mercredi 26 mars 2014

Les gazelles

Marie, trentenaire en couple avec Eric depuis le lycée, en pleine crise de panique, quitte ce dernier pour plonger dans le grand bain du plaisir et de la liberté. Mais elle va surtout se manger le fond de la piscine et découvrir un monde sans pitié : celui du célibat.
Le film plonge le spectateur au milieu d'un groupe de copines libérées mais handicapées de l'amour, qui se résignent aux coups d'un soir en espérant le grand amour sans trop savoir qu'en faire si elles l'ont sous les yeux, coincées entre exigences sociales, horloge biologique et envie de liberté. Il lorgne clairement, et avec talent, du côté de Sex and the city. C'est drôle, piquant, parsemé de répliques marrantes. Camille Chamoux campe un personnage attachiant, qui donne envie de la secouer un peu -beaucoup-. Elle est cependant éclipsée par Audrey Fleurot, superbe, attachiante aussi mais version sculpturale. Josiane Balasko est hilarante en mère indigne. Le regard porté sur les trentenaires encore adulescents et les relations homme/femme est acéré, un peu cruel et plein d'autodérision.
8/10


mardi 25 mars 2014

Infidélités de Vita Sackville-West

J'ai déjà lu deux ou trois œuvres de cet auteur, aussi lorsque j'ai vu Infidélités, un recueil de nouvelles, à la librairie, j'ai pensé que cela pourrait être sympa, d'autant que j'apprécie le genre.
 
 
Son fils (1922). Un fils unique revient en visite chez sa mère. Elle imagine déjà entre eux une intimité retrouvée et savoure à l'avance ce moment. L'engagement (1930). Une femme s'apprête à enfin céder à celui qui la courtise depuis plusieurs années. Cet été là (1932). Quatre jeunes, quatre amis. Des vacances idylliques. Mais la belle mécanique se dérègle. Patience (1922) Un couple : le mari rêve d'une autre vie pendant que sa femme fait une patience. Justice (1924). Un inconnu raconte son aventure au narrateur : il avait deux amis, un couple qui l'avait accueilli chez lui. Il a eu une aventure avec la femme, qu'il sentait délaissée. Le mari découvre leur liaison.
Victoria Mary Sackville-West, Lady Nicolson, plus connue sous le nom de Vita Sackville-West (1892 - 1962), est une poétesse, romancière, essayiste, biographe et traductrice anglaise. Son long poème narratif, The Land, reçut le Hawthornden Prize en 1927. Elle l'obtint une seconde fois, devenant le premier écrivain dans ce cas, en 1933 avec ses Collected Poems. Elle est connue pour avoir participé à la création de ses jardins à Sissinghurst Castle, dans le Kent, pour sa vie aristocratique exubérante, son mariage solide avec Harold Nicolson, diplomate, puis journaliste, membre du Parlement, auteur de biographies et de romans, et ses amours passionnées avec des femmes comme Violet Trefusis et la romancière Virginia Woolf. Le couple eut deux enfants, Benedict Nicolson (1914-1978), historien de l'art, et Nigel Nicolson (1917-2004), politicien et écrivain. En 1946 elle fut faite "Companion of Honour" pour ses services rendus à la littérature.
 
Vita Sackville-West a l'art d'immerger le lecteur dans une situation en quelques phrases, à peindre un caractère en quelques lignes, à sous-entendre les conséquences d'une action par touches. La première nouvelle est pertinente mais un peu longuette à cause de longues descriptions et très prévisible. La dernière est un peu surprenante, elle diffère des autres par son thème car il y est beaucoup question d'amitié, d'honneur et de vengeance. J'ai particulièrement apprécié Patience et L'engagement. D'ailleurs, l'ensemble de ces histoires est assez prévisible. Cependant, ce n'est pas tant l'originalité qui prime dans l'œuvre de Sackville-West, c'est l'écriture, fine et intelligente.
L'auteur peint l'infidélité, amoureuse ou filiale, avec élégance, une plume trempée dans l'acide et un regard distancié. Elle ne porte pas de jugement, tout au plus fait-elle preuve d'ironie. Tout cela finit mal mais presque en silence, sans bruit, la douleur étouffée dans un édredon ou derrière une gaieté de façade.
Ce recueil est cruel, agréable et rapide à lire, comme une bulle hors du temps. Toutefois, cela aurait sans doute été mieux encore si une lueur d'espoir était apparu dans au moins l'une des nouvelles. Or l'instantané que celles-ci présentent est très noir et triste mais aurait pu être plus piquant.
7/10


lundi 24 mars 2014

Beaucoup de bruit pour rien

De retour de la guerre, Don Pédro et ses compagnons d’armes, Bénédict et Claudio, rendent visite au seigneur Léonato, gouverneur de Messine. Dans sa demeure, les hommes vont se livrer à une autre guerre. Celle de l’amour. Et notamment celle qui fait rage entre Béatrice et Bénédict, que leur entourage tente de réconcilier tout en essayant de déjouer les agissements malfaisants de Don Juan.


Voilà une adaptation dès plus surprenante ! Ce qui pose problème, car il y en a un, c'est l'étrange parti pris de Whedon : jouer le texte tel quel en noir et blanc dans un décor moderne avec voitures et smokings et smartphones. Du coup, une guerre et des épées, des types qui se baladent tous armés de pistolets, c'est décalé. Cette apparente contradiction me laisse perplexe. Le texte est fantastique -je dirais presque, évidemment !- les dialogues sont drôles et intelligents, bien que parfois difficiles à saisir du fait de la langue très soutenue employée par des personnages qui s'envoient des piques sans répit. Whedon retrouve ses acteurs fétiches, vus dans Buffy ou Angel, tous sont excellents, même si Denisof manque un peu de présence. Mention spéciale à Amy Acker, parfaite. La B.O est soignée et colle au film, on n'en attendait pas moins de Whedon. C'est drôle mais le côté théâtre filmé -dans un beau décor- peut déstabiliser. J'ai lu que cela avait été filmé chez le réalisateur et une partie de l'ambiance du film vient de l'aspect répétition pendant l'été chez le metteur en scène entre deux verres de vin. Je ne crois pas que Whedon prétende à quoi que ce soit d'autre que de faire partager son délire. Le résultat de ce pari osé est pétillant, virevoltant, finalement très plaisant.

8/10

dimanche 23 mars 2014

Her

Theodore Twombly, un homme sensible au caractère complexe, est inconsolable suite à une rupture difficile. Il fait alors l'acquisition d'un système d'exploitation capable de s'adapter à la personnalité de chaque utilisateur. Il fait la connaissance de Samantha, une voix féminine intelligente, intuitive et étonnamment drôle. Les besoins et les désirs de Samantha grandissent et évoluent, tout comme ceux de Theodore, et peu à peu, ils tombent amoureux…


Le film est étonnant. Il faut adhérer à l'idée de départ, sinon, c'est fichu. Il s'agit de solitude et de relations amoureuses complexes. Joaquin Phoenix est excellent en homme très seul prêt à expérimenter une relation d'un nouveau genre. La moitié du film est centré en plan serré sur son visage et ses expressions. Phoenix est très attachant. Scarlett Johannson n'a jamais été aussi sexy que dans ce film où elle n’apparaît pas, sa voix est chaleureuse et expressive. Rooney Mara et Amy Adams complètent joliment ce talentueux casting. Si les images sont belles et sophistiquées (les gros plans n'auraient pas souffert d'approximation), les scènes de sexe sont étrangement tournées et un peu bizarres. Les dialogues sont ciselés et intéressants, souvent drôles, émouvants. Ils interrogent la normalité, le retour à la vie après une rupture. Le final est intelligent et ironique. Les scènes où Theodore marche en parlant à son OS et où tous les autres figurants en font autant sont effrayantes car c'est un futur possible. Mélancolique, parfois un peu étiré, ce film donne envie d'aller boire un café avec une amie.

8,5/10