vendredi 5 mai 2017

Les garçons et Guillaume, à table !

Le premier souvenir que j'ai de ma mère c'est quand j'avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle, mes deux frères et moi, pour le dîner en disant : "Les garçons et Guillaume, à table !" et la dernière fois que je lui ai parlé au téléphone, elle a raccroché en me disant : "Je t'embrasse ma chérie". Eh bien disons qu'entre ces deux phrases, il y a eu quelques malentendus. 
Au passage, je n'aime pas du tout l'affiche, pas assez cinématographique, pas emballante. 

"Alors, ça chante ma petite pupute ?" Voici l'une des répliques hilarantes de ce drame intelligent qui finit bien, prononcée par la grand-mère à l'élocution pour le moins défaillante, formidable Françoise Fabian. Guillaume Gallienne, qui campe avec talent son propre rôle et celui de sa mère, offre au spectateur une comédie inventive et fine sur le genre, l'identité et la féminité. Car, voyez-vous, Guillaume pense qu'il est une fille, l'archiduchesse Sophie de préférence. Il a du mal à se trouver, à se positionner au sein de cette famille bourgeoise traditionnelle. Entouré de bons seconds rôles, il distille un humour pince sans rire efficace et une émotion sincère, tout en rendant un vibrant hommage à cette mère adorée, pudique. Tous les personnages sont attachants, même son étrange mère dont on oublie vite qu'elle est interprétée par un homme. Si le rire, parfois vachard, n'est jamais loin, le film évoque aussi avec pudeur et sensibilité des fêlures intimes. Certaines scènes sont franchement à hurler de rire et pourtant elles évoquent des moments extrêmement douloureux et parfois cruels. Je regrette que le montage ne parvienne pas totalement à effacer le côté alignement de sketches, dû au fait que le film soit tiré d'un one man show. Désopilant !

9/10

mardi 2 mai 2017

Le crime de l'Orient-Express d'Agatha Christie

Je suis dans un petit cycle Agatha Christie, voici le deuxième. 
Alors qu'il rentre de mission et compte s'arrêter quelques jours à Istanbul, Hercule Poirot est rappelé d'urgence à Londres. On est en hiver et à cette époque de l'année, l'Orient Express roule habituellement quasiment à vide. Pourtant, sans l'aide du directeur de la compagnie, Hercule Poirot n'aurait pas trouvé de place à bord, comme si tous les voyageurs s'étaient donné rendez-vous dans ce train ! Dès la deuxième nuit, un homme est assassiné. Le train est immobilisé par la neige qui empêche l'assassin de s'enfuir. Dans les wagons isolés du reste du monde, Hercule Poirot, au sommet de son art, mène l'enquête. Et ce ne sont pas les pistes qui manquent !

J'ai l'habitude de dire un mot de l'auteur. J'essaie en général de ne pas faire trop long mais Christie a eu une vie si riche qu'il est difficile de choisir quoi passer sous silence. Ceux que cette lecture barbe d'avance peuvent se contenter du petit paragraphe qui suit. Ceux que cela intéresse peuvent se reporter à ma critique de Mort sur le Nil. 
Agatha Christie, née Agatha Mary Clarissa Miller (1890 - 1976), surnommée la « Reine du crime » est considérée comme l'auteur le plus lu chez les Anglo-Saxons après Shakespeare. Elle a écrit plusieurs romans sous le pseudonyme de Mary Westmacott. C'est aussi l'auteur le plus traduit dans le monde. Elle a publié 66 romans, 154 nouvelles et 20 pièces de théâtre. Ses romans et nouvelles ont été maintes fois adaptés au cinéma ou à la télévision. 

Ce roman court est l'un des plus célèbres d'Agatha, notamment des fait des adaptations au cinéma et à la télévision. Un huis clos dans la neige, des passagers suspects et un Hercule Poirot au sommet de sa forme. Tout son art de l'interrogatoire ressort merveilleusement. On comprend vite que la victime n'était pas un saint homme et que les suspects vont se multiplier. 
L'intrigue est particulièrement complexe et embrouillée. Il faut toute la sagacité du détective pour identifier les vrais indices des faux et débrouiller la vérité parmi tous les mensonges prononcés. Le huis clos ferroviaire implique un récit linéaire, parallèlement, l'embrouillamini de l'enquête rend le rythme très lent malgré l'atmosphère feutrée très réussie de ce train de luxe de rêve. Je n'ai cependant pas conçu d'ennui tant l'imbrication des faits est intéressante. 
Les personnages souffrent de n'être réduits qu'à des archétypes que l'on ne voit pas vivre en dehors du huis clos, ni même hors de l'enquête de Poirot. On ne sait par exemple pas ce qu'ils font hors de la présence de ce dernier. Les stéréotypes culturels dépassés sont légion mais excusables si l'on considère que le roman a été écrit dans les années 30.
Le final, théâtral comme les aime Poirot, explique tout et s'avère assez peu moral, ce qui surprend un chez la très respectable dame Agatha. Je pense qu'en réfléchissant vraiment, le lecteur peut deviner la solution qui n'est guère réaliste mais assez romanesque dans le sens le plus dramatique du terme.

7/10

lundi 1 mai 2017

Les gardiens de la galaxie 2

L'équipe des Gardiens est de nouveau poursuivie jusqu'aux confins du cosmos suite à une boulette. Peter découvre les mystères de sa filiation et les vieux ennemis vont devenir de nouveaux alliés. 
Le deuxième opus est légèrement meilleur que le premier mais conserve les mêmes défauts, en plus d'être prévisible. On passe de la réunion des protagonistes à l'approfondissement des personnages sur l'angle de la filiation et des relations familiales, c'est plutôt positif. Star Lord, toujours incarné par l'insipide Chris Pratt, découvre l'identité de son père. Gamora et Nebula règlent leurs comptes. On en apprend plus sur le charismatique Yondu (j'adore le truc de la flèche). Bébé Groot est adorable et vraiment marrant. On rencontre Ego mais surtout la charmante Mantis (intéressante Pom Klementieff) que Drax juge vilaine. Kurt Russell joue bien mais son personnage manque de charisme et d'un je-ne-sais-quoi pour être assez grandiose. Je pense que le personnage d'Elizabeth Debicki sera développé plus tard, ça me plairait parce que je la trouve intéressante -et très jolie en doré. Ce sont surtout les personnages, attachants, qui provoquent l'intérêt. Je n'aime toujours pas le vert de Zoé Saldana mais le reste des maquillages est soigné. L'émotion est lourdement appuyée avec musique larmoyante et les blagues potaches sont très très nombreuses, parfois au détriment du fond qui n'est guère épais et souffre de dialogues inégaux parfois à la limite de l'indigence. Les effets spéciaux sont efficaces (mais très numériques) de même que la B.O eighties. Le film, qui aurait pu compter vingt minutes de moins pour mieux maîtriser le rythme, est récréatif, assez amusant mais toujours pas extra.  
6,5/10

dimanche 30 avril 2017

Denial

Deborah Lipstadt, historienne et auteur reconnue, défend farouchement la mémoire de l’Holocauste. David Irving, un historien extrémiste, avocat de thèses controversées sur le régime nazi, l'assigne en justice. Lipstadt se retrouve dans la situation aberrante de devoir prouver l’existence des chambres à gaz. 
Quand on sait que ce film est tiré d'une histoire vraie, ça fait froid dans le dos. Que l'on puisse nier l'holocauste me dépasse. Passons. Denial, renommé pompeusement Le procès du siècle, est un film historique brillant, intelligent et humaniste qui se laisse parfois aller à un peu trop de démonstration. Mick Jackson maîtrise l'art de l'ellipse qui permet de ne s'intéresser qu'aux phases saillantes de la procédure en diffamation (assez hallucinante d'ailleurs). J'ai apprécié l'absence de manichéisme, notamment dans les relations entre Lipstadt et ses avocats, lorsqu'ils s'opposent sur la stratégie à suivre. Rachel Weisz incarne cette universitaire courageuse, pleine de principes, qui être prête à se battre pour ses idées. Timothy Spall écope avec le brio qu'on lui connaît du rôle du charismatique mais répugnant historien auto-proclamé, roi du déni. Andrew Scott et Tom Wilkinson campent brillamment les deux principaux avocats de la défense qui doivent garder la tête froide face à la fougueuse défenderesse. On comprend sans peine la colère de celle-ci quand Irving balance des contre-vérités ou des mensonges abominables avec la plus parfaite mauvaise foi et la façon dont ces derniers sont mis au jour est passionnante. Je trouve dommage que certains effets appuient lourdement sur le caractère évidemment dramatique de l'holocauste, d'autant que l'émotion n'en a pas besoin pour exister. Je regrette également que l'on ne connaisse pas mieux les personnages principaux, qu'on ne les voit pas vivre, ainsi le débat aurait été moins théorique, plus incarné. Le film, bien que je connaisse la fin, s'avère finement mené, sans temps mort et ponctué de réjouissantes joutes oratoires.
 
8/10