mercredi 23 avril 2014

Raison et sentiments de Jane Austen

J'ai découvert Jane Austen quand j'étais au lycée, il y a quelques années donc. Régulièrement, je relis l'un de ses romans. Cette fois, ce fut Raison et sentiments, suite à la rediffusion du film que je n'ai pas pu rater, malgré l'heure tardive.
 
 
Après le décès de leur père, Henry Dashwood, Elinor, Marianne et Margaret Dashwood ainsi que leur mère se trouvent privées de leur part d'héritage par leur demi-frère qui se laisse aisément convaincre par sa femme Fanny qu'il ne leur doit rien. Leur situation financière considérablement diminuée, elles s'installent à Barton Cottage grâce à la générosité d'un parent, sir John Middleton. Marianne, dont le romantisme et la vivacité charment le secret colonel Brandon, tombe bientôt profondément amoureuse du jeune et impétueux John Willoughby, rencontré dans des conditions très romanesques. Elinor, dont les dispositions sont plus prudentes et mesurées, cache avec soin la profondeur des sentiments que lui inspire Edward Ferrars, le frère de sa désagréable belle-sœur, dont elle a fait la connaissance à Norland.
 

Jane Austen (1775-1817) grandit dans une famille de pasteurs, entourée de huit frères et sœurs. Bien que vivant modestement, George et Cassandra Austen initient leurs enfants à l'amour de la lecture et la connaissance des arts. Dès l'âge de 11 ans, Jane écrit. Son éducation ainsi que celle de sa sœur Cassandra, dont elle restera très proche jusqu'à sa mort, se fera principalement dans le domaine familial. En 1801, la famille Austen s'installe à Bath et quatre ans plus tard, le père de Jane décède. L'auteur ne se mariera pas et consacrera sa vie à l'éducation de ses neveux et nièces et à l'écriture. Raison et sentiment, Orgueil et préjugés et Mansfield Park sont publiés successivement en 1811, 1813 et 1814. Elle laisse derrière elle un roman inachevé, Sanditon, emportée par la phtisie à l'âge de 41 ans.
L'auteur ne connut pas le succès de son vivant, bien que ses pairs l'aient estimée et ne fut redécouvert qu'à la fin du XIXe siècle. Aujourd'hui, son talent de peintre des mœurs et de la province anglaise font d'elle un des auteurs pré-victoriens les plus connus. Elle a utilisé la cruauté du verbe, un humour décalé et une ironie mordante pour effectuer une critique sociale ainsi qu'une critique des romans sentimentaux en vogue à l'époque.


C'est l'un de mes livres préférés. Je l'adore et le redécouvre à chaque fois que je le relis. L'une des premières scènes, celle où Fanny convainc son mari que ce dernier n'est pas vraiment engagé par la promesse qu'il a faite à son père sur le lit de mort de celui-ci est vraiment hilarante. C'est loin d'être la seule. L'écriture est d'une intelligence terrible, sans parler de la connaissance aigue que l'auteur a de la nature humaine. Les dialogues sont géniaux de drôlerie, des bijoux d'ironie. Les personnages, croqués avec justesse, sont attachants, même les plus ridicules.
Les auteurs actuels n'ont rien inventé, Jane Austen avait déjà créé la romcom' en son temps. Car Raison et sentiments est une excellente romcom'. Il mêle humour et romance sans oublier le fond. Classique et conventionnel dans son traitement, il est aussi moderne car la passion et l'amour sont intemporels mais surtout parce que les thèmes abordés le sont encore aujourd'hui : amour, trahison, mesquinerie... Marianne est follement romantique, Elinor l'est aussi mais bien plus sagement. Chacune connaîtra amour puis déception avant le dénouement, heureux, ce n'est un secret pour personne. Ce qui compte, c'est le cheminement de Marianne vers plus de raison et de contrôle de soi et celui d'Elinor dans le courage et l'abnégation vers sa récompense. Au passage, si Edward Ferrars est un peu falot, le colonel Brandon est pour moi le prototype de l'homme idéal : intelligent, généreux, gentil, prévenant, discret, loyal. Et pas mal de sa personne.
La critique de la situation féminine à l'époque géorgienne est palpable entre l'exclusion de l'héritage, la dépendance économique et le nécessaire mariage plus ou moins raisonné et partiellement contrôlé par l'entourage, comme il le sera dans Orgueil et préjugés.

10/10

lundi 21 avril 2014

Qu'est-ce qu'on a fait au bon dieu ?

Claude et Marie Verneuil, issus de la grande bourgeoisie catholique provinciale sont des parents plutôt "vieille France", c'està dire carrément racistes. Les pilules furent bien difficiles à avaler quand leur première fille épousa un musulman, leur seconde un juif et leur troisième un chinois. Leurs espoirs de voir enfin l'une d'elles se marier à l'église se cristallisent donc sur la cadette, qui, alléluia, vient de rencontrer un bon catholique. Noir, donc...

 
Franchement, je m'attendais à une comédie franchouillarde avec un humour un peu limite, gras, pas fin, et les meilleurs gags dans la bande-annonce. Eh bien non ! Qu'est-ce que etc. est une comédie intelligente, attendrissante, légèrement caustique, bourrée de bons gags, de punch lines qui tuent, et mêmes celles de la B.A, recontextualisées, font rire. Même si le scénario n'est guère épais, et que certaines vannes sont un peu grosses, un peu ridicules, bref un peu embarrassantes, il fait vraiment rire, grâce à un certain rythme, à beaucoup d'auto-dérision et à un humour qui n'épargne absolument personne. Tous les clichés sur les arabes, les juifs, les chinois, les noirs, les Africains, les cathos, les artistes... y passent pour mieux être dynamités. Si Ary Abittan en fait un peu trop, les autres acteurs font plutôt dans une certaine sobriété (du moins plus que ce à quoi je m'attendais), y compris Clavier dont je ne suis pas fan. Au final, je me suis bien marrée et n'est-ce pas ce qu'on demande à une comédie ?

8/10

dimanche 20 avril 2014

Une promesse

Allemagne, 1912. Un jeune diplômé, d’origine modeste, devient le secrétaire particulier d’un homme âgé, patron d’une usine de sidérurgie. L’état de santé du patron se dégrade et lui impose de rester à domicile. Il y accueille le jeune homme pour travailler. L’épouse du patron est une femme de trente ans, belle et réservée. Le jeune homme s’éprend d’elle, sans oser révéler ses sentiments. Dans le huis-clos de la demeure, couve cette passion amoureuse, sans geste ni parole, tout en regards et en silences.
Ou comment l'ambition, les convenances, le devoir et le destin peuvent empêcher un amour inattendu. Inattendu parce que leurs conditions sociales, leurs âges, éloignaient la femme mariée fidèle et le jeune ingénieur ambitieux, parce que le mariage des Hoffmeister semblait heureux. La fin ne respecte pas celle du livre, c'est sans doute le seul reproche que je puisse faire à ce film brillant, car c'est un peu trahir le message de Zweig. C'est dommage mais cela n'ôte rien à la beauté du film. La mise en scène, classique, se concentre sur les visages. Le début, fait de scènes très brèves, peut déconcerter mais le spectateur est vite immergé dans cette maison bourgeoise, où l'on s'aime et souffre en silence. Chaque geste, chaque regard, chaque silence a un sens, une élégance cachée, une grâce. La reconstitution, les décors et les costumes sont bons, la musique excellente. Rebecca Hall, Richard Madden et Alan Rickman -impérial comme toujours- sont absolument parfaits, tout en subtilité, en réserve et pourtant expressifs. Certaines scènes sont saisissantes (la discussion commerciale pendant que Lotte joue, l'annonce du départ, la crise de nerfs de Lotte consolée par son mari).
9,5/10