samedi 15 août 2015

Londres par hasard d'Eva Rice

J'avais lu le premier livre de cet auteur et je l'avais aimé, d'où l'achat de son deuxième roman. Je trouve le titre français de celui-ci épouvantable et assez loin du titre original (The misinterpretation of Tara Jupp) mais bon, tant pis.
 
 
Tara, adolescente dont l'enfance a été assombrie par la mort de sa mère, vit avec père pasteur et ses sept frères et sœurs dans un presbytère de Cornouailles. Lors d'un mariage, elle est remarquée par un producteur de disques pour sa belle voix qui la plonge avec sa sœur Lucy - ravissante jeune femme qui brise tous les cœurs mais qui ne rêve que de vieilles pierres - dans le bouillonnement culturel du Londres des swinging sixties.
Née dans une famille d’amateurs de musique, Eva Rice est l’auteur de deux précédents ouvrages, un roman et un essai. L’Amour comme par hasard, vendu à plus de 220 000 exemplaires en Angleterre, a été finaliste des British Book Awards en 2006. Eva Rice vit à Londres.
On découvre Tara, jeune fille peu sûre d'elle, et sa famille bien avant le producteur. L'auteur nous raconte son adolescence entre un père terrifiant mais qui bizarrement n'empêche aucune des bêtises de ses filles et une ribambelle de frères et sœurs. L'une se démarque, la trop jolie Lucy qui séduit tout ce qui porte un pantalon, bientôt au grand dam de leur amie commune la riche et maladroite Mathilda. Les personnages sont complexes et attachants. Certes, c'est une bluette romantique. Certes. Mais c'est tellement charmant et pétillant grâce à un humour léger et à la tendresse qu'éprouve l'auteur pour ses personnages. Rice décrit aussi bien la campagne anglaise avec sa gentry pas encore entrée dans la modernité que le Londres en pleine évolution, plein de musiciens, de fêtes et d'alcools. L'ambiance de ces deux mondes est parfaitement rendue. J'ai aimé le mélange entre la passion pour la musique et celle pour les demeures victoriennes.
C'est un roman initiatique dans la grande tradition du genre. Tara passe de l'adolescente paumée à l'adulte comblée. Car oui, c'est un roman prévisible mais ce qui compte, c'est le chemin parcouru. Ce n'est sans doute pas un roman essentiel mais il s'agit d'une lecture très plaisante, espiègle, pour l'été ou même l'hiver. Au passage, c'est un livre très cinématographique. A quand l'adaptation ?
 
8/10

dimanche 9 août 2015

Anno Dracula de Kim Newman

La couverture, le titre, le pitch, tout concourait à me donner envie de le lire.

1888: Dracula a épousé la veuve Victoria, et règne désormais sur la Grande-Bretagne. Les vampires sont sortis de la clandestinité. Un assassin surnommé Scalpel d’Argent massacre les prostituées aux canines un peu trop aiguisées. Charles Beauregard, du Diogène's Club, est envoyé pour le traquer et croisera au fil de son enquête des personnages aussi légendaires que Jack l’'éventreur, le docteur Jekyll ou Fu Manchu.
Kim Newman (1959 - ) est un auteur et critique de cinéma anglais. Il a grandi dans le comté du Somerset, sa jeunesse ayant été marqué par la vision, à l'âge de 11 ans, du Dracula de Tod Browning, et a ensuite étudié l'anglais à l'Université du Sussex. Il a tout d'abord été journaliste dans divers magazines avant de se tourner vers l'écriture, domaine où il a déjà été plusieurs fois récompensé par des prix littéraires. Il est également un critique reconnu du cinéma d'horreur, contribuant notamment au mensuel Empire. Il a également écrit des romans dans l'univers de Warhammer sous le pseudonyme de Jack Yeovil. En 2013, Kim Newman a fait partie du jury de la 13e édition du festival international du film fantastique de Neuchâtel.
Ce livre provoque en moi des sentiments et des impressions extrêmement contradictoires. Une fois que je l'ai commencé, j'avais à la fois hâte et pas envie de le continuer. J'ai réfléchi à la raison et je suis parvenue à la conclusion qu'il y a quelque chose dans l'écriture de ce roman qui me déplaît profondément malgré des personnages intéressants et un univers novateur. L'aspect ultra référencé finit par agacer d'autant que certaines références m'échappent. L'auteur s'est fait plaisir mais il a oublié le lecteur. Il a créé un univers riche dans lequel il agrège de façon intelligente et un brin prétentieuse une bonne dizaine d'autres. Le côté prétentieux ressort dans la centaine de page de "supplément". C'est sans doute le problème du livre : il privilégie l'univers et sa description à l'intrigue. Il n'y a pour ainsi pas d'intrigue. On sait dès le début qui est l'assassin et l'enquête prend la forme de quelques promenades au clair de lune. Pas de suspense et un final bien trop précipité.
Les personnages sont trop nombreux pour un roman finalement pas énorme. Nombre d'entre eux passent à la trappe et ne sont même pas remarqués. Beauregard et Dieudonné sont plutôt attachants mais je ne suis même pas sûre que plus de la moitié du roman leur soit consacré. La multiplication des points de vue m'a agacée. Les personnages principaux sont passifs, aucun évènement n'est dû à leur action, sauf dans le final. Ce sont toujours les autres qui agissent et provoquent les choses. Kate Reed ne sert pas à grand chose. Lestrade disparaît après l'un des premiers chapitres, c'est dommage. Pamela gagne en intérêt vers la fin mais c'est pour disparaître presque aussitôt et sans que l'on connaisse ses motivations profondes. Le sergent et Kostaki se sont révélés en un chapitre et puis pouf, disparition, encore. En bref, une majorité des personnages fait un petit tour et puis s'en va.
Tout pourtant n'est pas négatif. L reconstitution de Londres est impeccable et la description de la modification de la société post sortie du cercueil des vampires est développée de façon intéressante et plutôt intelligente, bien que Dracula soit au final peu présent.
 
4/10