samedi 3 octobre 2015

Le royaume immobile de Pierre Pevel

Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire ici, j'adore Pevel. C'est mon auteur français de fantasy favori (une allitération, une !). Je l'ai découvert il y a une dizaine d'année avec la trilogie du Paris des Merveilles qui ne portait pas encore ce nom. Les enchantements d'Ambremer ont nourri mon imaginaire pur des années et me ravissent encore. Quand j'ai appris que Pevel avait écrit un troisième tome, j'ai fait preuve de patience et j'ai attendu un salon du livre pour me le faire dédicacer. Oui je suis une groupie. J'en ai profité pour prendre le tome 2 de Haut Royaume...
 
 
Alors que tous ne songent qu’aux prochaines élections du Parlement des Fées, Griffont doit aider un ami soupçonné du meurtre d’un mage du Cercle Incarnat. De son côté, Isabel se trouve aux prises avec de dangereux anarchistes venus de l’OutreMonde et bien décidés à ensanglanter Paris pour se faire entendre. Bien sûr, tout est lié.
 
Pierre Pevel (1968 - ) a d'abord été scénariste, journaliste et auteur pour les jeux de rôle, avant de venir à l'écriture. Il écrit plusieurs romans de fantasy sous le pseudonyme de Pierre Jacq, puis signe ses livres de son vrai nom. Il se fait connaître par sa trilogie des Ombres de Wielstadt, publiée en 2001, qui lui vaut en 2002 un Grand prix de l'Imaginaire. Ses romans se rapprochent souvent de l'uchronie, et en particulier de l'uchronie de fantasy. Par ailleurs, il a entrepris, depuis 2006, de traduire à nouveau les aventures de James Bond de façon à respecter le texte original.
 
Aucune prétention au mystère, j'ai adoré ce volume, en parfaite continuité avec les précédents. L'auteur connaît ses personnages et son univers à la perfection et a réussi nous rafraîchir la mémoire sans en avoir l'air, même pas la peine de relire les deux premiers, sauf pour le plaisir, bien sûr.
Je me suis ré-immergée avec plaisir dans ce Paris des Merveilles fantastique plein de créatures féeriques et baigné de magie. L'univers est toujours aussi bien décrit et attractif. On retrouve aussi des personnages attachants. Griffont, de mauvaise foi, courageux jusqu'à l'inconscience, loyal, fait un peu moins de magie que dans les précédents mais enquête toujours avec autant de science. Isabel de Saint Gil traîne sa moralité douteuse et son sens de l'humour dévastateur, aussi agaçante que drôle. Les dialogues entre ces deux personnages sont savoureux, grinçants, bref délicieux. Troisville est plus présent qu'auparavant, il joue un rôle primordial dans l'affaire. Cécile de Brescieux et le conservateur de la bibliothèque royale ne font qu'une apparition lointaine, dommage, surtout pour ce dernier que j'aime beaucoup. Azincourt a conservé son accent anglais et son orgueil félin. On en apprend un peu plus à son sujet et ça, c'est génial. On découvre Kourianov, vieil elfe aussi lucide que dérangé. On en apprend aussi un peu plus sur le Premier du cercle Cyan et ses sous-sols. Pevel réussit à faire comme s'il était parfaitement naturel de rajouter ces éléments inconnus jusqu'alors. Les aventures s'enchaînent, fluides, mouvementées, drôles et parfois tristes. Ce troisième opus se révèle légèrement plus sombre que les précédents, notamment avec l'évocation des attentats anarchistes du début du XXème siècle. Il y est aussi question de politique et de complots, assez embrouillés au départ jusqu'au dénouement final où toutes les pièces s'imbriquent les unes dans les autres et où on comprend tout. Les chapitres sont courts et addictifs. Aussi addictifs que tous romans de Pevel. Vivement le prochain !

9/10 


vendredi 2 octobre 2015

Boomerang

En revenant avec sa sœur Agathe sur l’île de Noirmoutier, berceau de leur enfance, Antoine ne soupçonnait pas combien le passé, tel un boomerang, se rappellerait à son souvenir. Secrets, non-dits, mensonges : et si toute l’histoire de cette famille était en fait à réécrire ?
Je n’aime pas tellement les drames familiaux en général mais cette fois il s’agit d’une bonne surprise. C’est certes un drame familial parfois oppressant mais aussi ponctué d’humour. S’il est classique dans sa trame comme dans sa réalisation, j’ai noté une bonne bande originale et une excellente interprétation. Laurent Lafitte propose une composition nuancée, tantôt insupportable, agaçant, tantôt courageux, admirable dans sa volonté de trouver la vérité malgré les obstacles, actifs ou passifs. Mélanie Laurent est souvent butée mais les choix de son personnage sont compréhensibles : elle cherche à éviter les conflits familiaux. Audrey Dana apporte la touche de fraîcheur et de franchise. Wladimir Yordanoff impressionne par sa force d’inertie. On peut regretter un petit coup de mou vers le milieu où on se demande si l’intrigue va enfin progresser. Ou pas. Toutefois, on ne s’ennuie jamais tant la tension est maintenue. Les non-dits familiaux, les accrochages fraternels, la reconstruction après un drame sont traités sans pathos avec intelligence et une pointe d’émotion. Le film n’est pas parfait mais je n’en attendais rien, du coup, je suis peut-être plus gentille qu’il ne le mérite.
8/10