samedi 30 décembre 2017

Elantris de Brandon Sanderson

J'ai flashé sur la couverture dans une librairie, le synopsis m'a plu, je me suis laissée embarquée. 

Il y a dix ans, la sublime cité d'Elantris, capitale de l'Arélon, a été frappée de malédiction. Ses portes sont désormais closes et nul ne sait ce qui se passe derrière ses murailles. Kae est devenue la première ville de l'Arélon. Quand la princesse Sarène y arrive pour épouser Raoden, l'héritier de la couronne, on lui apprend qu'il vient de mourir. Veuve d'un homme qu'elle n'a jamais vu, Sarène choisit pourtant de rester à la cour, et tente de percer le mystère d'Elantris...


Brandon Sanderson (1975 - ) est un auteur américain de fantasy. Il est diplômé d'un master d’écriture créative à l'université Brigham Young, où il a enseigné en classe comme assistant de David Farland. Il est connu pour avoir été choisi pour terminer la série La Roue du temps que la mort de Robert Jordan avait laissée inachevée. Son œuvre la plus connue est le cycle Fils-des-Brumes. L'auteur se distingue dans ses œuvres par ses inventions de système magique très originaux et très différents d'une série à une autre comme l'AonDor dans Elantris, L'Allomancie la Ferrochimie et l'Hémalurgie dans Fils-des-brumes ainsi que la magie du Souffle BioChromatique dans Warbreaker. L'essentiel de ses romans se déroule dans un même univers, Cosmere, sans qu'il soit besoin de lire une série pour comprendre l'autre, mais quelques personnages et des indices se font écho d'une série à l'autre. Plus d'une trentaine de livres sont planifiés au total, dont une série qui lierait les arcs narratifs des différents livres entre eux. 

Dès les premières pages, j'ai été happée par ce récit centré sur trois personnages. Raoden représente le prince idéal : bienveillant, brillant, courageux mais pas exempt de faiblesses. Sarène campe une princesse brillante et avisée mais trop brusque et ayant tendance à agir de façon naïve et précipitée. Enfin Hrathen est un haut responsable religieux qui s'emploie à convertir une population entière tout en faisant face à un douloureux questionnement intérieur, il se révèle de plus en plus fascinant au cours du récit. J'ai aussi apprécié Roial, le fin esprit et Galladon le pessimiste qui amène de l'humour. Les personnages, intéressants et attachants, évoluent au fur et à mesure d'une intrigue riche qui mêle habilement politique et religion, avec de vrais raisonnements.
Le style de l'auteur est plaisant et le déroulement du récit haletant. Lorsque j'ai dû interrompre ma lecture à cause du poids du volume -vraiment trop lourd pour le promener dans le train-, j'y ai pensé tout le week-end. Et quand je me suis trouvée à quelques chapitres de la fin, j'ai ralenti la lecture pour rester dans cet univers foisonnant le plus longtemps possible. Sanderson développe en effet un univers complet, doté de plusieurs religions et systèmes politiques. 
Sans doute le livre comporte-t-il quelques maladresses, notamment concernant les personnages (Sarène, décrite comme une diplomate d'expérience, commet beaucoup d'erreurs), et les noms, souvent très proches, qui peuvent compliquer un peu la compréhension de l'univers. De plus, certains rebondissements sont prévisibles mais l'auteur nous ménage beaucoup de surprises et fait preuve de beaucoup d'inventivité. Cela dit, c'est son premier ouvrage et il paraît que les suivants sont encore meilleurs. J'ai hâte ! 

9/10 

PS : Les bonus à la fin du roman sont intéressants (les scènes coupées) ou intrigants (la mini nouvelle), ils permettent en tout cas de rester plongés un peu plus longtemps dans l'univers de Sanderson. Et ça c'est du bonus !

Momo

Un soir, les Prioux découvrent avec stupéfaction qu’un certain Patrick s’est installé chez eux. Cet étrange garçon est revenu chez ses parents pour leur présenter sa femme. Les Prioux, qui n’ont jamais eu d’enfant, tombent des nues…

Cette comédie bourgeoise décalée se voulait touchante. Si elle s'avère souvent drôle grâce à des dialogues bien troussés, elle manque trop de profondeur pour émouvoir. Tous les changements sont trop brusques et trop peu crédibles, notamment à cause d'incohérences, pour réussir à convaincre. Le casting est satisfaisant, notamment Catherine Frot qui campe avec talent une femme en mal de maternité. C'est sans doute le sujet principal du film mais il est traité si légèrement, si superficiellement, qu'il n'en ressort rien sinon qu'il est des familles que l'on choisit, ce que je savais déjà. Quant au personnage de Patrick, il est vraiment bizarre, au point que ce soit gênant, presque autant que l'absence de scénario et la fin bâclée. En revanche, j'ai beaucoup aimé le chien.

3,5/10

Le chat et les pigeons d'Agatha Christie

J'avais besoin d'un livre court -et léger- pour un voyage en train. Quoi de mieux qu'un petit Agatha Christie ? 
 Le plus anglais des milieux anglais : Meadowbank, collège très snob qui accueille les jeunes filles du gratin londonien, de la gentry du Commonwealth et de la crème des Émirats. Dans cet univers si distingué, clochent quelques menus détails. À commencer par l'arrivée d'un jardinier beaucoup trop jeune. Et puis la professeur d'éducation physique est assassinée...

Pour en savoir plus sur cette chère Agatha Christie, vous pouvez vous contenter du petit paragraphe qui suit. Pour la version longue, vous pouvez vous reporter à ma critique de Mort sur le Nil. 
Agatha Christie, née Agatha Mary Clarissa Miller (1890 - 1976), surnommée la « Reine du crime » est considérée comme l'auteur le plus lu chez les Anglo-Saxons après Shakespeare. Elle a écrit plusieurs romans sous le pseudonyme de Mary Westmacott. C'est aussi l'auteur le plus traduit dans le monde. Elle a publié 66 romans, 154 nouvelles et 20 pièces de théâtre. Ses romans et nouvelles ont été maintes fois adaptés au cinéma ou à la télévision. 

Comme le suggère le synopsis du roman, celui-ci est particulièrement centré sur la vie de Meadowbank, sa directrice et son modèle d'éducation. Plus qu'une intrigue mêlant espionnage et crime, l'auteur semble avoir voulu donner son avis sur l'éducation des jeunes filles : beaucoup de sport et d'activités en plein air, de la discipline mais aussi de la liberté et de la modernité assise sur des traditions solides. Les crimes et les pierres précieuses ne sont qu'un prétexte. D'ailleurs, l'enquête est succinctement décrite jusqu'à l'arrivée très tardive d'Hercule Poirot qui résout tout en trois ou quatre chapitres. 
Si le style est égal à lui-même, Christie se fait plaisir en alignant les clichés un brin racistes sur les Français et les Orientaux (pour mieux les dénoncer ?). Quant à la solution de l'intrigue, pourquoi pas, mais rien de transcendant, d'autant qu'elle ressort plus d'un deus ex machina (oui, oui, je compare Poirot à un dieu) que de l'exploitation d'indices et de témoigages. 
Si la lecture est plaisante, elle n'a rien d'exceptionnelle. Poirot manque, même si le personnage de miss Bulstrode s'avère intéressant et sympathique. Dans cet opus, Christie accord en effet une grande importance aux personnages féminins : la directrice, les professeurs, les élèves, leurs mères. C'est sans doute son œuvre la plus féministe et la plus moderne -dans le respect des traditions.

6/10

vendredi 29 décembre 2017

Jumanji : Bienvenue dans la jungle

Après avoir découvert une vieille console contenant un jeu vidéo dont ils n’avaient jamais entendu parler, quatre lycéens se retrouvent propulsés au cœur de la jungle de Jumanji, dans le corps de leurs avatars. Ils vont rapidement découvrir que l’on ne joue pas à Jumanji, c’est le jeu qui joue avec vous…
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
J'aime beaucoup le film de 1995 avec Robin Williams, il a mal vieilli et les effets spéciaux donnent, au choix, envie de rire ou de hurler, mais il a un délicieux goût d'enfance. Idem pour le dessin animé. Cette suite cible les adolescents avec l'univers correspondant. Le jeu s'adapte au monde moderne (enfin presque) et devient un jeu vidéo avec des PNJ et une inspiration louchant vers la guérilla sud-américaine. L'idée du jeu vidéo s'avère bien exploitée. Dommage en revanche que Van Pelt soit insignifiant et sans intérêt alors que le fanatique de la chasse qu'il était hilarant. Rayon humour justement, les ados dans la salle riaient aux éclats, j'ai beaucoup souri. Ça ne vole pas bien haut mais on évite la vulgarité et on s'amuse des aventures rocambolesques des héros. Il faut dire qu'il est amusant de voir Jack Black jouer les midinettes tandis que Dwayne Johnson hésite entre avoir l'air terrifié et jouer de son "regard de braise" (si si). Karen Gillan s'amuse à jouer les intellos revêche qui ne sait pas gérer son corps. C'est ludique mais pas époustouflant d'autant que les effets spéciaux sont inégaux et que le jeu n'est pas pleinement exploité, notamment dans sa folie, ses énigmes et son fascinant bestiaire. Si on ne compare pas à l'original, on peut se détendre et se divertir.


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
6/10
 

mercredi 27 décembre 2017

Tout l'argent du monde

Rome, 1973. Paul, le petit-fils de J. Paul Getty, un richissime magnat du pétrole connu pour son avarice, est kidnappé.  Pour le milliardaire, l'enlèvement de son petit-fils préféré n'est pas une raison suffisante pour qu’il se sépare d’une partie de sa fortune. Gail, la mère de Paul, femme forte et dévouée, va tout faire pour obtenir la libération de son fils.

J'avoue ne pas savoir quoi penser de ce film. Je ne parviens pas à déterminer si j'ai aimé ou non. Ridley Scott est un excellent réalisateur qui connaît parfois quelques revers (très récemment Cartel par exemple, que j'ai détesté). Michelle Williams excelle en femme digne, de même que Christopher Plummer pourtant monté à bord au pied levé. Ce n'est pas plus mal car son âge correspond mieux au rôle que celui de Spacey et Plummer a un talent incroyable. Même Mark Wahlberg est plutôt bon. Romain Duris, en revanche, est assez mal dirigé. Je comprends que jouer dans une langue étrangère -deux en fait- soit difficile mais pourquoi le laisser grimacer autant ? Le scénario romance la réalité pour donner un peu d'âme à cette famille glaciale mais ne parvient pas à doter les personnages de profondeur, à l'exception peut-être de Getty senior, véritable monstre de froideur et d'avarice. Si je n'avais pas jeté un œil aux faits ayant inspiré le film, je ne suis pas certaine que j'aurais trouvé ce dernier réaliste. Et pourtant ! Réflexion sur le pouvoir et l'attrait malsain de l'argent, ce drame porté par une belle B.O ne me convainc pas. Au final, je suis frustrée, j'aurais voulu plus de faces à faces entre la mère et le grand-père et moins de kidnappeurs d'un banal à pleurer. Je me demande si Scott n'est pas passé à côté d'un grand film, s'il l'avait centré sur l'ignoble vieillard.

5/10
 

mercredi 20 décembre 2017

Garde alternée

Sandrine, mariée depuis quinze ans, deux enfants, découvre que son mari Jean a une liaison. Passé le choc, elle décide de rencontrer sa rivale, Virginie, et lui propose un étrange marché : prendre Jean en garde alternée. Les deux femmes se mettent d'accord et imposent à leur homme ce nouveau mode de vie.  
C'est à la fois plus original que ce que j'avais escompté, mais aussi carrément plus branché cul. Why not ? C'est quand même un rien trop vulgaire. J'ai du mal à comprendre ce que deux femmes plutôt bien de leurs personnes peuvent trouver à Didier Bourdon mais encore une fois, pourquoi pas. Valérie Bonneton et Isabelle Carré s'en donnent à cœur joie pour torturer ce pauvre homme qui ne sait plus où donner de la tête. Les seconds rôles ne sont pas piqués des vers non plus. Les scènes, rocambolesques, parfois réjouissantes, ne sont pas hilarantes, mais vraiment drôles. La fin n'apporte rien, dommage parce que le propos sur le désir dans le couple et son érosion face aux années et au quotidien sont traités de façon imaginative. Parfois, il faut se méfier de ses souhaits, ils pourraient se réaliser.

6,5/10

samedi 16 décembre 2017

Le crime de l'Orient Express

Le luxe et le calme d’un voyage en Orient Express est soudainement bouleversé par un meurtre. Les 13 passagers sont tous suspects et le fameux détective Hercule Poirot se lance dans une course contre la montre pour identifier l’assassin, avant qu’il ne frappe à nouveau.
Autant le dire immédiatement, je suis fan du travail de David Suchet qui constitue à mes yeux la meilleure incarnation d'Hercule Poirot : pointilleux, méticuleux, brillant, profondément bon malgré son ego démesuré, croyant et, dans cet opus, plein de doutes. Kenneth Branagh propose un Poirot plus athlétique qui se bat et tient une arme (pourquoi ? et en même temps, c'est cohérent avec la volonté manifeste de Branagh de donner sa vision du roman) mais respecte plutôt bien le personnage et j'aime sa moustache. Leurs ego ont dû se rencontrer. Le reste du casting s'avère excellent mais sous-exploité du fait de l'omniprésence de Branagh qui m'agace autant qu'elle m'amuse puisqu'elle correpsond à un trait de caractère de l'orgueilleux détective qui adore se mettre en scène. Daisy Ridley, Judi Dench et Michelle Pfeiffer tirent leur épingle du jeu, et Sergei Polumin -que je ne connais pas- impose sa présence physique. Du reste, si je peux comprendre que le colonel Arbuthnot soit devenu médecin pour supprimer un personnage qui n'a d'intérêt que pendant dix minutes et se serait par la suite révélé encombrant, je comprends pas pourquoi il est devenu noir. De même que d'autres modifications, heureusement, dans l'ensemble légères, cela n'apporte rien à l'intrigue sinon une pseudo modernité que l'on n'attend pas d'une adaptation d'Agatha Christie. Je trouve que Badgad prend trop de place par rapport à la résolution du crime, d'autant qu'il semble que certaines scènes d'interrogatoire aient été coupées au montage, d'où au moins une gros incohérence dans la résolution. Dommage parce que le film a beaucoup de qualités. A commencer par une esthétique soignée, une photographie léchée et une reconstitution des années 30 réussie. 
 
7,5/10
 

vendredi 15 décembre 2017

Star wars : the last jedi

 
Les héros du Réveil de la force rejoignent les figures légendaires de la galaxie dans une aventure épique qui révèle des secrets ancestraux sur la Force et entraîne de surprenantes révélations sur le passé…

Ce deuxième opus, quoique que comportant, comme le précédent, trop de longueurs, est meilleur. Comme Rogue One, il souffre d'être parfois un peu creux dans son cycle narratif très concentré, ce qui est relativisé par la capacité des scénaristes à supprimer des personnages à tout moment. Il alterne scènes de bataille spatiale épique et scènes intimistes avec brio pour mieux faire monter la tension jusqu'au climax final, et ce, sans oublier l'humour (ça ne me dérange pas mais il faudrait informer Disney que ce n'est pas obligatoire et que le premier degré, ça marche aussi). Du casting toujours excellent, Adam Driver et Laura Dern tirent leur épingle du jeu, tandis que Daisy Ridley paraît légèrement sous-utilisée et que Mark Hamill semble être sur le point de pleurer à chaque gros plan. Carrie Fischer, je ne sais pas comment, est parfaite en général de la Rébellion. Mais une scène la concernant s'avère très étrange. Les effets spéciaux, au top, rendent l'espace à la fois immense et tout petit, même sans 3D. Le duel entre Kylo Ren et Rey, colonne vertébrale du film, tient le spectateur en haleine alors que l'évolution de Poe se fait enfin sentir. Rian Johnson propose un space opera foisonnant, un peu foutraque, généreux. 
8,5/10


 

mardi 12 décembre 2017

Christmas Pudding de Nancy Mitford

Le titre et la quatrième de couv' m'avaient alléchée. Les critiques lues dans un magazine aussi.
Un Noël à la campagne dans le Gloucestershire. La perspective est séduisante pour un groupe de jeunes mondains, un peu las de la routine londonienne, qui décident de séjourner à proximité du domaine de Lady Bobbin et de ses enfants.
Nancy Freeman-Mitford (1904 - 1973), plus connue sous le nom de Nancy Mitford, est une romancière et biographe britannique aussi célèbre pour ses œuvres que pour son rôle prépondérant dans la vie mondaine, en France comme en Grande-Bretagne, au cours de l'entre-deux-guerres.
Elle fréquente dans sa jeunesse les Bright Young People, un groupe de jeunes aristocrates hédonistes qui défrayaient la chronique, et qui formera le sujet de l'un de ses livres. Grande mondaine de l'entre-deux-guerre, elle rencontre, connaît et reçoit dans son salon les beaux esprits de son temps. Elle atteint la notoriété au début de l'après-guerre avec ses romans À la poursuite de l'amour et L'Amour dans un climat froid. Elle s'installe plus tard à Paris, puis en 1969 à Versailles afin de se rapprocher de Gaston Palewski, son amant depuis 1945. Celui-ci la quitte pour épouser en mars 1969, à 68 ans, Helen-Violette de Talleyrand-Périgord, sa maîtresse attitrée, récemment divorcée. Opérée peu de temps après d'une tumeur cancéreuse au foie, Nancy meurt quatre ans après. On lui attribue la classification U and non-U, quintessence du snobisme britannique, qui répertorie les usages U (c'est-à-dire upper class) et non-U (propres à la petite bourgeoisie, et donc à proscrire) : elle n'a fait qu'en populariser la notion. 

Pour être complètement honnête, j'ai atteint la page 70 avant de lâchement abandonner. Avec un certain soulagement. J'ai même failli le faire avant. Deux fois. De ma part, c'est rare : j'aime finir les livres, même quand l'œuvre ne me passionne pas comme elle le devrait. Cependant, la seule idée d'ouvrir encore le livre me gonflait. Vraiment. J'ai tout détesté dans le début de ce court roman, y compris la présentation en une ou deux phrases des personnages qui m'a perdue dès le départ. J'ai essayé de tout retenir, les noms et les caractéristiques. Peine perdue ! Ensuite, les personnages justement : une longue agonie que de subir ces snobs stupides, ridicules et dépourvus de qualité. Même celle qui est présentée comme intelligente s'avère parfaitement horripilante et à peine plus maligne que les autres. Quant au prétendu écrivain tragique, il est pathétique et absurde mais jamais attachant. J'ai beau savoir qu'il s'agit d'une parodie, d'une description ironique et sarcastique de la société anglaise désœuvrée de l'entre-deux guerres, je ne me suis pas amusée, à une ou deux brèves exceptions près. De surcroît, pour un livre aussi court, l'intrigue ne démarre pas. Le roman est sensé être un bijou de drôlerie, ce fut pour moi un monument d'ennui. 

2/10

dimanche 10 décembre 2017

Coco Chanel et Igor Stravinsky

Début 2010 est sorti un autre film sur coco Chanel, cette fois centré sur sa ralation avec Igor Stravinsky.  
Paris, 1913, Coco Chanel, toute dévouée à son travail, vit une grande histoire d'amour avec Boy Capel. Au Théâtre des Champs-Élysées, Igor Stravinsky présente le Sacre du Printemps. Coco est subjuguée. Mais l’œuvre, anticonformiste, est huée par la salle. Sept ans plus tard, Coco, couronnée de succès, est dévastée par la mort de Boy. Elle propose à Igor, fuyant la Révolution russe, de l'héberger dans sa villa à Garches, pour qu'il puisse travailler. Il s'y installe avec ses enfants et sa femme. Commence alors une liaison passionnée entre les deux créateurs.
On peut regretter quelques longueurs inutiles et les scènes filmées caméra à l'épaule qui sont désagréables sans rien apporter au film, de même que les scènes où les deux personnages sont vieux, la scène post générique de fin étant, à ce titre, incompréhensible. On comprend mal les raisons d'agir des personnages, dont la passion ne se ressent qu'en pointillé, et notamment de Chanel car elle a vraiment très peu de dialogues, ce qui certes correspond à sa relation avec Stravinsky mais il fallait tout de même qu'elle ait des amis, or, on ne les voit quasiment pas. Parfois, l’esthétique superbe du film se fait au détriment du reste, notamment de la qualité des dialogues. On ne parle pas assez de la création ; cela dit, la musique est magnifique et très moderne car c'est d'abord la modernité que ces deux artistes partagent. Leur rivalité apparaît au-delà de la liaison : "Je suis aussi puissante que vous et j'ai plus de succès. Réponse de Stravinsky : vous n'êtes pas une artiste, vous n'êtes qu'une vendeuse de tissus.". Elle permet un peu d'humour, rare dans le film. Elle pose aussi l'intéressante question de savoir si la mode est un art. Mouglalis campe une Chanel froide, dure, égoïste, hautaine, orgueilleuse, lâchons le mot : carrément garce, et pourtant attachante et certainement plus proche de la réalité que ne l'était l'excellente Audrey Tautou, presque trop douce. Quant à ceux qui ont reproché à l'actrice de faire trop top model, il ne faut pas oublier que Chanel était très mince, presque maigre et qu'elle avait ce genre de traits même si la ressemblance n'est pas parfaite. J'ai beaucoup aimé sa voix, grave et chaude. Mikkelson propose un Stravinsky sobre, déchiré entre deux femmes qu'il aime, curieusement introverti par rapport à sa musique, son sourire -rare- en est d'autant plus lumineux. J'ai aussi noté qu'il joue lui-même au piano au moins une partie des solos, appréciable d'autant que l'acteur a de belles mains. Elena Morozova est excellente dans le rôle de son épouse, fragile, malade même, mais d'une dignité touchante. Les costumes sont superbes de même que les décors pour une reconstitution de qualité. Enfin, la fin est inachevée : on ignore comment leur liaison se termine vraiment alors que c'est le sujet du film.

7/10

Coco avant Chanel


Un peu d'élégance en ce dimanche soir. Nous remontons à 2009 pour un joli film.
De la petite fille placée dans un orphelinat avec sa sœur qui attend en vain que son père vienne les chercher à la rebelle dotée d'un sens inné de l'élégance en passant par la chanteuse de beuglant, la petite couturière et l'apprentie-courtisane trop maigre : c'est l'histoire de Coco Chanel, qui incarna la femme moderne avant de l'inventer. 
Mlle Coco Chanel, LA référence de la mode élégante et classe, un monument du style. Il est naturel qu'il faille plusieurs films pour appréhender son histoire. Celui-là se concentre sur ses débuts, avant la célébrité, avant le succès.
Anne Fontaine propose une réalisation sobre et classique dans laquelle la musique complète bien la scène qu'elle accompagne et les décors sont beaux. Les costumes sont parfaits, notamment ceux de Tautou (merci Lagerfeld). Audrey Tautou s'avère magnifique en Chanel : une femme forte et fragile, fière jusqu'à l'orgueil, indépendante, moderne, et pourtant émouvante dans sa simplicité, magnétique. Les seconds rôles sont excellents : Poelvoorde en Balsan est très touchant (bien meilleur que je ne l'aurais cru ; son aveu de jalousie constitue une scène bouleversante), Nivola incarne un Capel séduisant, Emmanuelle Devos, une pétillante demi-mondaine comédienne ratée. Ce qui m'a gênée, c'est la brièveté de la période racontée qui conduit à une certaine frustration, on veut en savoir plus. Quelques mois plus tôt un téléfilm diffusé sur la 2, en deux parties, il est vrai, permettait d'en dévoiler plus. De plus, le film aurait pu mieux développer l'aspect création artistique de Chanel.

8,5/10

mercredi 6 décembre 2017

Bienvenue à Suburbicon

Suburbicon est une paisible petite ville résidentielle, l’endroit parfait pour une vie de famille. Durant l’été 1959, sous cette apparente tranquillité, entre les murs de ces pavillons, se cache une réalité tout autre faite de mensonge, de trahison, de duperie et de violence... Bienvenue à Suburbicon.

Après un départ inquiétant (dans le bon sens du terme), le film sombre dans l'ennui, notamment parce que l'intrigue se dévoile très vite sans beaucoup de suspense, avant de repartir vers un final glaçant et drôle à la fois. L'un des dernières scènes s'avère particulièrement marquante et flippante alors que d'autres m'ont laissé un goût de déjà-vu. L'influence des classiques des 50's est flagrante. Le propos est clair : sous le vernis policé de la banlieue proprette se cachent des monstres et sous de multiples formes. Je ne comprends pas pourquoi Clooney a développé la sous-intrigue des voisins Afro-américains, qui, pour intéressante qu'elle soit, n'a pas de lien avec l'intrigue principale sinon de se passer au même endroit. Matt Damon et Julianne Moore tiennent leur rôle avec brio mais c'est surtout le petit Noah Jupe qui explose.  Les personnages sont presque tous d'une grande noirceur et d'une cruauté sans nom. 

6/10

Santa & Cie

Le réveillon approche et les 92 000 lutins chargés de fabriquer les cadeaux des enfants tombent tous malades en même temps ! C'est un coup dur pour Santa (Claus), plus connu sous le nom de Père Noël... il n'a pas le choix : il doit se rendre d'urgence sur Terre avec ses rennes pour chercher un remède. À son arrivée, il devra trouver des alliés pour l'aider à sauver la magie de Noël.
Un film d'Alain Chabat, c'est la promesse de se marrer. Ici, promesse tenue même plutôt que d'enchaîner les vannes toutes les deux minutes, le réalisateur se montre plus tendre, évoquant ainsi les films de Noël américains. Le casting est bon, avec un mention spéciale à Audrey Tautou en mère Noël aussi aimante que mutine, un rien grincheuse, et à Alain Chabat en père Noël de mauvaise foi, un rien fainéant et pourtant terriblement attachant. Les effets spéciaux, de qualité, offrent quelques belles scènes, notamment celle de la fabrication des cadeaux, géniale et follement inventive. Les rebondissements, cocasses, se succèdent dans cette comédie enlevée pleine de charme qui met en scène une magie du merveilleux avec une certaine élégance. Ce n'est pas hilarant, le scénario laisse à désirer, toutefois on en ressort avec un vrai sourire. 

7,5/10

samedi 2 décembre 2017

Le bonhomme de neige

Harry Hole, policier alcoolique, enquête sur la disparition d’une femme lors des premières neiges. Avec l’aide d’une brillante recrue, il tente d’établir un lien entre plusieurs cas non élucidés et ce dernier crime afin de mettre un terme à une série de crimes sordides. 
La scène d'introduction est glaçante. La tension se maintient un moment puis retombe en même temps que le rythme, qui connaît un sérieux ralentissement vers le milieu. Vers le deuxième tiers, j'ai aussi deviné qui est l'assassin. Si l'intrigue commence bien, les indices semés sont donc un peu trop évidents et le récit trop elliptique, souffrant des errements d'une production apparemment catastrophique. Heureusement, le casting s'avère à la hauteur, particulièrement Michael Fassbender, toujours aussi charismatique, Rebecca Ferguson et Charlotte Gainsbourg. Ce qui rend le film intéressant, c'est son atmosphère glaciale et sa galerie de personnages qui auraient mérités de plus amples développements, de même que certaines pistes, amenées puis écartées sans raison.

6/10

mercredi 29 novembre 2017

C'est tout pour moi

Depuis toute petite, Lila veut devenir danseuse, n’en déplaise à son père. Elle débarque à Paris pour réaliser son rêve, mais de galères en désillusions, elle découvre la réalité d’un monde qui n’est pas prêt à lui ouvrir ses portes.
Premier film charmant mais brouillon et partant dans tous les sens, C'est tout pour moi est une comédie dramatique sur l'amour filial et la rage de vaincre. Nawell Madani, dont la joyeuse ambition est communicative, raconte aussi le nécessaire travail derrière un sketch et l'ambiance parfois détestable qui règne dans le milieu du stand-up. Elle s'est intelligemment adjoint François Berléand et Mimoun Benabderrahmane, tous deux excellents. Souvent drôles, les dialogues sont percutants et plutôt bien écrits mais pas hilarants non plus. Dommage que je n'ai pas compris tous les mots parfois avalés par les comédiens. Le scénario, sans surprise, souffre d'une prévisibilité agaçante. En bref, il y a du potentiel mais il va falloir bosser.

5/10

samedi 25 novembre 2017

Battle of the sexes

1972. La championne de tennis Billie Jean King remporte trois titres du Grand Chelem. Refusant d'être payée moins que ses homologues masculins, elle engage un bras de fer avec l'establishment du tennis. C'est alors que l'ancien numéro un mondial Bobby Riggs, misogyne et provocateur, met Billie Jean au défi de l'affronter en match simple.

Riggs est-il misogyne ou a-t-il tellement envie et besoin de revenir sur le devant de la scène du tennis qu'il est prêt à toutes les provocations pour y parvenir ? Je n'ai pas encore réussi à répondre à la question. Après tout il était ami avec Billie Jean King, non ? Émaillé de quelques répliques franchement drôles, le film souffre d'un gros manque de rythme en son milieu ainsi que d'un manque d'audace. Le résultat est trop timoré pour convaincre totalement, malgré de vraies qualités, notamment du point de vue du casting. Emma Stone, enlaidie, campe avec justesse une femme aussi passionnée qu'incertaine. Steve Carell joue bien les connards prétentieux, c'est un compliment. Ils sont notamment accompagnés par les excellents Andrea Riseborough, Alan Cumming et Austin Stowell. Ce dernier a hérité du joli rôle du mari de la joueuse, dont le comportement est particulièrement élégant. J'ai aimé le match final mais je trouve que l'on ne voit pas assez de tennis dans cette reconstitution clinquante mais globalement réussie des années 70. Le film évoque aussi la difficulté de la différence, des relations aux media et d'amour. Je regrette qu'il n'ait pas plus insisté sur son sujet principal : la lutte des joueuses de tennis pour obtenir les mêmes droits que les hommes, sacrifiant trop de temps sur les hésitations sexuelles de l'héroïne. Et aujourd'hui ?

6,5/10

La fleur de verre de George R. R. Martin

Attirée par la jolie couverture et le nom de l'auteur, j'ai récemment acheté ce recueil de nouvelles. Un mystérieux artefact qui permet de changer de corps... au prix d’un sacrifice terrible. Une étrange auberge où l’on croise de curieux voyageurs... mais où personne n’est ce qu’il prétend être. Des enlèvements inexpliqués... Une ancienne petite amie un peu trop envahissante... Une lutte entre le Bien et le Mal digne des meilleurs pulps des années 1950... Les nouvelles de George R. R. Martin sont autant de redoutables récits à l’écriture implacable, où se côtoient horreur, fantastique et science-fiction. 

George R. R. Martin (1948 - ) a écrit des fan fictions dès l'adolescence et remporte en 1965 un Alley Award. Diplômé en journalisme et objecteur de conscience, il accomplit, au lieu de partir au Viêt Nam, deux ans de volontariat dans le cadre du programme de la guerre contre la pauvreté. Ensuite, il devient superviseur de tournois d'échecs, puis professeur de journalisme. Dans le même temps, il écrit des nouvelles de science-fiction qui lui valent une certaine reconnaissance. Il remporte en 1975 le prix Hugo du meilleur roman court pour Chanson pour Lya. En 1975, il se marie avec Gale Burnick mais le couple divorce en 1979. La même année, Martin devient écrivain à plein temps. En 1980, il remporte le prix Hugo, le prix Locus et le prix Nebula pour sa nouvelle Les Rois des sables. Il aborde aussi le genre de l'horreur avec ses romans Riverdream (1982) et Armageddon Rag (1983). Au milieu des années 80, il travaille pour la télévision comme scénariste pour La Cinquième Dimension et La Belle et la Bête, participant aussi à la production de cette dernière série. Une de ses nouvelles, Le Volcryn, est adaptée au cinéma avec le film Nightflyers en 1987. Parallèlement à ces travaux, il entame dès 1987 un travail d'éditeur avec une série nommée Wild Cards. Au début des années 90, il revient à l'écriture en entamant le cycle de fantasy Le Trône de Fer (A Song of Ice and Fire). Les trois premiers romans remportent le prix Locus du meilleur roman de fantasy et la saga connaît un succès commercial grandissant. En janvier 2007, la chaîne de télévision HBO acquiert les droits d'adaptation dans l'intention d'en faire une série télévisée. Martin participe à sa production et écrit le scénario d'un épisode par saison. Il vit désormais à Santa Fe, où il possède un cinéma, et s'est marié le 15 février 2011 avec Parris McBride, sa compagne depuis les années 1980. 

La première nouvelle est celle qui donne son titre au recueil. C'est une histoire sombre, racontée par une femme vieille et jeune à la fois qui dirige une planète étrange sur laquelle se joue un jeu très dangereux. Il y est question de ce qui fait un être humain et d'immortalité. Il y a matière à écrire un roman sur ce jeu brutal, pervers, peuplé d'âmes avides et de malheureux qui peuvent aussi gagner. Intriguant. 
La deuxième, Une nuit au chalet du lac, est un conte écolo étrange à l'ambiance glauque qui réunit des personnages assez antipathiques. Si le talent d'écriture y est, le monde triste et mourant présenté ici rend parfois la lecture difficile malgré des pointes d'humour noir redoutables. Là aussi il y a matière à un beau roman crépusculaire.
Cette bonne vieille Mélodie offre un ton plus léger, du moins au départ. Le personnage principal est confronté au retour d'une encombrante vieille amie de fac, véritable et insupportable emmerdeuse chouineuse. Cette nouvelle m'a fait penser à Stephen King avec son final twisté dont je n'avais vu venir que la première partie. De l'art de se souvenir des vieilles promesses de beuverie. 
Le régime du singe est une brève nouvelle cruelle et ironique qui se moque allègrement de tous les prétendus régimes miracles. 
 Les hommes aux aiguilles raconte l'histoire d'un journaliste qui découverte la vérité sur une vieille légende urbaine. Dotée d'un aspect social marqué, cette nouvelle explore aussi la déshumanisation des grandes villes et, en filigrane, les affres de l'ambition avide. 
Y a que les gosses qui ont peur du noir, c'est une brève nouvelle horrifique qui ne me laissera pas un souvenir impérissable, même si la fin est maligne.
On ferme est sans doute le texte que j'ai préféré dans ce recueil. Des hommes dans un bar et la courte genèse d'une fin du monde absurde et drôle. Brillant.
En résumé, ce recueil s'avère aussi éclectique que les goûts de Martin. De la dark fantasy, de la SF, de l'horreur, du fantastique... Chacun peut y trouver son compte du moment qu'il apprécie l'ironie -ce qui est mon cas- car c'est peut-être le vrai fil rouge qui relie toutes ces nouvelles, en plus, bien sûr, de la plume à la fois sèche et lyrique de l'auteur. 
Et en bonus, une interview de l'auteur à la fin ! 

7/10