jeudi 2 mars 2017

Split

Kevin a déjà révélé 23 personnalités à sa psychiatre dévouée, le docteur Fletcher, mais l’une d’elles reste enfouie au plus profond de lui. Poussé à kidnapper trois adolescentes, Kevin devient dans son âme et sa chair, le foyer d’une guerre que se livrent ses multiples personnalités. 
Le film est assez étrange du fait de son thème : la pathologie discutée des personnalités multiples. On s'éloigne toutefois de la psychiatrie pure pour glisser dans le fantastique. Une atmosphère lourde et chargée d'angoisse règne dans les sous-sols comme dans la magnifique cage d'escaliers de la psy. Ce quasi huis-clos, tendu, tient le rythme malgré ses 117 minutes parfois un peu glauques. James Mc Avoy est impressionnant et carrément flippant. Chacune de ses personnalités est bizarre au mieux, complètement psychopathe au pire. La VF ne rend pas hommage à son talent à mon avis (mais je n'avais pas le choix). Anya Taylor-Joy campe, avec talent et une belle expressivité, une ado dont on découvre peu à peu le passé qui permet de comprendre ses réactions. Betty Buckley joue la psy compréhensive et bien intentionnée mais loin de se douter du danger que représentent certaines des personnalités de Kevin. Kevin que l'on aperçoit à peine d'ailleurs tant il se fait bouffer par ses alter-ego bavards, très bavards. D'ailleurs, je ne vois pas l'intérêt de donner 23 personnalités à Kevin puisque seules une demi-douzaine apparaissent. A moins que, comme la fin le suggère, il y ait une suite. Je l'espère parce que le final ambigu est frustrant. Je ne vois pas non plus l'intérêt de l'enlèvement de trois filles quand une seule se révèle vraiment importante, les deux faire-valoir manquent cruellement d'épaisseur, comme le scénario, qui s'appuie beaucoup trop sur la prestation grande classe des comédiens.

7/10 
 

mercredi 1 mars 2017

Patients

Suite à une grave accident, Ben est tétraplégique incomplet. Il ne peut rien faire grand chose d'autre que glander et faire sa rééducation. Ses nouveaux amis sont tétras, paras, traumas crâniens.... Bref, toute la crème du handicap. 
Le film suit la rééducation de Ben, jalonnée de souffrances, de craintes, de peines mais aussi de petites victoires. Du coup on ne s'ennuie pas, d'autant qu'on est admiratif du courage et de l'humour de ces patients impatients de vivre. Car il y a beaucoup d'humour dans ce film qui ne sombre jamais dans le pathos. Je trouve dommage que les moments les plus drôles soient presque tous dans la bande annonce. Toutefois, on sourit très souvent, tant des situations que des dialogues. Ceux-ci, parfois, manquent de finesse. Ben est entouré d'handicapés dans des situations plus ou moins graves, plus ou moins temporaires. Ils s'apprécient, se disputent, s'ennuient ensemble. Pablo Pauly est extraordinaire de drôlerie et d'intensité. Il est secondé par un casting très sympathique, notamment Yannick Renier, le kiné. On s'attache à ces drôles de types parfois agaçants dont l'impuissance et la totale dépendance frappent. Rien n'est éludé, des petites hontes du quotidien à l'aide-soignante peu compétente en passant par la difficulté de se projeter dans un nouvel avenir différent de celui qu'on avait prévu. Tendre mais sans guimauve, le film émeut et se veut une ode à la vie, à la patience et à la fraternité. C'est esthétiquement que le bât blesse : tout est gris et les prises de vue en s'éloignant sont répétitives. Sincère et touchant malgré ses défauts.

7,5/10

lundi 27 février 2017

Training day

Jake Hoyt, nouvelle recrue décidée à devenir inspecteur, sollicite une mise à l'essai de 24 heures auprès du sergent chef Alonzo Harris, un vétéran de la lutte antidrogue aux méthodes pour le moins surprenantes.
J'ai revu récemment ce film dont je ne me souvenais pas. Maintenant je sais pourquoi. La première partie est insupportable de lenteur. Il ne s'y passe rien d'autres que les drôles de courses de ce ripoux antipathique, interprété par un Denzel Washington que l'on a connu largement meilleur. Ce rôle ne lui convient pas du tout. Et pourtant il a obtenu un Oscar pour ce rôle. Incompréhensible, d'autant qu'il surjoue à mort ! Ethan Hawke s'en sort mieux et même bien. Les personnages sont caricaturaux, le déroulement de l'histoire peu crédible et l'intrigue embrouillée et surréaliste (les Russes ? Sérieusement ?). On a peine à croire qu'un flic de ce genre puisse faire carrière tant il se comporte comme un connard fini parfaitement horripilant. Quand enfin l'action arrive, on se fiche de ce qui peut arriver à ces types. Les dialogues sont affligeants, vulgaires, grossiers et misogynes. Le film n'est pas drôle malgré les prétendues touches d'humour. Quel est le sens du propos ? Aucune idée ! La fin vire au grand n'importe quoi, le générique est un soulagement tant ce polar est racoleur et moche.

2/10

Palmarès des Oscars 2017

La 89ème cérémonie des Oscars du cinéma était présentée pour la première fois par le comédien Jimmy Kimmel.
En prélude à cette soirée, l’Académie a distingué par un Oscar d'honneur Jackie Chan, Anne V. Coates (monteuse), Lynn Stalmaster (directrice de casting) et Frederick Wiseman (réalisateur) lors de la 8e cérémonie des Governors Awards, qui s'est déroulée le 12 novembre 2016. Le prix Jean Hersholt Humanitarian Awards n'a pas été remis cette année.

La soirée a été marquée par une erreur lors de la remise du prix pour le meilleur film. Dans un premier temps la récompense a été attribuée au film La La Land avant que le prix soit remis aux producteurs du film Moonlight, à la suite d'une inversion d'enveloppes.


Meilleur film et donc meilleur producteur

Moonlight, produit par Dede Gardner, Jeremy Kleiner et Adele Romanski
Comancheria (Hell or High Water), produit par Carla Hacken et Julie Yorn
Fences, produit par Todd Black, Scott Rudin et Denzel Washington
Les Figures de l'ombre (Hidden Figures), produit par Peter Chernin, Donna Gigliotti, Theodore Melfi, Jenno Topping et Pharrell Williams
La La Land, produit par Fred Berger, Jordan Horowitz et Marc Platt
Lion, produit par Iain Canning, Angie Fielder et Emile Sherman
Manchester by the Sea, produit par Lauren Beck, Matt Damon, Kimberly Steward, Chris Moore et Kevin J. Walsh
Premier Contact (Arrival), produit par Shawn Levy, Dan Levine, Aaron Ryder et David Linde
Tu ne tueras point (Hacksaw Ridge), produit par Bill Mechanic et David Permut
Meilleur réalisateur

Damien Chazelle pour La La Land
Denis Villeneuve pour Premier Contact (Arrival)
Mel Gibson pour Tu ne tueras point (Hacksaw Ridge)
Kenneth Lonergan pour Manchester by the Sea
Barry Jenkins pour Moonlight
Meilleur acteur

Casey Affleck dans Manchester by the Sea
Andrew Garfield dans Tu ne tueras point (Hacksaw Ridge)
Ryan Gosling dans La La Land
Viggo Mortensen dans Captain Fantastic
Denzel Washington dans Fences
Meilleure actrice

Emma Stone dans La La Land
Isabelle Huppertdans Elle
Ruth Negga dans Loving
Natalie Portman dans Jackie
Meryl Streep dans Florence Foster Jenkins
Meilleur acteur dans un second rôle

Mahershala Ali dans Moonlight
Jeff Bridges dans Comancheria (Hell or High Water)
Lucas Hedges dans Manchester by the Sea
Dev Patel dans Lion
Michael Shannon dans Nocturnal Animals

Meilleure actrice dans un second rôle

Viola Davis dans Fences
Naomie Harris dans Moonlight
Nicole Kidman dans Lion
Octavia Spencer dans Les Figures de l'ombre
Michelle Williams dans Manchester by the Sea

Meilleur scénario original

Manchester by the Sea – Kenneth Lonergan
Comancheria (Hell or High Water) – Taylor Sheridan
La La Land – Damien Chazelle
The Lobster – Yórgos Lánthimos et Efthimis Fillippou
20th Century Women – Mike Mills

Meilleur scénario adapté

Moonlight – Barry Jenkins et Tarell Alvin McCraney, d'après la pièce Au clair de lune, les noirs paraissent bleus de Tarell Alvin McCraney
Premier Contact (Arrival) – Eric Heisserer (en), d'après le livre L'Histoire de ta vie de Ted Chiang
Fences – August Wilson, d'après sa propre pièce du même nom (en)
Les Figures de l'ombre (Hidden Figures) – Allison Schroeder et Theodore Melfi, d'après le roman du même nom de Margot Lee Shetterly
Lion – Luke Davis, d'après le livre Un long chemin de Saroo Brierley et Larry Buttrose

Meilleurs décors

La La Land – Sandy Reynolds-Wasco et David Wasco
Premier Contact (Arrival) – Patrice Vermette (en) et Paul Hotte
Les Animaux fantastiques (Fantastic Beasts and Where to Find Them) – Stuart Craig et Anna Pinnock
Ave, César ! (Hail, Caesar!) – Jess Gonchor (en) et Nancy Haigh
Passengers – Guy Hendrix Dyas et Gene Serdena (en)
Meilleurs costumes

Les Animaux fantastiques (Fantastic Beasts and Where to Find Them) – Colleen Atwood
Alliés – Joanna Johnston
Florence Foster Jenkins – Consolata Boyle (en)
Jackie – Madeline Fontaine
La La Land – Mary Zophres

Meilleurs maquillages et coiffures

Suicide Squad – Alessandro Bertolazzi, Giorgio Gregorini et Christopher Nelson
Mr. Ove (en) (En man som heter Ove) – Eva von Bahr (en) et Love Larson (en)
Star Trek : Sans limites (Star Trek Beyond) – Joel Harlow (en) et Richard Alonzo
Meilleure photographie

La La Land – Linus Sandgren
Premier Contact (Arrival) – Bradford Young (en)
Lion – Greig Fraser
Moonlight – James Laxton (en)
Silence – Rodrigo Prieto

Meilleur montage

Tu ne tueras point (Hacksaw Ridge) – John Gilbert
Premier Contact (Arrival) – Joe Walker
Comancheria (Hell or High Water) – Jake Roberts
La La Land – Tom Cross
Moonlight – Joi McMillon et Nat Sanders
Meilleur montage de son

Premier Contact (Arrival) – Sylvain Bellemare
Deepwater (Deepwater Horizon) – Wylie Stateman et Renée Tondelli
Tu ne tueras point (Hacksaw Ridge) – Robert McKenzie et Andy Wright
La La Land – Ai-Ling Lee et Mildred Iatrou Morgan
Sully – Alan Robert Murray et Bub Asman

Meilleur mixage de son

Tu ne tueras point (Hacksaw Ridge) – Kevin O'Connell, Robert McKenzie, Andy Wright et Peter Grace
Premier Contact (Arrival) – Bernard Gariépy Strobl et Claude La Haye
La La Land – Andy Nelson, Ai-Ling Lee et Steve A. Morrow
Rogue One : A Star Wars Story – David Parker, Christopher Scarabosio et Stuart Wilson
13 Hours (13 Hours: The Secret Soldiers of Benghazi) – Greg P. Russell, Gary Summers, Jeffrey J. Haboush et Mac Ruth

Meilleurs effets visuels

Le Livre de la jungle (The Jungle Book) – Robert Legato, Adam Valdez, Andrew R. Jones et Dan Lemmon
Deepwater (Deepwater Horizon) – Craig Hammeck, Jason Snell, Jason Billington, et Burt Dalton
Doctor Strange – Stephane Ceretti, Richard Bluff, Vincent Cirelli et Paul Corbould
Kubo et l'Armure magique (Kubo and the Two Strings) – Steve Emerson, Oliver Jones, Brian McLean et Brad Schiff
Rogue One: A Star Wars Story – John Knoll, Mohen Leo, Hal Hickel et Neil Corbould
Meilleure chanson originale

City of Stars dans La La Land – Paroles et musique : Benj Pasek, Justin Paul et Justin Hurwitz
Audition (The Fools Who Dream) dans La La Land – Paroles et musique : Benj Pasek, Justin Paul et Justin Hurwitz
Can't Stop the Feeling! dans Les Trolls (Trolls) – Paroles et musique : Justin Timberlake, Max Martin et Karl Johan Schuster
The Empty Chair dans Jim: The James Foley Story – Paroles et musique : J. Ralph et Sting
How Far I'll Go dans Vaiana : La Légende du bout du monde (Moana) – Paroles et musique : Lin-Manuel Miranda

Meilleure musique de film

La La Land – Justin Hurwitz
Jackie – Mica Levi
Lion – Dustin O'Halloran et Hauschka
Moonlight – Nicholas Britell
Passengers – Thomas Newman

Meilleur film en langue étrangère

Le Client (فروشنده) – Asghar Farhadi  Iran (en persan)
Mr. Ove (En man som heter Ove) – Hannes Holm (en)  Suède (en suédois)
Les Oubliés (Under sandet) – Martin Zandvliet  Danemark (en danois)
Tanna – Martin Butler et Bentley Dean  Australie (en nauvhal)
Toni Erdmann – Maren Ade  Allemagne (en allemand)

Meilleur film d'animation

Zootopie (Zootopia) – Byron Howard, Rich Moore et Clark Spencer
Kubo et l'Armure magique (Kubo and the Two Strings) – Travis Knight et Arianne Sutner
Vaiana : La Légende du bout du monde] (Moana) – John Musker, Ron Clements et Osnat Shurer
Ma vie de Courgette (My Life as a Zucchini) – Claude Barras et Max Karli
La Tortue rouge (The Red Turtle) – Michael Dudok de Wit et Toshio Suzuki

Je suis contente, parmi les nommés c'était mon préféré.
Meilleur film documentaire

O.J.: Made in America – Ezra Edelman et Caroline Waterlow
Fuocoammare – Gianfranco Rosi et Donatella Palermo
I Am Not Your Negro – Raoul Peck, Rémi Grellety et Hébert Peck
Life, Animated – Roger Ross Williams et Julie Goldman
Le 13e (13th) – Ava DuVernay, Spencer Averick et Howard Barish

Meilleur court métrage de fiction

Sing – Kristóf Deák et Anna Udvardy
Ennemis intérieurs – Sélim Azzazi
La Femme et le TGV – Timo von Gunten et Giacun Caduff
Silent Nights – Aske Bang (de) et Kim Magnusson
Timecode – Juanjo Giménez

Meilleur court métrage d'animation

Piper – Alan Barillaro et Marc Sondheimer
Vaysha, l'aveugle (Blind Vaysha) – Theodore Ushev
Borrowed Time – Andrew Coats et Lou Hamou-Lhad
Pear Cider and Cigarettes – Robert Valley et Cara Speller
Pearl – Patrick Osborne

Meilleur court métrage documentaire

Les Casques Blancs – Orlando von Einsiedel et Joanna Natasegara
Extremis (film) – Dan Krauss
4.1 Miles – Daphne Matziaraki
Joe's Violin – Kahane Cooperman et Raphaela Neihausen
Watani: My Homeland – Marcel Mettelsiefen et Stephen Ellis

Les grands gagnants

La La Land : 6 sur 14
Moonlight : 3 sur 8
Manchester by the Sea : 2 sur 6
Tu ne tueras point : 2 sur 6

Les grands perdants

Premier Contact : 1 sur 8
Lion : 0 sur 6
Comancheria : 0 sur 4
Jackie : 0 sur 3
Les Figures de l'ombre : 0 sur 3

dimanche 26 février 2017

Chez nous

Pauline, infirmière à domicile dans le Nord économiquement sinistré, s’occupe seule de ses deux enfants et de son père ancien métallurgiste. Dévouée et généreuse, tous ses patients l'aiment et comptent sur elle. Profitant de sa popularité, les dirigeants d’un parti extrémiste lui propose d’être leur candidate aux prochaines municipales.
Je suis mitigée. Le sujet est intéressant : pourquoi peut-on adhérer à un parti d'extrême droite et même en devenir l'image ? Il est traité sans manichéisme bien que le trait soit parfois un peu grossier. Je ne vois pas l'intérêt d'avoir ciblé à ce point le Front National. L'Europe regorge de partis d'extrême droite défendant les mêmes idées et donc le même potentiel cinématographique. Le fait de mélanger réalité et fiction fait perdre de l'authenticité au propos. Je regrette que Belvaux ait fait le choix de traiter les groupuscules violents qui gravitent autour de ce genre de parti sous l'angle de l'histoire d'amour. En effet, ça dédouble le propos et empêche de se concentrer sur la politique si bien que le traitement est assez superficiel et surtout trop démonstratif. Il fallait se concentrer sur les relations de Pauline avec le parti et ses membres et avec moins d'explications et plus de subtilité. Emilie Dequenne est excellente en infirmière dévouée mais manipulable. Guillaume Gouix s'avère étonnant en néo-nazi assez immonde tout en étant parallèlement bon mari et bon père. Il joue avec beaucoup de nuances. Dussolier, Jacob et Marivin complètent ce casting bien troussé. Le portrait ainsi fait de la France est assez triste : divisée, frustrée, désespérée, tentée par le populisme. La fin est une fin de film français, inachevée.

6/10