer Garner trouve enfin un rôle à sa mesure. dommage que les autres rôles soient à peine esquissés (celui du médecin, incarné par le charismatique Denis O'Hare, l'avocat, la secrétaire, le médecin mexicain...). Si le film contient plusieurs ellipses qui peuvent surprendre mais ne dérangent pas, il évite les flash back à répétition très à la mode ces derniers temps, de même que le flash forward de début de film. Plein d'humour, sans manichéisme il pose un regard lucide sur le traitement du sida par l'administration américaine des 80's, amusé et tendre sur ses personnages atypiques. Pas de pathos ici, ni de pitié, mais une véritable émotion, une compassion sincère, une véritable énergie.

9/10

Twelve years a slave


Les États-Unis, quelques années avant la guerre de Sécession. Solomon Northup, un violonniste noir marié et père de deux enfants, est enlevé et vendu comme esclave. Face à la cruauté d’un propriétaire de plantation de coton, Solomon se bat pour rester en vie et garder sa dignité.



Le film aborde les thèmes de l'esclavage, de la condition des esclaves et de la résilience. On ne peut daigner la qualité esthétique du film, par ses paysages et sa musique (Hans Zimmer), ni celle de la reconstitution historique de la violence inouïe de l'esclavage et du système mis en place pour l'appliquer, quoique ce dernier et ses conséquences économiques soient évoquées en filigrane. Chiwetel Ejiofor joue avec beaucoup de nuances cet homme brisé et contraint mais l'un des problèmes du film, est que Solomon ne se bat pas vraiment pour sa liberté ou sa dignité, il fait plutôt preuve d'un instinct de survie impressionnant. C'est respectable mais cela ne correspond pas au synopsis annoncé. D'autre part, le propos perd de sa force à cause de la représentation très négative des blancs, entre un homme bon mais d'une faiblesse coupable (l'excellent Benedict Cumberbatch), un directeur de plantation orgueilleux, aigri et brutal (Paul Dano), un cinglé sadique (convaincant Michael Fassbender), leurs femmes sont pires encore, absolument sans cœur, seul un abolitionniste (Brad Pitt) s'en sort en deus ex machina. D'autre part, on regrette certaines longueurs, notamment dues à des plans fixes longs et sans valeur ajoutée alors que le film crée une vraie tension, entre autres grâce à des scènes de violence quasi insoutenables. C'est d'ailleurs ce que je leur reproche tant la violence est crue et sans fin mais aussi sans but cinématographique. Le rapport humain nié. Au final, le sujet est devenu bien trop consensuel aujourd'hui pour qu'un traitement aussi radical, bien qu'académique et parfois émouvant, soit utile.
Je m'aperçois que je note ce film sévèrement, notamment par rapport à d'autres peut-être moins ambitieux. Eh bien justement ! J'attendais tellement plus de Twelve years a slave que ce que j'attendais, par exemple d'I, Frankenstein, ou d'autres, qui sont de purs divertissements n'ayant pas d'autre prétention. La déception me rend plus dure, sûrement aussi parce que Twelve years a slave est encensé par la critique dithyrambique et quasi unanime. J'espérais souffle, puissance, quelque chose d'épique, un chef d'œuvre. Or je me suis trouvée face à un film moyen, sans doute un peu meilleur que la moyenne mais prétentieux. Vraiment dommage.

5/10