samedi 18 mars 2017

Dans la peau de Coventry de Sue Townsend

J'ai lu le résumé dans un magazine au début du mois. Ace moment, je l'ai classé dans à acheter plus tard, ce n'était pas une priorité de lecture. Toutefois, j'ai eu l'occasion d'emprunter cet ouvrage à l'un de mes proches cette semaine. 
Fuyant un mari ennuyeux qui voue un amour inconditionnel à ses quatre tortues domestiques, une existence monotone dans le lotissement des Chemins Gris où il ne se passe jamais rien, et surtout la police, Coventry va se découvrir une âme d'aventurière… et de fugitive sans le sou. Tandis que tout le monde la recherche activement, ses tribulations en plein cœur de Londres, aux côtés de personnages tous plus rocambolesques les uns que les autres, vont se révéler bien plus drôles qu'une vie de femme au foyer dans la banlieue anglaise…


Sue Townsend (1946 - 2014) est une romancière britannique, spécialisée dans la littérature pour enfants. Très intéressée par la politique, ses œuvres mêlent souvent humour, descriptions sociales et satire. Atteinte d'une maladie neurodégénérative, elle doit se déplacer en fauteuil roulant. Elle souffre de diabète et d'insuffisance rénale et devient aveugle en 2001.
Elle a rejoint un groupe littéraire à 30 ans et a reçu sa première récompense littéraire à 33, pour sa pièce Womberang (1979). Elle entame une carrière d'écrivain en publiant son premier roman en 1982. Le roman Journal secret d'Adrien 13 ans ¾ devient un énorme succès. C'est le premier d'une série de huit romans mettant en scène le jeune Adrien Mole. Elle publie aussi d'autres romans, tels que La Reine et moi en 1992, dans lequel elle imagine que la famille royale est obligée de quitter le palais de Buckingham pour s'installer en banlieue, ou La Femme qui décida de passer une année au lit.

Sue Townsend avait indéniablement une belle plume, vive, pleine de verve et d'humour, parfois noir. Elle savait trousser des situations improbables et pourtant réjouissantes tout en peignant le portrait au vitriol d'une Angleterre thatcherienne pleine d'illusions. Elle réussit à brosser le portrait de ses personnages en quelques lignes ou quelques pages, tantôt épouvantables, tantôt hilarants. Caustique, elle critique vertement la société : les happy fews égocentriques, les flics bornés, les intellos excentriques, les banlieusards vulgaires, les banlieusards passifs se cherchant une échappatoire... Satirique, le roman égratigne aussi la société machiste qui condamne les jolies filles au rôle de potiches. 
Coventry est une héroïne assez extraordinaire. Belle femme recroquevillée sur elle-même et sur sa vie de desperate housewife, elle se découvre une âme d'aventurière. Tout ou presque l'émerveille, même quand rien en va, et parfois, pour elle, rien en va. Elle n'a pour ainsi dire pas de limite, pas de barrière morale. Elle fait ce qu'elle croit devoir faire et, finalement, l'avis des autres importe peu. 
S'il est drôle, le roman manque d'une vraie trame. Les aventures de Coventry se succèdent et se ressemblent, abracadabrantesques. Certains personnages auraient mérité d'être plus développés, comme son sociopathe de frère et son épouse.
J'ai adoré la tirade sur les livres, qui, je le confirme, sont sexy. Au final, la lecture se révèle plaisante et intelligente mais un peu trop décousue.

7/10

L'embarras du choix

Le problème de Juliette, 40 ans, c’est qu’elle est totalement incapable de prendre la moindre décision. Alors elle demande encore à son père et à ses deux meilleures amies de tout choisir pour elle. Lorsqu'elle croise la route de Paul puis d’Étienne, forcément, le cœur de Juliette balance.
Juliette a fait le choix de ne pas choisir, ce qui la met dans des situations impossibles, ce qui est forcément drôle mais parfois aussi un peu agaçant. Pourtant, malgré ce défaut, tout le monde l'adore, ou presque. Son père, formidable Lionel Astier, la soutient et en profite pour s'ingérer gentiment dans sa vie. Ses meilleures amies, Anne Marivin et Sabrina Ouazani, sympathiques, la soutiennent sans faillir. Deux hommes tombent amoureux d'elle : Arnaud Ducret, en cuisinier un poil beauf mais moins lourd que d'habitude, et Jamie Bamber, séduisant Écossais plein de charme. Clairement, ma balance personnelle penchait de l'autre côté de la Manche. Juliette, Alexandra Lamy, excellente et pétillante, évidemment, ne sait pas, ce qui donne lieu à des situations et des dialogues très drôles. La brève apparition de Dubosc, en revanche, ne l'est pas. Romcom rythmée et efficace, le film n'invente rien et aurait mérité de voir son idée de départ poussée plus loin. On passe un très bon moment si l'on accepte de mettre de côté les invraisemblances et le final très rapide.

7,5/10

vendredi 17 mars 2017

The lost city of Z

L’histoire vraie de Percy Fawcett, un colonel britannique contacté en 1906 par la Société géographique royale d'Angleterre pour partir en Amazonie afin de cartographier les frontières entre le Brésil et la Bolivie. Sur place, il se passionne pour l’exploration et découvre des traces de ce qu’il pense être une cité perdue. De retour en Angleterre, Fawcett n’a de cesse de trouver cette mystérieuse civilisation. 
Ayant vu la bande annonce mais pas lu le synopsis, j'ignorais avant de le voir qu'il s'agissait d'une histoire vraie, ce qui explique la fin assez étrange, flottante, et ressemblant presque à un rêve. Si je n'ai pas aimé cette fin, j'ai trouvé le film assez intéressant, racontant les aléas de l'exploration au début du XXème siècle. Fawcett est tiraillé entre son besoin de reconnaissance, son obsession pour la cité perdue et son amour sincère pour sa famille. Gray aurait pu être plus démonstratif quant au caractère obsessionnel de la quête de Fawcett. On navigue entre Royaume-Uni policé et luxuriante jungle amazonienne avec des décors superbes. Sans que ce soit ennuyeux, les aventures des explorateurs, très volubiles, manquent de fougue, de souffle, de véritable mystère. L'émotion point à deux ou trois moments mais trop peu pour être significative. Charlie Hunnam, très bien maquillé, est charmant mais manque d'un je-ne-sais-quoi pour emporter l'adhésion, comme le film d'ailleurs. Robert Pattinson, dont le visage est mangé par une énorme barbe, joue bien mais de façon très discrète. Sienna Miller campe le pilier de la famille Fawcett, sorte de roc insubmersible qui ose même balancer une tirade féministe à son mari presque plus ouvert quant aux Indiens que quant aux femmes. Le film est bien réalisé, formellement beau, et passionnant au fond mais manque de souffle épique.

7/10

Les contes des Particuliers de Ransom Riggs

A défaut de trouver le dernier volume de la trilogie Miss Peregrine et les enfants particuliers - La bibliothèque des âmes (critique à venir) en format poche, je me suis rabattue sur les Contes des particuliers.
Après la série Miss Peregrine et les enfants particuliers, Ransom Riggs signe un recueil de dix contes présenté comme l’œuvre de Millard Nulling, un Particulier. Le narrateur dévoile l’origine des boucles temporelles et fait découvrir au lecteur de nouvelles particularités.
Ransom Riggs (1979 - ) est un écrivain américain de fantasy. Il a grandi dans le Maryland puis en Floride. Miss Peregrine et les Enfants particuliers a atteint la première place de la liste des best-sellers du New York Times dans la catégorie livres pour enfants et est resté en tout 63 semaines sur cette liste. Il a écrit plusieurs livres autour de l'univers des Particuliers. 
Encore une fois, le livre est un bel objet : superbe couverture cartonnée, magnifique illustration et lettrine au début de chaque conte. Courts, ceux-ci sont souvent cruels et toujours pourvu d'une morale façon contes de Grimm. Ils sont originaux, plein d'imagination, et immergent le lecteur gourmand dans l'univers poétique et sombre des Particuliers et des Ombrunes. Parfois drôles, il sont ponctuellement annotés par Millard, ce qui donne une agréable impression de lire un véritable recueil, bien que ses réflexion manque du caractère reconnaissable du garçon invisible. J'ai apprécié de faire la rencontre de ces Particuliers et de connaître la naissance des boucles temporelles et des Ombrunes. 
Mes contes préférés sont La première Ombrune, L'amie des fantômes, Cocobolo, La fille qui apprivoisait les cauchemars et Le garçon qui retenait la mer. Si je devais n'en choisir qu'un, ce serait La fille qui apprivoisait les cauchemars qui est intelligent et très "cinématographique". En quelques pages, on s'attache à l'héroïne et à son étrange capacité dont la matérialisation est aussi encombrante qu'amusante. 
Cela dit, on pourrait reprocher au livre d'être trop court (notez, ce n'est pas le pire des reproches). On voudrait découvrir d'autres contes, d'autres Particuliers, d'autant que la lecture est rapide grâce à une écriture fluide. La plupart des contes peuvent être lus à des enfants mais peut-être pas forcément le soir, sinon cauchemars assurés pour les plus sensibles. Ils font réfléchir, même les adultes, sur la nature humaine pas toujours jolie-jolie et si peu tolérante face à la différence mais aussi sur l'utilisation de ses capacités. 

9/10

dimanche 12 mars 2017

Monsieur et Madame Adelman

Comment Sarah et Victor ont-ils fait pour se supporter pendant plus de 45 ans ? Qui est vraiment cette femme énigmatique qui vivait dans l'ombre de son mari ? 
 J'ai vu le passage de Bedos et Tillier chez Ruquier, si Moix adore, j'ai peur. Mais la bande annonce m'avait plu. J'avais crainte du film auto-centré d'un auteur qui se regarde jouer et filmer. Pas du tout. Nicolas Bedos signe un film très drôle, parfois émouvant, un peu dingue, impertinent et surtout sincère. Il ne s'épargne pas en type qui se rêve écrivain mais manque de volonté. Dora Tillier impose sa présence tantôt solaire, tantôt ombrageuse, son sourire lumineux tout en gencives. On sent chez le réalisateur l'envie de sublimer sa partenaire. On suit 45 ans de la vie d'un couple, avec quelques personnages secondaires à la fois discrets et plantés en quelques scènes, sans temps mort ou presque (un ralentissement se fait sentir au milieu mais le film repart de plus belle) et avec des dialogues ciselés hilarants. Bavard, le film est intelligemment écrit. Néanmoins, il ne néglige pas la forme avec une B.O sympathique et une photographie particulièrement soignée. Il s'interroge sur le couple et le temps qui passe sur l'amour mais aussi sur les espérances et déceptions filiales, la création et la postérité. Que reste-t-il d'un personnage célèbre ? De quoi le public se souviendra ? Sera-ce la vérité ? Il est si généreux qu'il en devient peut-être un peu foutraque. Bon, il faudra sans doute le revoir pour en saisir toutes les subtilités. Absolument délicieux.
9/10

Un mot du titre qui apparaît au début : Monsieur, en abrégé français, s'écrit M. et non Mr, ça, c'est anglais. C'est un détail mais c'est agaçant.