samedi 24 juin 2017

Miss Peregrine's house for peculiar children tomes 1, 2 et 3 de Ranson Riggs

Après avoir vu le fantastique film de Tim Burton, j'ai eu envie de lire les livres. Je n'ai pas tardé à m'y mettre. Pour publier cet avis sur la trilogie entière, j'ai dû attendre la sortie du 3ème volume en poche, veuillez excuser le délai imposé.
Pendant toute son enfance, Jacob, 16 ans, a écouté les récits que lui racontait son grand-père, Abraham Portman. Lorsque ce dernier meurt sous les yeux de son petit-fils dans des circonstances étranges, Jacob part en compagnie de son père sur l'île de Cairnholm au large du Pays de Galles. Son grand-père y a passé son enfance dans l'orphelinat de Miss Peregrine. Il veut comprendre ce qu'il s'est passé là-bas, et peut-être retrouver les enfants particuliers qui représentaient l'entourage de son grand-père. Une fois sur l'île, le jeune homme trouve de nouvelles photographies, ainsi que l'orphelinat, et peu à peu, démêle les fils du passé.

Ransom Riggs (1979 - ) est un écrivain américain de fantasy. Il a grandi dans le Maryland puis en Floride. Miss Peregrine et les Enfants particuliers a atteint la première place de la liste des best-sellers du New York Times dans la catégorie livres pour enfants et est resté en tout 63 semaines sur cette liste. Il a écrit plusieurs livres autour de l'univers des Particuliers.

D'abord, les livres sont de beaux objets, même en édition poche, grâce, notamment, aux photos qui les parsèment. Ce sont tout d'ailleurs de drôles de photos, tantôt anodines mais mises en situations, tantôt vraiment bizarres. Le premier tome prend le temps de poser la situation et les personnages. Jacob est un garçon peu sûr de lui, qui rêve d'autre chose que sa morne Floride. Il est plus audacieux qu'il ne le pense, prêt à suivre les pas de son grand-père tant aimé. Ce dernier était un type étrange qui racontait d'étranges histoires avec d'étranges photos à l'appui. Les parents de Jacob sont des gens ordinaires assez peu développés avec qui Jacob a des relations distendues. Les enfants particuliers ont des dons utiles, surprenants ou glauques, qui correspondent parfaitement à leur personnalité. Je trouve les histoires d'amour charmante -surtout la secondaire que je trouve infiniment poétique. Tous ou presque sont attachants. J'aurais toutefois aimé en savoir plus sur leur passé.
Le roman s'attarde plus que le film -et c'est normal- sur la situation des enfants dans la boucle : leur isolement, leur ennui, la contradiction entre leur âge apparent et leur âge véritable. Le concept même de la boucle temporelle est passionnant, comme celui des ombrunes (le mot est beau). Mélancolique, parfois macabre, toujours poétique, il distille le mystère jusqu'au bout et offre même de beaux moments d'action dans la dernière partie. Riggs propose un univers riche, à la fois sombre et coloré. Bien que le rythme soit lent, le lecteur est happé dans ce monde fantastique et a du mal à lâcher le livre.
Le deuxième tome reprend exactement là où le premier s'arrête. Cet opus contient plus d'action, sans éluder les questionnements. Jacob s'inquiète pour ses parents, pour ses amis, s'interroge sur son don qui commence -enfin- à se développer. On découvre les étranges animaux particuliers, surtout le chien qui parle, très marrant. On en apprend un peu plus sur les enfants particuliers mais on pourrait encore largement approfondir. Enoch est de plus en plus agaçant alors que Hugh s'avère très utile. Bronwyn dévoile son instinct maternel et Olive son caractère lunaire. Emma révèle son caractère de leader quand Jacob, toujours tiraillé, apprend à maîtriser ses capacités. Riggs amène de nouveaux personnages, pour la plupart peu sympathiques et sur lesquels il s'étend peu. J'ai trouvé l'histoire du garçon qui disparaît émouvante. Il évoque assez longuement les dévastations et les drames qu'a connu Londres pendant le Blitz. Certains passages recèlent une grande tristesse.

Ce tome est plus centré sur les nombreuses aventures des protagonistes confrontés aux sépulcreux, aux estres, ainsi qu'aux humains plus ou moins bien attentionnés. Je n'avais pas vu venir le twist final qui vous fiche par terre. Il y a sans doute des incohérences et des défauts mais c'est la force de ce livre de permettre au lecteur de s'immerger dans un univers étrange à la fois sombre et fantaisiste. J'ai lu ce tome très vite tant les rebondissements s'enchaînent avec rythme.

Le troisième tome, que j'ai attendu longtemps, reprend directement là où le précédent s'était arrêté, dans le métro. Même si les mois passant, j'ai oublié certains détails des précédents livres, je n'ai pas eu de difficulté à me repérer. Ça y est, nous pénétrons dans l'Arpent du Diable dont on avait parlé, et pas en bien. C'est encore pire que prévu et c'est tant mieux. Tout y est pourri, l'eau, l'air et les gens. On y trouve des drogués, des esclaves, des animaux maltraités... Les pouvoirs de Jacob se développent encore, c'est sur eux qu'est centré le livre. Ses relations avec Emma s'approfondissent, alors que les Creux deviennent plus importants, presque attachants. On rencontre de nouveaux personnages particulièrement complexes : principalement Sharon le passeur, référence mythologique claire et contrebandier, Bentham, scientifique des particuliers, lui-même très particulier et Mère Poussière qui a une façon singulièrement dégoûtante de soigner. 

Le rythme va crescendo, du début finalement un peu lent au final explosif à double détente vraiment passionnant. On en apprend de plus en plus sur l'origine des estres et des sépulcreux, les boucles et la mystérieuse bibliothèque des âmes. Je trouve le concept du Panloopticon absolument génial. Je ne dévoile rien pour ne pas gâcher la surprise mais je rêve qu'un endroit comme ça puisse exister, ce serait une merveille ! Les photos sont assez inégales, certaines collent vraiment bien, d'autres semblent remplir l'espace. Une petite chose m'a toutefois gênée : Emma et Jacob ne dorment presque jamais, sont souvent blessés et presque toujours épuisés, mais ils continuent de courir et de sauter partout.

Au final, une belle trilogie fantastique, originale, imaginative, aventureuse, et de beaux livres.

Le film, outre le fait d'inverser deux personnages pour des raisons de télégénie, adapte principalement le premier tome tout en introduisant des éléments du deuxième et du troisième. Comme je l'avais pensé lorsque je l'ai vu, il aurait mérité deux films, voire trois. Je ne comprends pas pourquoi l'action a été contractée à ce point, du coup, ça se sent dans la dernière partie. La spectatrice et la lectrice en moi en sont frustrées, c'est dommage.
9/10

jeudi 22 juin 2017

La fractale des raviolis de Pierre Raufast

On m'a offert ce livre pour mon anniversaire. La 4ème de couverture m'a amusée. 
Il était une fois une épouse bien décidée à empoisonner son mari volage avec son plat favori. Mais, alors que s'approche l'instant fatal, un souvenir interrompt le cours de l'action. Une nouvelle intrigue commence aussitôt et il en sera ainsi tout au long de ces récits gigognes : les aventures extraordinaires d'un jeune garçon solitaire qui, parce qu'il voyait les infrarouges, fut recruté par le gouvernement ; les inventions stratégiques d'un gardien de moutons capable de gagner la guerre d'Irak ; les canailleries d'un détrousseur pendant l'épidémie de peste à Marseille en 1720 ou encore la méthode mise au point par un adolescent sociopathe pour exterminer le fléau des rats-taupes.

Pierre Raufast (1973 - ) est ingénieur diplômé de l'Ecole des Mines de Nancy. Il vit et travaille à Clermont-Ferrand. Auteur de deux ouvrages sur le management en entreprise, « La Fractale des raviolis », est son premier roman. Il obtient le prix Jeune mousquetaire, le prix de la Bastide et le prix "Talents Cultura" 2014. En 2015, « La variante chilienne » est dans la sélection du prix du roman Fnac. En 2017, il publie « La baleine thébaïde ». 

Le système du roman en gigogne, pourquoi pas. Chaque récit en amène un autre, avec un fil conducteur plus ou moins évident. En fait, c'est presque un recueil de nouvelles. Ce qui est dommage, c'est que le récit de départ, totalement négligé, aurait mérité d'être bien plus développé. C'est aussi le plus humoristique de ces historiettes qui sont souvent morbides, cruelles, voire glauques. J'ai particulièrement aimé le détrousseur de la peste et le passionné de mathématiques et d'art. Le sociopathe m'a beaucoup moins plu. Je ne suis pas sûre d'avoir tout saisi mais la chute m'a fait rire. 
Le style est plaisant, les pages défilent vite. Toutefois, rien n'est saillant, rien ne retient l'attention plus longtemps que le temps de la lecture. L'auteur développe une belle habilité à sauter du coq à l'âne, du médaillon de la vierge au rat-taupe, de la cuisine d'un couple en crise à un sordide bar à hôtesses belge. En revanche, il parvient à faire sourire de temps à autre mais pas vraiment à faire rire. Pourtant, avec « Je suis désolé, ma chérie, je l'ai sautée par inadvertance. », il était bien parti.
C'est un petit livre plaisant mais pas extraordinaire, à lire sur la plage ou dans le train qui y mène. 

6/10

mercredi 21 juin 2017

Les ex

Antoine n’ose plus s’engager, Didier regrette son ex-femme, le père Laurent doit célébrer le mariage de son ex, Julie, Serge est harcelé par l’ex de sa petite amie du moment, tandis que Greg se console avec le chien… de son ex ! Qu’ils nous obsèdent ou que l’on adore les détester, au fond, il est difficile d’oublier ses ex ! 
Les ex est une comédie chorale foutraque dont les segments sont très inégaux. Le harcèlement brutal par l'ex lesbienne est trop outré pour être crédible une seconde. La fiancée qui tombe sur son ex devenu prêtre, l'idée de départ était bonne mais son traitement si superficiel, si creux, si surfait, qu'il n'intéresse pas. D'autant que, autant Stéfi Celma est sympathique -bien que son jeu soit limité ici-, autant Arnaud Ducret m'agace, il n'est jamais juste et jamais crédible. La prêtrise, ce n'est pas un intermède en attendant que ton ex revienne ! Le segment d'Antoine est mitigé : histoire sympa, Judith El Zein et Jean-Paul Rouve charmants mais les jumelles sont horripilantes. Celui Didier, plutôt cool, tient sur ses acteurs, Natacha Lindinger et Patrick Chesnais, sans filtre. Quant à Greg et son bouledogue, ils sont adorables et pleins de sensibilité. Baptiste Lecaplain, plus en retenu que d'habitude, est excellent. Les personnages sont plus ou moins bien plantés. Le principal problème du film, c'est qu'il n'est pas drôle. Il fait pas mal sourire, rire une fois ou deux mais sinon, il relève plus de la petite histoire sympathique mais poussive.
 
5/10

PS : Comparer ce film à Love Actually, une comédie quasi parfaite où tous les acteurs sont excellents, c'est un non-sens, une insulte, bref une bêtise.

lundi 19 juin 2017

Au paradis des manuscrits refusés d'Irving Finkel

Je flânais dans une librairie quand j'ai vu ce livre. Je l'ai acheté pour ainsi dire uniquement sur le titre. 
La Bibliothèque des Refusés sauvegarde tout texte ayant essuyé refus sur refus de la part des éditeurs. L'arrivée impromptue d'une insupportable bibliothécaire américaine, l'imposture d'une actrice se faisant passer pour une étudiante dans l'idée de voler des idées pour son prochain film, la menace de cambrioleurs convaincus de trouver là le gros lot, sans compter l'irruption de nombreux aspirants écrivains... autant de mésaventures qui viennent perturber l'ordre tranquille de la Bibliothèque.

Irving Leonard Finkel (1951 - ), philologue, archéologue et assyriologue britannique, spécialiste du cunéiforme, est conservateur au département du Moyen-Orient au British Museum. Il est notamment l'auteur de L'Arche avant Noé.

C'est toujours dangereux de proclamer que le livre fait preuve d'un "irrésistible humour british". Certes, quelques passages sont vraiment drôles et le livre se lit avec plaisir. Toutefois j'ai dû m'accrocher pour continuer parce que le livre, somme toute assez court, ne démarre pas avant la 70ème page environ. A partir de là, les événements se succèdent sous forme de saynètes sans autre lien que l'existence même de la bibliothèque. Le manque de trame de fond est l'un des deux problèmes majeurs du livre. Le concept de départ est absolument génial : conserver les manuscrits dont personne ne veut. Absolument personne. Et pour cause, le plus souvent ! Il est question de littérature, de légitimité de la publication, de fantastiques lettres de refus et d'intrus divers et variés que le personnel tente vaillamment de contenir hors des murs de la vénérable institution (ah, les cambrioleurs !). On suit plus particulièrement le Dr Dr (oui oui) Montague Patience, conservateur en chef, et sa secrétaire miss Ogilvie, la plus efficace des assistantes. Les autres personnages sont peu ou prou interchangeables à quelques rares exceptions près. Un autre auteur aurait sans doute réussi à tirer de cette belle idée de départ le livre hilarant qu'elle méritait (J.M Erre peut-être). Pourtant,  la lecture est plaisante et même s'améliore au fur et à mesure.

5,5/10

dimanche 18 juin 2017

Nos patriotes

Après la défaite française de l'été 1940, Addi Ba, un jeune tirailleur sénégalais, s'évade et se cache dans les Vosges. Aidé par certains villageois, il obtient des faux papiers qui lui permettent de vivre au grand jour. Repéré par ceux qui cherchent à agir contre l'occupant, il participe à la fondation du premier "maquis" de la région. 
J'étais disposée à adorer, je suis un peu déçue. Le film manque trop de souffle et de force pour vraiment emballer. A trop s'attacher au quotidien, Le Bomin oublie l'ampleur de son sujet et fait trébucher le rythme de son film. On observe la création du premier maquis des Vosges, de leurs premières actions et au final on s'ennuie un peu, comme les personnages qui dorment juste avant leur coup d'éclat, le tout sur des dialogues assez plats. Rien de précis à reprocher au casting, sinon que l'excellent Pierre Deladonchamps n'apparaît pas assez souvent à l'écran alors que Marc Zinga n'a pas les épaules pour ce rôle. Je regrette que le pauvre Allemand hérite encore du sempiternel tempérament alliant grande froideur, absence totale d'empathie et pointe de sadisme, l'histoire est rarement aussi manichéenne que cela. Le film traite autant de résistance que de racisme ordinaire ; il exalte le courage et le patriotisme. Cependant, alors qu'il évoque assez brillamment les difficultés de la vie dans le maquis, il balance lourdement des dilemmes moraux artificiels et ne parvient pas à donner de l'épaisseur à ses personnages secondaires qui ne font que passer puisque leur destin nous reste inconnu. Certaines pistes sont ainsi abandonnées, comme la complexité du personnage de Louise ou la relation de couple de l'institutrice qui pourtant avaient de l'intérêt. Addi Bâ est un homme intéressant mais l'interprétation ne le rend guère charismatique. Je me suis demandé comment il pouvait séduire autant et dans toutes les classes. La toute fin parvient à émouvoir le spectateur mais on ne peut pas dire que ce soit dû au film, la situation est suffisamment émouvante en soi.  Rien dans ce documentaire, plutôt joli malgré des effets spéciaux ratés, ne restera dans les mémoires. Fait significatif : j'ai passé beaucoup de temps à essayer de reconnaître les lieux que je connais et beaucoup moins à m'inquiéter pour les personnages.
 
4/10