samedi 13 mai 2017

Les vacances d'Hercule Poirot d'Agatha Christie

Suite du cycle Poirot dans Agatha Christie... 
Au passage, j'aime beaucoup cette couverture, même si le chapeau devrait être vert.

Hercule Poirot aimerait bien passer des vacances tranquilles. Une petite île, un hôtel agréable, une cuisine soignée, des pensionnaires charmants... Tout irait pour le mieux si, au milieu des estivants, ne tournait Arlena Marshall, une de ces femmes fatales qui font perdre la tête aux hommes. Mais était-ce une raison pour l'étrangler ?

Pour la bio de Dame Agatha, c'est long. Ceux que cette lecture barbe d'avance peuvent se contenter du petit paragraphe qui suit. Ceux que cela intéresse peuvent se reporter à ma critique de Mort sur le Nil. 
Agatha Christie, née Agatha Mary Clarissa Miller (1890 - 1976), surnommée la « Reine du crime » est considérée comme l'auteur le plus lu chez les Anglo-Saxons après Shakespeare. Elle a écrit plusieurs romans sous le pseudonyme de Mary Westmacott. C'est aussi l'auteur le plus traduit dans le monde. Elle a publié 66 romans, 154 nouvelles et 20 pièces de théâtre. Ses romans et nouvelles ont été maintes fois adaptés au cinéma ou à la télévision.

Cette lecture a un goût de vacances, d'été, de plage ensoleillée, c'est déjà un bon point. Ici Christie prend un malin plaisir à brouiller les cartes. L'intrigue est à la fois très simple et complexe parce que tout le monde ment (tiens, Docteur House, sortez de mon article) pour diverses raisons. Les personnages sont assez inégaux. Miss Darnley, qui plaît tant à Poirot, est aussi intéressante que les Gardener relèvent de la caricature d'Américains et Linda de la caricature d'adolescente. Marshall est assez agaçant et il lui revient la pire réplique du livre (j'y reviendrai dans un instant). Le révérend Lane amène une touche mystico-religieuse mais honnêtement, c'est à peine s'il est suspect, il ne sert pas à grand chose. Les Redfern et Arlena se révèlent sur la fin, comme Marshall qui y trouve plus de développements. 
Dans cet opus, une sous-intrigue elliptique concerne un mystérieux trafic de drogue dont le responsable est bien vite démasqué par notre détective. Justement, Poirot se fait assez discret, il laisse souvent les policiers en charge de l'enquête poser les questions. Il résout son puzzle dans son coin. A la fin, il explique sa méthode de déduction, ce qui s'avère évidemment intéressant. Je crois qu'il aime les vacances seulement parce que cela lui permet de changer de cadre d'enquête. 
J'ai remarqué de nombreuses touches d'humour dans le roman. Par exemple, au début, la description de la discussion entre Miss Brewster, Hercule Poirot et les Gardener est hilarante. Le final, quant à lui, manque d'un brin de vraisemblance mais il est si bien orchestré que l'on pardonne à Agatha Christie son imagination débordante -et tordue.
Venons-en au point qui m'a agacée. Notre chère auteur n'est pas réputée pour son avant-gardisme et son féminisme, mais lors de la dernière scène, elle dépasse les bornes. Sans en révéler le contenu, ces quelques dernières lignes m'ont fait bondir et ont fait hurler la féministe en moi.

7,5/10

A noter qu'aucune des adaptations n'est fidèle. Le film avec Ustinov modifie beaucoup les personnages et leurs motivations pour un rendu très eighties : clinquant, un peu vulgaire. Le téléfilm est beaucoup plus proche mais les compagnons habituels du déctive sont ajoutés et Linda Marshall devient Lionel Marshall, allez savoir pourquoi.

jeudi 11 mai 2017

Prometheus

A l'occasion de la sortie d'Alien Covenant, je vous propose de revenir en 2012 pour le premier prequel à la saga Alien. 
 
Une équipe d’explorateurs découvre un indice sur l’origine de l’humanité sur Terre. Cette découverte les entraîne dans un voyage fascinant jusqu’aux recoins les plus sombres de l’univers. Là-bas, un affrontement terrifiant qui décidera de l’avenir de l’humanité les attend.
Le film met un peu de temps à se mettre en place et se révèle assez complexe. Quelques points restent à éclaircir selon moi, dans le deuxième opus sans doute. Deuxième opus que l'on attend avec impatience puisque celui-ci est magistral. Noomi Rapace campe une scientifique très humaine mais aussi très efficace, Charlize Theron joue (avec délectation ?) une directrice froide et pas vraiment sympa. Idris Elba est charismatique en commandant de bord courageux. Quant à Michael Fassbender, il est un androïde aux réactions souvent surprenantes. Les personnages sont attachants, il est dommage qu'ils n'aient pas été plus développés, on voudrait en savoir plus à leur propos, notamment David, le fascinant androïde, ou Mrs. Vickers. Les effets spéciaux sont parfaits et la 3D assez sympa pour une fois. On peut regretter quelques invraisemblances : du genre un casque mais de gants, des méthodes scientifiques plus que douteuses, l'absence totale de rigueur scientifique du scénario, l'anesthésie locale qui visiblement ne fonctionne pas -ou alors elle est vachement douillette mais vu qu'elle court comme un lapin après une césarienne, je ne pense pas-. Cependant, les interrogations qu'il pose ont de l'intérêt et Scott sait créer une réelle ambiance sombre et tendue, tension soutenue par la B.O, la lumière et une excellente photo. Le film s'interroge sur la foi, l'origine du monde, ce qui fait l'humanité et la grande question, pourquoi sommes-nous là ? Malgré quelques imperfections, le rendu final est vraiment chouette.

8/10

mercredi 10 mai 2017

Braquage à l'ancienne

Pour Willie, Joe et Al, trois amis octogénaires – ou presque –, la retraite, c'est du passé. Ils ont appris que leurs pensions sont parties en fumée et décidé de passer à l'action. Bousculant tous leurs principes, ils tentent l'impensable : braquer la banque qui les a ruinés !
Comédie douce-amère revancharde qui émet une critique sévère du système social américain, Going in style, ne révolutionne pas le genre mais s'avère divertissant malgré ses défauts. La trame est hyper classique et déjà-vue mais les trois compères pleins d'humour sont si attachants que l'on suit leurs aventures rocambolesques avec plaisir. Morgan Freeman, Michael Caine et Alan Arkin campent avec brio, élégance, complicité et force cabotinage le trio de braqueurs d'opérette. Drôles, les dialogues sont ciselés et bourrés de références. Le scénario souffre de sévères carences qui empêchent de savourer complètement cette sucrerie. Bref si le spectacle plaît, il n'en reste pas moins ultra convenu.

7/10 pour le trio de papys

Aurore

Aurore, séparée, vient de perdre son emploi et apprend qu’elle va être grand-mère. La société la pousse doucement vers la sortie, mais quand elle retrouve par hasard son amour de jeunesse, elle entre en résistance, refusant la casse à laquelle elle semble être destinée.
Aurore est une comédie dramatique bienveillante sur la féminité à tous les âges. La ménopause, la maternité, le premier amour : trois femmes à trois moments charnière de leur vie. Pas facile d'être drôle en parlant de ménopause, de chômage qui démoralise -enfin c'est surtout Pôle emploi qui démoralise- de sentiment d'inutilité et d'exclusion et pourtant on sourit beaucoup. En revanche, trop peu d'éclats de rire, sans doute parce tout cela manque de causticité. Blandine Lenoir raconte, sur une B.O sympa et avec tendresse, une vieille histoire d'amour qui peine à renaître de ses cendres. Agnès Jaoui, rayonnante et sensuelle, campe cette femme forte et courageuse. Thibault de Montalembert est touchant dans sa fragilité d'homme blessé. Pascale Arbillot amène une touche de folie charmante. Le fil rouge des retrouvailles sert à faire un état des lieux de cette quinquagénaire décidée à ne pas plier face à une société qui la pense usée alors qu'elle a encore tant de choses à vivre. Visuellement, le film est assez plat : traitement de la lumière et photographie inexistants. Un film plein d'énergie et d'optimisme.
7,5/10

lundi 8 mai 2017

Easy virtue

John Whittaker, un jeune oisif, épouse la ravissante Larita, une Américaine. Il la ramène dans la maison familiale, au cœur de la campagne anglaise. La famille en question est engoncée dans ses principes et son domaine en faillite. Le jeune mari est lâche, mais peut-il faire mieux ? Les sœurs suivent le comportement de leur mère, délicieusement détestable, froide et hautaine, gainée par les traditions et ses préjugés.
Renommé de façon idiote Un mariage de rêve (ils n'ont pas vu le film ou c'est ironique, je ne sais pas), ce film est une pépite injustement méconnue. Tiré d'une pièce de Noël Coward, il est plus profond que son apparente légèreté le laisse présager. Il alterne émotion et drôlerie tout en faisant une critique acerbe de la société anglaise des années 30 prise entre modernisme et tradition. C'est aussi une tragique histoire d'amour et un drame familial. Dans une ambiance musicale qui swingue géniale et une reconstitution superbe, le spectateur pénètre avec Larita dans cette famille qui ne veut pas d'elle. Kristin Scott Thomas est excellente, drôlissime avec ses airs outragés et sévères. Jessica Biel, magnifique, très élégante dans ses superbes costumes, campe une jeune femme pleine de charme et de fraîcheur dotée d'une part d'ombre. L'un des personnages les plus intéressants (avec Larita) est peut-être est celui du père, Colin Firth, désabusé et cynique. Doté d'un charme old school, il déploie un charisme certain. Ben Barnes est sans doute un peu falot mais cela colle au personnage qui n'est qu'un grand garçon qui a besoin de grandir. Les personnages sont très attachants, y compris les seconds rôles : les deux sœurs, l'ancienne fiancée et son frère plus gentleman qu'il n'en a l'air, le majordome. Quatre scènes valent la peine de voir le film entier : la mort hilarante du pauvre chien, la chasse à courre ultra décalée, le french cancan pour le moins osé et le sensuel tango. Les répliques, percutantes et hilarantes, sont représentatives d'un humour so british réjouissant. A voir absolument.
10/10