vendredi 6 juin 2014

Nuit noire, étoiles mortes de Stephen King

Cela faisait longtemps que j'avais envie de lire le dernier recueil de nouvelles de Stephen King. Je l'ai enfin trouvé en format poche. Youpi !
 
 
Le livre regroupe quatre nouvelles de longueur décroissante, plus une bonus, le tout dans une tonalité sombre.

On ne présente plus Stephen King. Et pourtant si. Na !
Stephen Edwin King (1947 - ) a publié son premier roman en 1974 et est rapidement devenu célèbre pour ses contributions dans le domaine de l'horreur mais a également écrit des livres relevant d'autres genres comme le fantastique, la fantasy, la science-fiction et le roman policier. Tout au long de sa carrière, il a écrit et publié plus de cinquante romans, dont sept sous le pseudonyme de Richard Bachman, et environ deux cents nouvelles, dont plus de la moitié sont réunies dans neuf recueils de nouvelles. Depuis son grave accident survenu en 1999, il a ralenti son rythme d'écriture. Ses livres ont été vendus à plus de 350 millions d'exemplaires à travers le monde et il a établi de nouveaux records de ventes dans le domaine de l'édition durant les années 80, décennie où sa popularité a atteint des sommets.
Longtemps dédaigné par les critiques littéraires et les universitaires car considéré comme un auteur « populaire », il a acquis plus de considération depuis les années 90. Il a souvent été critiqué pour son style familier, son recours au gore et la longueur jugée excessive de certains de ses romans. À l'inverse, son sens de la narration, ses personnages vivants et colorés, et sa faculté à jouer avec les peurs des lecteurs ont toujours été salués. Au-delà du caractère horrifique de la plupart de ses livres, il aborde régulièrement les thèmes de l'enfance et de la condition de l'écrivain, et brosse un portrait social très réaliste et sans complaisance des États-Unis à la fin du XXe siècle et au début du siècle suivant.
Il a remporté de nombreux prix littéraires dont treize fois le prix Bram Stoker, sept fois le prix British Fantasy, cinq fois le prix Locus, quatre fois le prix World Fantasy, et une fois le prix Hugo et l'O. Henry Award. Il a reçu en 2003 la médaille de la National Book Foundation pour sa remarquable contribution à la littérature américaine et, en 2007, l'association des auteurs de romans policiers américains Mystery Writers of America lui a décerné le titre de « grand maître ». Ses ouvrages ont souvent été adaptés pour le cinéma ou la télévision avec des fortunes diverses, parfois avec sa contribution en tant que scénariste et, à une seule reprise, comme réalisateur.

 Cinq nouvelles donc.

1922

En 1922, Wilfred James, fermier dans le Nebraska, ne parvenant pas à convaincre sa femme de ne pas vendre son lopin de terre à un abattoir industriel, assassine celle-ci avec la complicité récalcitrante de son fils. Que ce soit à travers d'une vengeance post-mortem ou d'une culpabilité dévorante, cet acte sonnera la fin des jours prospères et heureux.
Presque un roman court, cette nouvelle pêche par un rythme un peu lent mais parvient à conserver son atmosphère poisseuse et glaçante à la fois. L'ambiance est tendue, prenante, entre fantastique, terreur et folie humaine. Le traitement de la culpabilité est excellent, notamment grâce à des personnages fouillés au comportement cohérent. Vive les descriptions glauques et horrifiantes.
Grand Chauffeur

Tess, écrivain, se rend à une séance de dédicace. Lors de son retour, sa voiture se retrouve bloquée et elle en est réduite à demander l'aide d'un chauffeur qui passait par là. Violée et étranglée sauvagement, Tess parvient malgré tout à survivre à l'insu de son agresseur et est bien décidée à se venger.
Contemporaine, cette nouvelle effraie par son réalisme. Le passage du viol évite d'être trop cru, ce que j'avais craint avec Stephen King (cf celui de Dôme, insoutenable). La suite des événements est racontée presque minute par minute. Le raisonnement tenu par la victime est passionnant et sa réaction compréhensible. Son délire de quasi dédoublement de la personnalité apporte une touche d'humour salvateur.

Extension claire

Atteint de cancer et maladivement jaloux de la réussite à tous les niveaux de son « meilleur » ami Tom Goodhugh, Dave Streeter fait la rencontre de George Dabiel qui lui vend une extension de vie. Cependant, le prix à payer en retour peut être terrible.
Cette nouvelle réjouissante est profondément cruelle mais parfois drôle par le sort réservé aux victimes du retour de flamme de l'extension. C'est la multiplicité et l'inventivité de leurs malheurs qui fait sourire. La cruauté transparait parce que le "héros" est heureux de sa transaction, il s'en réjouit. Comme on le comprend ! Car le lecteur le comprend, et s'il est honnête, doit sans doute avouer qu'à sa place, il en ferait peut-être autant.

Bon Ménage

Darcy est mariée avec Bob depuis plus de vingt ans. Elle est on ne peut plus satisfaite de son mariage jusqu'au jour où elle découvre quelques secrets de son mari, des secrets ayant un lien avec le tueur en série Beadie qui défraie la chronique depuis près de trente ans. 
Cette nouvelle, plutôt brève, fait naître un certain suspense. Que va décider Darcy ? Et son mari ? Là encore, c'est le raisonnement tenu par le personnage principal qui est passionnant. Confrontée à l'impensable, elle doit faire un choix déchirant car elle aime encore son mari.
 
A la dure
 
Un publicitaire va au travail alors que sa femme, malade, reste à la maison. Je n'en dis pas plus sinon je risque de spoiler cette nouvelle courte.
Quoique j'ai rapidement su à quoi m'en tenir, cette nouvelle m'a rappelé d'autres textes de l'auteur d'une teneur similaire. La folie douce du personnage et sa détermination impressionnent.
 
 
Dans les nouvelles contemporaines, on constate que King sait toujours aussi bien les ancrer dans une époque, notamment au moyen de la technologie. C'est paradoxal mais brillant au vu de l'universalité des thèmes traités : la vengeance, l'envie, la culpabilité, la part d'ombre en chacun d'entre nous. Excepté dans la première, pas de longueurs, pas de tergiversations littéraires, le style est sec et nerveux, contribuant à l'ambiance. Le personnage principal est attachant (sauf 1922, où j'ai eu plus de mal avec Wilfred), on ressent une véritable empathie pour lui. Je suis encore une fois frappée par la capacité de King à comprendre la psyché humaine, même féminine. Ce recueil,  dont les situations de départ partent du quotidien le plus banal pour virer à l'horreur totale, est particulièrement sombre, mais comme toujours avec King, c'est un page turner. Le lecteur est happé par le récit et ne peut plus lâcher le bouquin. Heureusement que ce sont des nouvelles, sinon, je n'aurais rien fait d'autre pendant deux jours. 
 
9/10

jeudi 5 juin 2014

Tristesse club

Si vous aimez les jeux de pistes, les vieilles Porsche, les sœurs qui n'en sont pas, les pères pas vraiment morts, les lacs et leurs secrets: bienvenue au club.


Heu... Le paysage de lac est superbe. Ludivine Sagnier est toujours aussi rafraîchissante, Laurent Lafitte joue les gros beaufs avec un certain talent, Vincent Macaigne -qui a d'urgence besoin d'une bonne coupe de cheveux- campe efficacement l'imbécile coincé, Noémie Lvovsky joue fort bien l'ex déjantée. Oui, certes. Sauf que les personnages sont horripilants au possible. Le film se voulait absurde et drôle. Absurde, ça, il l'est, c'est sûr. Abscons même ! Les situations ne sont pas crédibles, non plus que les réactions des personnages. On sourit parfois, grâce à certains dialogues, qui à d'autres moments sont franchement lourds. De temps à autre, je sortais complètement du film, notamment à cause du manque d'empathie envers les personnages. Le père est mort ? Ou pas ? On s'en fout. La sœur est vraiment la sœur ? Ou pas. On s'en fout aussi. De plus, on devine rapidement ce qu'il en est. Dommage parce que la chronique de la vie de cette famille dysfonctionnelle aurait pu être intéressante. Quelques scènes sortent du lot (siphonnage d'essence) de cette comédie douce amère ratée.

4/10

dimanche 1 juin 2014

Maléfique

Maléfique, une fée au cœur pur, mène une vie idyllique dans le paisible royaume de La lande peuplé de fées. Lorsqu'une armée d'humains vindicatifs menace les frontières, Maléfique s’élève en féroce protectrice de cette terre, mais une personne en qui elle avait foi la trahit, déclenchant en elle une souffrance à nulle autre pareille qui va petit à petit transformer son cœur pur en un cœur de pierre. Bien décidée à se venger, elle s’engage dans une bataille épique avec le successeur du roi, jetant une terrible malédiction sur sa fille qui vient de naître, Aurore.

 
Voilà une relecture intéressante du mythe de la Belle au bois dormant. Je n'ai absolument rien contre, après tout, Disney était un spécialiste du genre (La petite sirène par exemple) et l'histoire de la Belle au bois dormant n'est pas identique selon qu'elle soit racontée par Perrault ou les Grimm. Le film se place du point de vue de Maléfique, la méchante fée qui jette un sort sur la princesse Aurore. C'est une bonne idée car cela donne un peu de corps à ce conte assez manichéen. Le film revisite la traditionnelle opposition entre nature et humanité mais délaisse quelque peu la métaphore de l'adolescence et du passage de l'innocence à la sexualité. Angelina Jolie, sculpturale, est parfaite de bout en bout, majestueuse avec ses ailes gigantesques. Son personnage évolue de la pureté innocente à la noirceur avant de retrouver la foi en l'amour. Elle Fanning, Sharlto Copley et Sam Riley complètent avec talent le casting. Les scènes de combat sont excellentes, les effets spéciaux de grande qualité. Tout, les couleurs, la lumière, les costumes, les créatures, est superbe. Un peu d'humour est présent, ça allège l'ambiance assez sombre du film. Un aspect négatif : certains dialogues sont parfois mièvres et la voix off n'est utile que pour les gamins pour lesquels elle remplace la voix du conteur. La reprise de Once upon a dream par Lana del Rey est très belle.

9/10