vendredi 26 mai 2017

L'amant double

Chloé, une jeune femme fragile, tombe amoureuse de son psychothérapeute, Paul. Quelques mois plus tard, ils s’installent ensemble, mais elle découvre que son amant lui a caché une partie de son identité.
J'ai beaucoup pensé à Enemy avec Jake Gyllenhaal pendant la séance. Ceux qui ont lu ma critique au sujet de ce film savent que ce n'est pas un compliment. De la première scène inutilement clinique à la dernière scène d'esbroufe non moins inutile, en passant plusieurs scènes vraiment bizarres, je me suis demandée pourquoi j'avais voulu voir ce film. J'attendais un film sensuel avec suspense psychologique, je me suis retrouvée devant un OCNI -objet cinématographique non identifié- qui mélange psychologie, psychiatrie, suspense, horreur, thriller érotique en évoquant la gémellité, la maternité, le couple, la relation psy/patient. Ozon s'amuse à brouiller la frontière entre fantasme, hallucination, rêve et réalité. On est vite perdu. Et quand on croit ne pas l'être, on l'est encore, même si, paradoxalement, j'avais soupçonné une partie du dénouement. Du coup, la révélation finale, décevante, suscite un "tout ça pour ça ?". La mise en scène multiplie les symboles (miroirs, escaliers...) mais je ne l'ai pas tous compris. Par exemple, quel est l'objet du délire avec les chats ? Marine Vacth joue bien mais son personnage peut agacer : elle se complaît dans sa situation. Jérémie Rénier, troublant à souhait, est excellent -et joli à regarder, ce qui ne gâche rien. Certaines scènes m'ont mise mal à l'aise, en cela elles étaient réussies puisque c'en était visiblement le but. Formellement, le film est beau, la photographie léchée et la B.O très sympa. Ça ne suffit pas à réveiller une intrigue languissante où le spectateur flirte avec l'ennui.

3/10

mardi 23 mai 2017

Cinq petits cochons d'Agatha Christie

Hercule Poirot, le retour ! 
Cinq témoignages accablants ont fait condamner à la détention perpétuelle Caroline, la femme de Amyas Crale, peintre renommé, mort empoisonné. Seize ans après, Hercule Poirot, contacté par la fille du couple, prend l'affaire en main. Ne s'arrêtant pas aux évidences, tirant parti du moindre indice, il fait éclater une vérité à laquelle personne ne s'attendait. 

Pour la bio de Dame Agatha, c'est long. Vous pouvez vous contenter du petit paragraphe qui suit. Pour la version longue, vous pouvez vous reporter à ma critique de Mort sur le Nil. 
Agatha Christie, née Agatha Mary Clarissa Miller (1890 - 1976), surnommée la « Reine du crime » est considérée comme l'auteur le plus lu chez les Anglo-Saxons après Shakespeare. Elle a écrit plusieurs romans sous le pseudonyme de Mary Westmacott. C'est aussi l'auteur le plus traduit dans le monde. Elle a publié 66 romans, 154 nouvelles et 20 pièces de théâtre. Ses romans et nouvelles ont été maintes fois adaptés au cinéma ou à la télévision. 

Dans Cinq petits cochons, l'enquête est purement psychologique puisqu'elle se déroule seize ans après les faits. Il s'agit pour Hercule Poirot de s'adapter à chaque interlocuteur pour en tirer le plus d'informations possible ; son habilité en la matière est tout à fait exceptionnelle. Il doit extraire la vérité des témoignages subjectifs des professionnels de la justice et des cinq témoins. 
Les deux personnages principaux de ce roman en sont paradoxalement absents. Ils ne sont décrits qu'en creux et dans le passé. Amyas Crale, peintre doué et renommé, homme foncièrement égoïste qui aimait réellement sa femme mais bien mal. Seul son art comptait pour lui et Christie réussit à rendre ce personnage aussi touchant qu'agaçant. Cette façon qu'ont les gens de tout lui pardonner parce que c'est un artiste m'a horripilée. Caroline Crale, sur laquelle tous avaient un avis différent. Mégère autoritaire manipulatrice ou épouse dévouée trompée souffrant pour ainsi dire en silence. Quelle est la vérité sur ce couple qui se disputait si souvent ? Meredith Blake, propriétaire terrien, avait un faible platonique pour Caroline. Son frère, Philipp, meilleur ami d'Amyas, la détestait. Elsa Greer, jeune maîtresse du peintre si insolente, la méprisait. La gouvernante, miss Williams, aussi guindée que l'ère victorienne qu'elle n'a pas tout à fait quittée, respectait et appréciait Caroline, en revanche, elle détestait Amyas. Angela, demie-sœur gâtée de Caroline, l'adorait. Avec sa nièce, elle est la seule à vouloir croire à l'innocence de l'épouse bafouée. 
La psychologie des personnages et la démonstration de la subjectivité des témoignages à cause des filtres à travers lesquels ils analysent les faits, montrent la finesse et l'intelligence de l'auteur. En revanche, la construction géométrique du récit, illustration littéraire des méthodes de Poirot, s'avère prévisible et manque de naturel. 
Je dois avouer que j'adore le téléfilm qui adapte le roman. Le casting y est incroyable. Il lui a été conféré une ambiance de fin d'été campagnard mêlée de tension qui transparaît du livre sans réussir à vraiment y exister. La lumière et la photographie, soignées, y sont superbes. 
Malgré quelques défauts, Cinq petits cochons est un bon roman de whodunnit : quelques indices infinitésimaux, une remarque anodine ou deux, beaucoup de psychologie et une intrigue bien tenue.

8,5/10