samedi 20 mai 2017

Cartes sur table d'Agatha Christie

Oui, oui, encore un Hercule Poirot. Il faudra bien vous y faire.
Mr Shaitana, un bien étrange personnage, s'est plu à convier à dîner huit hôtes triés sur le volet : quatre spécialistes du crime et quatre personnes qui seraient - selon lui - des criminels assez habiles pour ne s'être jamais fait pincer. Au cours de la partie de bridge qui prolonge cette extravagante soirée, le rictus démoniaque s'effacera définitivement de la longue face de Mr Shaitana. Tout simplement parce que l'un de ses invités lui a donné un coup de poignard bien placé...


Pour la bio de Dame Agatha, c'est long. Vous pouvez vous contenter du petit paragraphe qui suit. Pour la version longue, vous pouvez vous reporter à ma critique de Mort sur le Nil. 
Agatha Christie, née Agatha Mary Clarissa Miller (1890 - 1976), surnommée la « Reine du crime » est considérée comme l'auteur le plus lu chez les Anglo-Saxons après Shakespeare. Elle a écrit plusieurs romans sous le pseudonyme de Mary Westmacott. C'est aussi l'auteur le plus traduit dans le monde. Elle a publié 66 romans, 154 nouvelles et 20 pièces de théâtre. Ses romans et nouvelles ont été maintes fois adaptés au cinéma ou à la télévision.

Comme la plupart des personnages de ce roman, je n'aime guère ce monsieur Shaitana, un homme mystérieux, vaguement ridicule et pourtant dangereux, qui met tout le monde mal à l'aise. Autant dire que sa mort ne fait pleurer personne. Et surtout pas nos quatre suspects. Il y a le jovial docteur Roberts, qui fait de l'humour mais surévalue son jeu, Mrs. Lorrimer, la grande dame élégante et excellente bridgeuse, le major Despard, aventurier plein de sang froid, et Miss Meredith, jeune femme timide et joueuse prudente. Face à eux, quatre fins limiers : le superintendant Battle qui n'apparaît pas très fin pour mieux inspirer confiance, le colonel Race, espion discret, Ariadne Oliver, fantasque auteur de romans policiers, et bien sûr Hercule Poirot, notre inimitable détective belge, toujours fin psychologue. A noter, c'est la première fois qu'apparaît le célèbre double d'Agatha Christie, féministe caricaturale dotée d'une mauvaise fois à toute épreuve, et néanmoins lucide sur la qualité de ses œuvres, interprétée dans les téléfilms par l'excellente Zoë Wanamaker.
Du fait de leur petit nombre, les personnages sont fouillés, d'autant que l'on s'intéresse beaucoup à leur passé. L'enquête, bien que classique, est menée avec méthode et psychologie, presque symétriquement. Ayant vu le téléfilm, je pensais savoir qui était l'assassin. Or, le scénariste a choisi d'intervertir les personnalités de deux personnages et d'ajouter quelques fioritures, si bien que la résolution de l'énigme en est sensiblement modifiée. Du coup, le suspense a tenu jusqu'à la fin, puisque même si la logique voulait que la personne que je pensais être coupable le soit, je ne pouvais plus en être certaine. 
J'ai un peu regretté de ne rien y connaître en bridge, ça m'a privée d'une partie du plaisir puisqu'une part de la réflexion de Poirot se base sur les parties jouées. Cela dit, c'est plutôt ma faute que celle de l'auteur. Celle-ci a mêlé à l'enquête des scènes d'apparence anodines. Cependant, elles éclairent la personnalité des suspects sans que le lecteur s'en aperçoive. Un bon cru.

8/10

mercredi 17 mai 2017

Les fantômes d'Ismaël

À la veille du tournage de son nouveau film, la vie d’un cinéaste est chamboulée par la réapparition de sa femme, disparue depuis plus de 20 ans. 
Desplechin, d'habitude, ce n'est pas tellement mon genre mais la bande annonce et le casting me plaisaient, donc je suis passée outre. Erreur ! Ne jamais passer outre la petite voix qui vous dit : psssst, tu devrais éviter. Bien sûr, il y a du positif. Un peu. D'abord, les acteurs sont excellents, quoi que mal dirigés car poussés vers un jeu très théâtral dans certaines scènes. Charlotte Gainsbourg, lumineuse, vole la vedette à une Marion Cotillard moins intense. La photographie a été soignée. Certaines scènes sont assez belles, notamment dans la première partie. Et... bon bah voilà. Le négatif maintenant. Je me suis ennuyée, vraiment. Les personnages sont difficiles à suivre parce que leurs décisions sont bizarres, incompréhensibles, d'ailleurs Ismaël sombre dans une espèce de déprime médicamenteuse à la limite de la folie qui ne semble inquiéter personne. Quant au film qu'il tourne, on ne voit pas le rapport avec son histoire personnelle. Je n'ai pas compris cette partie, ni l'histoire du frère de Sylvia. Rien n'est clair dans ce scénario fourre-tout, ou alors il faut se retourner le cerveau et le film ne m'en donne pas envie, surtout la seconde partie qui hésite entre burlesque, politique, espionnage et grand n'importe quoi, oubliant presque le thème de départ. A quelques rares exceptions près, il semble que je sois passée à côté de l'aspect humoristique du film, du film dans son ensemble d'ailleurs.

3/10

Le roi Arthur : la légendre d'Excalibur

Arthur, élevé dans un bordel, ignore tout de son ascendance. Avec sa bande, il tient son quartier, jusqu'au jour où il réussit à tirer Excalibur de son rocher. Désormais la cible de Vortigern et de ses Culottes noires, il doit apprendre à maîtriser l'épée, à surmonter ses démons intérieurs et à unir le peuple. 
J'aurais aimé réussir à passer sur les monstruosités historiques qui parsèment ce film, je n'ai pas réussi. Un noir et un asiatique dans l'Angleterre du Haut Moyen-Âge ? Arthur avec un truc qui ressemble quand même vachement à un bombardier ? Et ça ce sont seulement les deux plus énormes qui vous font sortir du film. Sans parler des libertés prises avec la légende arthurienne (et ce sans l'humour hilarant d'Astier). Bref, passons. Son déroulement est celui, classique, du film initiatique avec scénario anémique ponctué d'invraisemblances et, ce malgré quelques bonnes répliques. Avec ça, qu'est-ce qui fait que le divertissement reste plaisant ? La qualité des deux acteurs principaux et du reste du casting d'abord. Charlie Hunnam campe un Arthur canaille qui aime se battre mais hésite face au pouvoir. Jude Law -qui retrouve Ritchie après les deux Sherlock Holmes- joue un roi assoiffé de pouvoir quitte à en payer le prix. Astrid Bergès-Frisbey, Djimon Hounsou, Eric Bana et Aidan Gillen complètent ce casting avec charme pour la première, et expérience pour les autres. Ensuite, et heureusement, sur une B.O survoltée, le film est très rythmé, bourré d'action et d'effets spéciaux bien réalisés. Visuellement, l'image s'avère riche et généreuse. J'ai apprécié la bonne idée de piquer Ursula de La petite sirène de Disney, son design est glauque à souhait. A noter l'influence visible du Seigneur des anneaux et de Game of thrones, l'émotion en moins. Agréable à voir sur grand écran, ce film connaîtra sans doute une suite -ou plusieurs- du moins s'il marche au box office. 
6/10

lundi 15 mai 2017

Le vallon d'Agatha Christie

Suite du cycle Agatha Christie. Sans doute l'un de mes préférés dans sa version télévisuelle, d'ailleurs très fidèle, à l'exception de la suppression d'un personnage somme toute assez inutile. 
Hercule Poirot enquête sur l'assassinat d'un médecin, John Christow, tué par balles au bord de la piscine dans la propriété du Vallon où il passait le week-end en compagnie de son épouse, chez leur amie Lady Angkatell. Il soupçonne Gerda, l'épouse du médecin, qui avait des raisons d'être jalouse. Or les preuves font défaut. Henrietta, une artiste, amie du couple - et confidente du médecin - partage le même sentiment.

Pour la bio de Dame Agatha, c'est long. Vous pouvez vous contenter du petit paragraphe qui suit. Pour la version longue, vous pouvez vous reporter à ma critique de Mort sur le Nil. 
Agatha Christie, née Agatha Mary Clarissa Miller (1890 - 1976), surnommée la « Reine du crime » est considérée comme l'auteur le plus lu chez les Anglo-Saxons après Shakespeare. Elle a écrit plusieurs romans sous le pseudonyme de Mary Westmacott. C'est aussi l'auteur le plus traduit dans le monde. Elle a publié 66 romans, 154 nouvelles et 20 pièces de théâtre. Ses romans et nouvelles ont été maintes fois adaptés au cinéma ou à la télévision.

Le vallon, c'est une enquête particulière où le coupable semble si évident que cela pourrait être une mise en scène. D'ailleurs elle est très secondaire, presque entièrement menée par un policier dubitatif -on doute tout de même jusqu'au bout. Les intrigues amoureuses et familiales, tantôt bateaux, tantôt plus surprenantes et non conventionnelles, la surpassent aisément. L'ambiance y est un peu magique, sans doute grâce à cette étrange et réjouissante famille, les Angkatell. 
Les personnages sont extraordinaires et particulièrement bien développés. Il y a le farfadet, lady Angkatell, encore séduisante, d'une désarmante franchise, d'un égoïsme forcené et d'une étourderie confondante (il faut l'entendre dire à son mari que puisque John avait été invité, il ne pouvait y avoir "d'accident"), sir Henry, le gentleman bienveillant, Gudgeon, l'indispensable majordome efficace et totalement dévoué, Henrietta, l'artiste charismatique et radicale, Edward, le gentleman fin de race amoureux du passé, Midge, la jeune femme presque normale, qui parfois n'en peut plus de cette famille exaspérante et déconnectée des réalités mais ne la quitterait pour rien au monde, Gerda, l'épouse dévouée, fragile mais loin d'être aussi lente qu'elle le laisse paraître, John, le médecin charmant et dévoué à l'altruisme douteux, David, l'étudiant gauchiste (c'est lui qui n'a que peu d'utilité) et Veronica Cray, l'actrice sublime qui veut tout, tout de suite. Cette famille cinglée, qui cultive un entre-soi délirant parce que, qui d'autre pourrait les supporter ? Qui d'autre pourrait suivre les propos décousus de lady Angkatell ? Leur façon de se comprendre à demi-mots est géniale. Ils représentent une Angleterre déjà en voie de disparition au moment où le roman a été écrit (1946).Leurs relations sont complexes et parfois difficiles, toutefois, ils font bloc.
On suit plus particulièrement les pensées et états d'âme d'Henrietta et de Gerda. La première est une femme complexe que l'on peine parfois à suivre. Elle est pragmatique et créative à la fois, complètement artiste et tellement amoureuse mais sans ostentation. Poirot ne s'y trompe pas. La seconde est une femme simple qui a découvert que, quitte à être prise pour une idiote, autant en profiter à fond et laisser les autres agir à sa place. Et pourtant, elle ne peut se défendre d'une naïveté certaine, d'une pensée limitée. 
Dans cet opus, Poirot observe, écoute, sait qu'on lui ment. Il se montre toujours aussi courtois, toujours aussi amoureux de la symétrie (saleté d'arbres !), toujours aussi brillant, toujours aussi conscient de ses capacités intellectuelles. Pour une fois, pas de grande scène théâtrale de résolution finale. Ici Christie prend le parti de la comédie dramatique intimiste où l'intrigue policière n'est qu'un prétexte à la peinture de cette famille renversante dans une Angleterre en pleine mutation. 

9,5/10

dimanche 14 mai 2017

Alien : covenant

L'équipage du vaisseau Covenant, à destination d’une planète située au fin fond de notre galaxie, découvre ce qu’il pense être un paradis encore immaculé. Il s’agit en fait d’un monde sombre et dangereux, cachant une menace terrible. Il va tout tenter pour s’échapper.
Après une scène introductive magistrale, Scott revient au space opera inquiétant. Moins philosophique que Prometheus, Covenant ne se pose pas moins des questions métaphysiques - du genre une machine peut-elle être perverse ? Il n'apporte pas toutes les réponses, notamment suite au premier opus. Toutefois, plusieurs réponses apparaissent en creux. Encore une fois, l'équipage semble inexpérimenté et prend des décisions catastrophiques. Billy Crudup et Katherine Waterston sont sympathiques mais pas assez charismatiques, ils se font voler la vedette par le toujours fascinant Michael Fassbender. La foi du premier est verbalement mise en avant mais jamais dans les actes et ne semble pas avoir d'utilité scénaristique. Du coup, qu'est-ce qu'elle fait là ? Encore une fois, les personnages manquent de background et donc du coup d'épaisseur. Cela dit, Daniels est attachante. Les effets spéciaux sont chouettes. Cependant, quand deux Fassbender se font face, on peut voir les traits et la carrure de l'autre acteur qui lui fait face dans l'ombre. Les aliens apparaissent beaucoup, c'est sympa, d'autant que leur design flippant et plein de dents me plaît bien. La planète est belle et les constructions intéressantes. Si la tension existe et se maintient bien, le film ne tombe jamais, selon moi, dans la case horreur et peut se révéler prévisible. C'est beau, intéressant et imparfait. Pourtant malgré ses imperfections, y compris le pseudo twist final mal géré, Covenant a réussi à m'embarquer dans son univers, sans doute grâce à l'impressionnante maîtrise de Ridley Scott.
8/10