mercredi 22 mars 2017

London House

The ones below en réalité, c'est à dire Ceux d'en bas. 
Kate et Justin, trentenaires bientôt parents, occupent un appartement au premier étage d’une maison bourgeoise. Lorsque Theresa et Jon, un couple aisé également dans l’attente d’un enfant, emménagent dans l’appartement du rez-de-chaussée, les deux couples se lient d'amitié.
Le premier mot qui me vient à la sortie de ce film, c'est malsain. Tout dans ce couple de nouveaux voisins est bizarre et malsain. Lui est très inquiétant, elle l'est à peine moins, même son sourire porte une menace latente. On sait que quelque chose va déraper et ça ne manque pas d'arriver, quoi qu'un peu tardivement, le film mettant du temps à mettre en place la situation dont le développement est par ailleurs plutôt prévisible. Kate semble avoir un passé familial douloureux qu'on ne devine qu'à demi-mots car rien n'est jamais vraiment explicité. La fin, en revanche, est très claire et abrupte. Sa sécheresse ne permet pas d'apothéose dans la tension née tout au long du film dont l'ambiance glaciale constitue un point fort. J'ai adoré l'atmosphère pastel et lumineuse de l'appartement du bas, opposé à celle, plus bobo de celui du haut. Clémence Poésy campe aussi justement la maternité heureuse que l'angoisse sourde. David Morrissey joue impeccablement le bourgeois coincé ultra strict aux manies ridicules. Laura Birn, qui réussit à jouer la maternité sexy, a le sourire de plus en plus large au fur et à mesure que l'amitié tourne au cauchemar ; sa gentillesse insinuante et sournoise a de quoi faire angoisser n'importe qui.

6,5/10

dimanche 19 mars 2017

L'élégance des veuves d'Alice Ferney

Ceux qui me lisent savent à quel point j'ai aimé le film Éternité. Ce dernier est tiré d'un roman d'Alice Ferney, L'élégance des veuves. J'avais trouvé tout ce que je cherchais dans ma librairie lorsque la couverture d'un livre a attiré mon regard : l'affiche du film. Je n'ai pas manqué de l'acheter, évidemment.
Un cycle sans fin pousse les femmes à se marier, à enfanter, puis à mourir. Ainsi va le temps, secoué par le rythme des naissances et des morts, quand le besoin de transmettre l'emporte sur le désespoir de la perte d'un être cher. Un long fil de désir passe au travers des générations. 

Alice Ferney (1961 - ), de sa véritable identité Cécile Brossollet, épouse Gavriloff, a étudié à l'ESSEC puis soutenu une thèse en sciences économiques à l'EHESS. Elle devient maître de conférences à l'université d'Orléans. Ses thèmes principaux sont la féminité, la différence des sexes, la maternité et le sentiment amoureux. Grâce et Dénuement lui a valu le prix Culture et Bibliothèques pour tous en 1998. En 2014, elle publie Le Règne du vivant, un « roman documentaire » inspiré de l'action du militant écologiste Paul Watson pour protéger les baleines et lutter contre la surpêche et le braconnage. 
 Ce roman court (125 pages) a l'élégance de son titre. Il se concentre sur deux générations : d'abord Valentine, la première veuve de l'histoire, résolue, puis la douce et féconde Mathilde et la sage Gabrielle. Ces femmes sont extraordinairement courageuses et attachantes, on aimerait les rencontrer. Leurs maris sont moins abordables, plus distants, mais tout aussi intéressants. Dans ce roman sans dialogue, il ne se passe rien, sinon le cycle éternel de la vie des femmes, qui n'a pas tellement changé finalement : le mariage, les naissances réjouissantes, les décès déchirants.  
Ferney place son récit pendant le début du XXème siècle, dans un milieu catholique bourgeois, quand le devoir des femmes consistait à enfanter. Elle rend cette obligation plus douce, parce qu'elle existait ainsi à cette époque et que la critique apparaît en filigranes, tant de l'absence de choix des femmes confinées dans la sphère familiale que du traitement que la société réserve aux veuves. Même si la femme d'aujourd'hui aurait beaucoup à dire sur ce mode de fonctionnement, la peinture paraît réaliste et il faut être indulgent quant à un passé révolu, enfin presque. Le fatalisme des femmes confine à l'abnégation et pourtant l'auteur vante une certaine douceur de vivre dans un quotidien satisfaisant, une forme de bonheur sans montagnes russes.
L'écriture, fine, intelligente, est aussi chaleureuse, sensible, généreuse. Le texte prend véritablement corps car l'auteur utilise un registre charnel et corporel sans fausse pudeur mais avec sensualité et une grande tendresse pour ces femmes admirables qui aiment sans faillir. Certains passages, sur l'amour, sur la maternité, sont magnifiques, émouvants. Toutes les descriptions sont passionnantes, une dentelle d'une grande subtilité. 
Une lecture mélancolique, délicate et voluptueuse.

9,5/10