samedi 13 septembre 2014

Le Grand vaisseau de Robert Reed

J'avais une envie de bonne science-fiction et la couverture de ce livre m'a plu. Le résumé de quatrième de couv' était prometteur. Je me suis lancée.  

Venu du fin fond de l'espace, un énorme vaisseau à la dérive est repérée par les humains. Ils s'y installent et défendent alors farouchement leur trouvaille. De la taille d'une planète, le Grand vaisseau accueille des touristes humains et extraterrestres pour une croisière autour de la galaxie. En ce lointain futur, les humains, immortels, accomplissent sans difficulté les voyages qui durent plusieurs milliers d'années. Ils pensent bien connaître leur vaisseau jusqu'au jour où se révèle une salle secrète contenant une planète. La maîtresse capitaine ordonne une mission d'exploration constituée de ses meilleurs capitaines. Mais un accident survient et ceux-ci se retrouvent naufragés. Isolés, déconnectée du Vaisseau, ils n'ont comme solution que de patienter les quelques milliers d'années nécessaires au développement d'une civilisation évoluée leur permettant d'élaborer les moyens de s'échapper.
Robert Reed (1956 - ) est un écrivain de science-fiction américain. De formation scientifique, il commence par occuper quelques emplois dans l'industrie de 1979 à 1987, date a laquelle il obtint un Bachelor of Science en biologie au Nebraska Wesleyan University. Il arrête de travailler pour se consacrer entièrement à l'écriture de romans de science-fiction. Son premier roman, The Leeshore (inédit en France), paraît la même année. En 1986, il remporte le grand prix du « Writers of the Future Contest », financé par la fondation L. Ron. Hubbard, pour sa nouvelle Mudpuppies.
 
Ce qui frappe d'abord, c'est le concept : un vaisseau grand comme une planète, si immense qu'une planète se trouve à l'intérieur et des êtres immortels, auto-réparants, génétiquement modifiés. La première partie est intéressante, la seconde glaçante. Et les deux posent des problèmes. D'une part, les descriptions du vaisseau sont longues, souvent trop, et cassent le rythme déjà assez lent. De plus, un vocabulaire technique est employé et m'a souvent perdue en cours de route. D'autre part, les personnages manquent cruellement d'humanité et donc d'émotion. Il est difficile de s'identifier à des êtres immortels qui ne sont plus que d'origine humaine. Les deux personnages principaux, Miocène et Washen, ne sont pas inintéressantes mais trop peu décrites. Elles éprouvent peu d'émotion, encore que la première crève d'ambition.
Pourtant, j'ai suivi leur parcours avec intérêt, sûrement parce que je suis persévérante et que l'auteur a des idées originales, du moins au départ. En effet, la lutte de pouvoir entre les différents personnages est assez classique. On se demande sans cesse quelle est l'étape suivante malgré un style plutôt sec. Le roman a de l'ampleur, aussi bien temporelle que philosophique, puisqu'il traite de la naissance d'une religion, de l'autorité et de la construction d'un État.
Le concept de départ, pour original qu'il soit, engendre ses propres faiblesses.
 
5/10

mercredi 10 septembre 2014

Gemma Bovery

Martin est un ex-bobo parisien reconverti plus ou moins volontairement en boulanger d'un village normand. De ses ambitions de jeunesse, il lui reste une forte capacité d'imagination, et une passion toujours vive pour la grande littérature, celle de Gustave Flaubert en particulier. Les nouveaux voisins s'appellent Gemma et Charles Bovery, et leurs comportements semblent être inspirés par les héros de Flaubert. Mais la jolie Gemma Bovery, elle, n'a pas lu ses classiques, et entend bien vivre sa propre vie...


C'est l'histoire d'un homme qui s'ennuie profondément et qui, plutôt que de prendre des antidépresseurs ou du calva, croit voir s'incarner les personnages de son auteur favori. Sur une bonne B.O, Fabrice Luchini déploie tout son talent et tout son amour de la littérature dans cette comédie douce-amère, un brin mélancolique, sur fond d'illusions perdues. Il parvient à rester sobre et ses regards en disent bien plus que les mots, d'ailleurs son personnage est souvent silencieux parce qu'il adopte une attitude d'observateur passif, et quand il agit, ce n'est pas toujours pour le mieux. Gemma Arterton, sensuelle, use de son charme et campe brillamment une jeune femme un peu perdue dans le bocage normand magnifié par la réalisatrice. A noter, Jason Flemyng, en mari adorable, est attachant. La galerie de personnages secondaires est distrayante, mais aurait gagné à être plus développée car c'est là que réside une bonne partie de la satire de ces bobos superficiels. Anne Fontaine se laisse parfois aller à une certaine facilité. Les dialogues sont savoureux, intelligents et souvent drôles et n'ont pas peur de parler littérature, quoique pas assez à mon goût. Le dénouement est maladroit bien qu'il soit rattrapé par l'épilogue. De plus, ça donne envie de relire Madame Bovary, le vrai.
 
8/10

dimanche 7 septembre 2014

Délivre-nous du mal

Le sergent Ralph Sarchie, flic dans le Bronx, il est chaque jour témoin du pire de la nature humaine. Pourtant, rien ne l’avait préparé à l’affaire que lui et son partenaire Butler vont découvrir. Dépassé, Sarchie va devoir s’allier à un prêtre surprenant dont la foi a souvent vacillé, qui tente de le convaincre que les horribles événements qui se multiplient sont liés à des possessions démoniaques…


Je m'attendais à un thriller mâtiné de fantastique, c'est un thriller horrifique. Cela surprend mais dans le bon sens. Ce film est dans la même veine que Conjuring : classique, sérieux, efficace, ponctué de pointes d'humour rafraîchissantes et bienvenues. L'atmosphère est tendue, angoissante. La métaphore qui fait le parallèle entre la guerre et le diable, le mal, est évidente mais n'en est pas moins troublante lorsque l'on a une idée, même vague, de l'état des soldats lorsqu'ils rentrent d'un front de conflit. Eric Bana campe un flic désabusé, un peu violent, plutôt attachant. Edgar Ramirez, que je n'avais pas revu depuis le mésestimé Domino, est parfait en prêtre buvant du whisky et fumant cigarette sur cigarette. Les personnages vivent apparemment dans une ville où il pleut tout le temps et pas qu'un peu. Seattle peut-être ? La B.O sert bien l'intrigue simple mais glaçante. On sursaute, on frissonne, même si les ficelles sont prévisibles et déjà-vues. Après tout, elles sont réutilisées parce qu'elles fonctionnent. En revanche, le blabla pseudo véridique "tiré d'une histoire vraie" n'a aucun intérêt et la fin est bâclée.
 

7,5/10

Le jeu de l'ange de Carlos Ruiz Zafon

J'ai acheté ce livre sur le seul nom de l'auteur dont j'ai adoré les deux précédents livres que j'avais lu. Et puis je l'ai laissé reposer sur ma commode bon nombre de semaines, attendant le bon moment. Ce fut à mon retour de vacances.


« Je t’emmènerai dans un endroit secret où les livres ne meurent jamais et où personne ne peut les détruire… »

Barcelone, années 1920. David Martin, dix-sept ans, travaille au journal La Voz de la Industria. Son existence bascule un soir de crise au journal : il faut trouver de toute urgence un remplaçant au feuilletoniste dominical. Sur les conseils de Pedro Vidal, chroniqueur à ses heures, David est choisi. Son feuilleton rencontre un immense succès et, pour la première fois, David est payé pour ce qu'il aime le plus au monde : écrire. Mais écrire peut coûter cher à celui qui s'adonne à sa passion sans s'économiser, surtout qu'un étrange éditeur s'intéresse de très près à son talent.

Carlos Ruiz Zafon (1964 - ) est un auteur et scénariste espagnol vivant aux États-Unis. Il a gagné plusieurs prix dont le prix Femina en 2004 et le prix Michelet en 2005. En plus de Marina, il a écrit deux trilogies : Le cimetière des livres oubliés et la Trilogie de la brume.

Ce volume est assez imposant si l'on compare avec les courts Marina et Le prince de la brume. Chouette ! Là encore, la fin de l'enfance est évoquée, de même que l'importance des choix. Barcelone, personnage cher à l'auteur, est très présente, décrite évoquée, critiquée, admirée. La ville influe sur l'atmosphère du roman, sombre, un peu magique. D'ailleurs l'intrigue est basée autant sur la folie de l'homme que sur un fond de magie, disons de subtil fantastique. La religion est également longuement évoquée, Ruiz Zafon en profite pour écrire des dialogues intelligents, philosophiques. Il décrit longuement le processus d'écriture.
On s'attache aux personnages. A David bien sûr, David qui fait sans cesse de mauvais choix qui provoquent son malheur, aux Sempere père et fils, libraires au grand cœur, passionnés par la littérature et les écrivains, mais surtout à Isabella, personnage fantasque à la répartie acérée. Ce qui fait de ce livre un page turner, c'est surtout la qualité de l'écriture, précise, efficace, fluide.
Le rythme assez lent, maniant avec talent les ellipses, m'a plu car cela permet à l'intrigue de se développer complètement. Toutefois, quelques descriptions sont un peu longuettes. On se prend volontiers au jeu de cette intrigue complexe, faite d'éléments imbriqués, un brin emberlificotée. D'ailleurs le final laisse le lecteur sur sa faim, sans expliquer complètement ce qui s'est passé, avec une fin un peu abrupte.
Je n'ai plus qu'à lire L'ombre du vent, roman précédent dans la trilogie de Le cimetière des livres oubliés, ce qui m'avait échappé lorsque j'ai acheté Le jeu de l'ange.

8,5/10