samedi 26 septembre 2015

Premiers crus

Fils de viticulteur, Charlie Maréchal, œnologue parisien réputé, auteur d’un guide à succès, revient en Côte-d’Or quand son père, qui a perdu le goût du vin, risque de predre l’exploitation viticole familiale.

Je m’attendais un peu à un film franchouille sympa mais pas très fin. Pas du tout. Certes, le il n’évite pas tous les pièges du film français traditionnel, ni les clichés, mais évoque les vignes avec une certaine poésie. Gérard Lanvin tient le rôle du bougon de service, perdu au sein d’une famille disloquée, n’ayant plus goût à grand chose, en pleine autodestruction. Jalil Lespert est le fils prodigue, séduisant, en quête de transmission. Alice Taglioni, dont le personnage n’est pas une potiche mais une femme indépendante et talentueuse, Laura Smet sont les atouts charmes du film. Le directeur de la photographie a fait un travail formidable, notamment sur la lumière, les vignes sont sublimes. La musique accompagne bien le déroulement des événements. Le thème de la transmission est développé sur deux plans, il est aussi question du retour aux sources, de la famille. C’est un film agréable, qui manque sans doute de force et de surprise, mais non de divertissement, ni d’humour.

7/10

lundi 21 septembre 2015

L'agonie de la lumière de George R.R. Martin

J'adore Le trône de fer -les livres-, j'ai donc décidé de lire un autre titre du même auteur. J'avoue que la beauté du titre a joué.


Lorsque Dirk T'Larien reçoit le joyau-qui-murmure, des souvenirs douloureux et profondément enfouis reviennent à la surface, réveillant d'anciennes cicatrices : pourquoi Gwen, son amour perdu, fait-elle appel à lui de cette manière ? Pourquoi si longtemps après leur rupture ? A l'idée qu'il existe une possibilité de renouer les liens avec celle qu'il a tant aimée, Dirk n'hésite plus et embarque dans le premier vaisseau interstellaire : direction Worlorn. Worlorn, planète-festival maintenant à l'abandon, cadre baroque et décadent condamné à l'extinction. Sur cette planète qui se meurt, Dirk tentera de raviver la flamme de Gwen et devra, pour cela, l'arracher aux Kavalars, un peuple violent régi par un code d'honneur particulier.
 
George R. R. Martin (1948 - ) a écrit des fan fictions dès l'adolescence et remporte en 1965 un Alley Award. Diplômé en journalisme et objecteur de conscience, il accomplit, au lieu de partir au Viêt Nam, deux ans de volontariat dans le cadre du programme de la guerre contre la pauvreté. Ensuite, il devient superviseur de tournois d'échecs, puis professeur de journalisme. Dans le même temps, il écrit des nouvelles de science-fiction qui lui valent une certaine reconnaissance. Il remporte en 1975 le prix Hugo du meilleur roman court pour Chanson pour Lya. En 1975, il se marie avec Gale Burnick mais le couple divorce en 1979. La même année, Martin devient écrivain à plein temps. En 1980, il remporte le prix Hugo, le prix Locus et le prix Nebula pour sa nouvelle Les Rois des sables. Il aborde aussi le genre de l'horreur avec ses romans Riverdream (1982) et Armageddon Rag (1983). Au milieu des années 80, il travaille pour la télévision comme scénariste pour La Cinquième Dimension et La Belle et la Bête, participant aussi à la production de cette dernière série. Une de ses nouvelles, Le Volcryn, est adaptée au cinéma avec le film Nightflyers en 1987. Parallèlement à ces travaux, il entame dès 1987 un travail d'éditeur avec une série nommée Wild Cards. Au début des années 90, il revient à l'écriture en entamant le cycle de fantasy Le Trône de Fer (A Song of Ice and Fire). Les trois premiers romans remportent le prix Locus du meilleur roman de fantasy et la saga connaît un succès commercial grandissant. En janvier 2007, la chaîne de télévision HBO acquiert les droits d'adaptation dans l'intention d'en faire une série télévisée. Martin participe à sa production et écrit le scénario d'un épisode par saison. Il vit désormais à Santa Fe, où il possède un cinéma, et s'est marié le 15 février 2011 avec Parris McBride, sa compagne depuis les années 1980.
L'univers de Martin est souvent sombre et cynique et empreint de mélancolie. Ses personnages sont souvent malheureux ou au moins insatisfaits. Ils ont une dimension tragique et un sort fatal leur est souvent réservé. Martin en vient rapidement à utiliser les perspectives des "méchants", renversant ainsi toute vision manichéenne. Dans ses nouvelles de science-fiction, les principaux thèmes abordés sont la solitude, les relations humaines, l'amour tragique, le romantisme et l'opposition entre une dure vérité et un mensonge réconfortant.
Le roman est extrêmement bien écrit, même s'il peut parfois être ardu. On retrouve sa plume alors que le livre date de 1980. Les descriptions sont parlantes, l'univers complexe et complet. L'intrigue est bien menée, pourvue de nombreux rebondissements intéressants. Ce qui m'a gênée dans ma lecture, ce sont les personnages. Aucun n'est réellement charismatique. Gwen est assez insupportable, on se demande pourquoi ces messieurs se donnent autant de mal pour elle. Kirk, paumé, ressemble à Don Quichotte qui se bat contre des moulins à vent, le sait, mais persiste contre toute raison. Il paraît toujours agir contre son intérêt. Garse est antipathique jusqu'aux dernières pages, ça s'améliore sur la fin. Jaan est peut-être le seul à émerger : courageux, entêté, un réformateur appliquant le code qu'il essaie de changer. Tous ont un caractère tragique. En effet, il est ici question d'un amour fini, d'un amour incertain et d'un amour-haine, d'amitié, de trahisons et d'honneur. Mais aussi d'une planète mourante, utilisée pendant dix ans pour un festival ressemblant fort à une exposition universelle réunissant plusieurs nations décidées à montrer le meilleur d'elles-mêmes, puis désertée, déjà presque oubliée. L'ambiance est crépusculaire et un brin morbide mais grâce au talent de l'auteur, on s'accroche. J'ai du mal à dire que j'ai aimé le livre, pourtant je suis convaincue que c'est un bon livre.
 
6/10

dimanche 20 septembre 2015

Agents très spéciaux

Début des années 60, en pleine guerre froide, l'agent de la CIA Solo et de l'agent du KGB Kuryakin doivent coopérer pour une mission conjointe. Solo et Kuryakin n'ont qu'une piste : le contact de la fille d'un scientifique allemand porté disparu, le seul à même d'infiltrer l'organisation criminelle.


On m'avait dit du bien du film et je ne suis pas déçue. Ce film d'espionnage parodique à prendre au second degré respecte les codes du genre tout en injectant une bonne dose d'humour. Le film est vraiment drôle. Il exploite l'antagonisme entre les deux agents aux caractères opposés. Tous deux partagent une certaine arrogance qui les conduit à faire quelques imbécillités dangereuses. Henry Cavill, sourire ultra bright en avant, joue l'Américain arrogant et séducteur, alors qu' Armie Hammer est le soviétique réservé plein de maîtrise (jusqu'à ce qu'il s'agite...). L'un et l'autre remplissent leur rôle à merveille, avec un avantage pour le second, dont le jeu est plus magnétique. Alicia Vikander et Elizabeth Debicki sont les efficaces atouts charmes de ce film. Sylvester Groth campe l'inquiétant oncle Rudi qui joue magistralement une scène de torture. Quant à Hugh Grant, il fait une apparition charmante, bien qu'il ait vieilli. L'intrigue est secondaire par rapport aux relations entre les deux héros. La musique sixties est au top et les paysages sont superbes. La reconstitution des années 60 est bien réalisée, tout comme les effets spéciaux. La photographie est soigné et utilise des filtres pour rendre un côté vintage. C'est bavard mais rythmé avec des split screens intelligents. Le résultat est fun, punchy et élégant. On se prend au jeu sans s'y attendre et on ressort amusé et détendu.





8,5/10
 
 

Le garde du cœur de Françoise Sagan

J'adore Sagan et sa célèbre petite musique. J'ai déjà lu une douzaine d'ouvrage, sur neuf ou dix ans. Je suis tombée sur un titre qui ne me disait rien, un petit volume parfait pour le train.
Dorothy, une scénariste de 45 ans, séduisante et désabusée, recueille chez elle un étrange jeune homme qui va prendre une place croissante voire envahissante dans sa vie, aux dépens de Paul, son amant.
D'avance, veuillez pardonner la longueur de cette partie biographique, je ne pouvais pas faire moins à propos du charmant petit monstre et de sa vie passionnante.


Issue d'une famille d'industriels aisés Françoise Sagan (1935 – 2004) écrit Bonjour tristesse, son premier roman, dont elle emprunte le titre à un vers d'Éluard, publié chez Julliard, durant l'été 1953. Son père ne voulant pas que son nom apparaisse, Françoise Quoirez devient Françoise Sagan. Elle obtient le prix des Critiques et connaît un succès immédiat. Son deuxième roman Un certain sourire paraît en 1956. Happée par le succès et l'argent, Sagan est fascinée par le jeu et les voitures. Le 14 avril 1957, elle est victime d’un grave accident après lequel on lui administre un dérivé morphinique. À sa sortie de l’hôpital, elle entame une cure de désintoxication dont elle tient le journal : Toxique. Cette première cure de désintoxication est un échec, elle se met à boire, ce qui lui provoque une polynévrite douloureuse. En 1958, elle épouse l'éditeur Guy Schoeller dont elle divorce en 1960 pour se marier deux ans plus tard avec un mannequin américain Robert Westhoff, avec qui elle a un fils, Denis Westhoff, en 1962. Le couple divorce rapidement mais poursuit la vie commune avant de se séparer en 1972. Son grand amour est la styliste Peggy Roche qui, jusqu'à sa mort en 1991, fut sa compagne. Sagan a vécu entourée d'un petit cercle d'intimes dont Bernard Frank, Florence Malraux, Jacques Chazot et Juliette Gréco. Elle gagne beaucoup d'argent et se montre très généreuse.
A l'écart des batailles littéraires, Françoise Sagan écrit une vingtaine de romans : 30 millions de livres vendus en France, de nombreuses traductions. Elle publie régulièrement, connaît chaque fois de grands succès de librairie malgré la critique agacée. Le théâtre tient une place importante dans son œuvre mais avec un succès en dents de scie. Elle a aussi écrit des nouvelles, des scénarios, des biographies, des fragments d'autobiographie et même des chansons pour Juliette Gréco. Sagan est engagée politiquement. Par exemple, en 1971, elle signe le Manifeste des 343 salopes et elle fait don de ses droits polonais à Solidarność. Elle a été proche de François Mitterrand. Après la mort de son frère Jacques en 1989, la disparition en 1991, de Peggy Roche est un choc pour Françoise Sagan. En quelques années, elle perdra également ses parents, Jacques Chazot, Robert Westhoff. Ses ennuis de santé ne lui laissent aucun répit. Elle défraie la chronique avec les affaires de drogues en 1988 et 1995 et de fraude fiscale dans l'affaire Elf en 2002. Elle est condamnée à un an d'emprisonnement avec sursis pour fraude fiscale et doit acquitter d'importantes pénalités. Ruinée, elle est recueillie par sa dernière compagne, Ingrid Mechoulam, épouse d'un millionnaire, qui la soigne et la soutient jusqu'à la fin, rachetant ses maisons et ses meubles au rythme des saisies, l'isolant aussi. Elle cesse d'écrire après son roman Le Miroir égaré publié en 1996. En 1998, la romancière avait rédigé son épitaphe : "Sagan, Françoise. Fit son apparition en 1954, avec un mince roman, Bonjour tristesse, qui fut un scandale mondial. Sa disparition, après une vie et une œuvre également agréables et bâclées, ne fut un scandale que pour elle-même."

Dans ce livre, on retrouve les thèmes chers à Sagan : la jeunesse, la bourgeoisie intellectuelle et artistique, les voitures, l'alcool. Tout cela étant incarné par Dorothy, femme approchant l'âge mûr (son âge est sans cesse répété), encore séduisante, charmante, cultivée, mondaine, buvant trop mais l'admettant volontiers, à la moralité douteuse mais s'en inquiétant finalement à peine. Paul est un homme amoureux et finalement accommodant. Mais sa petite musique change un peu avec le personnage de Lewis, sociopathe tout à tour inquiétant et attendrissant, grand gamin à la beauté dangereuse et à la tendresse touchante. On évolue dans le milieu hollywoodien des sixties, avec ses fêtes, ses stars, ses hypocrisies.
L'écriture est fluide, on suit les petites aventures des protagonistes avec plaisir. Pas de vrai suspense, mais une réelle curiosité pour la réaction -étrange il faut bien l'admettre- de Dorothy face au comportement à la fois violent et protecteur de Lewis. C'est un roman court (trop), délicieux, léger, parfois drôle, comme toujours baigné d'une douce mélancolie.
9/10