vendredi 30 juin 2017

L'arnacœur

Alex est briseur de couple professionnel. Sa méthode : la séduction. Sa mission : transformer n'importe quel petit ami en ex. Mais Alex a une éthique, il ne s'attaque qu'aux couples dont la femme est malheureuse. Alors pourquoi accepter de briser un couple épanoui de riches trentenaires qui se marie dans une semaine ?
Le film repose principalement sur l'alchimie entre les acteurs, qui se sont visiblement beaucoup amusés. Romain Duris, bon danseur, charmant séducteur, gaffeur irrésistible, et Vanessa Paradis, toujours pleine de charme, de charisme et de grâce, future mariée en plein doute, forment un couple extra. Julie Ferrier et François Damiens sont loufoques à souhait. Héléna Noguerra est une nymphomane très encombrante (et réaliste) ; Andrew Lincoln est le gendre idéal tendance parfait. La technique de drague d'Alex ne fait pas dans la finesse mais quelle fille ne s'est jamais laissée prendre à ce genre de numéro ? C'est tellement kitsch, que c'est drôle. Malgré quelques invraisemblances, des clichés et une certaine prévisibilité, le film est rythmé, plein de d'humour, de légèreté, de romantisme (la scène dirty dancing géniale). Il associe vraie drôlerie et paysages de rêves pour une ambiance estivale et romantique à souhait. La BO est top. Et, soyons chauvin, c'est français ! et aussi bon que les Américains pour une fois, ce qui vaut la peine d'être noté. Une romcom pétillante et solaire qui sait, par son charme, faire oublier ses petits défauts et son manque de subtilité. Une gourmandise à savourer. 
Ma note : 9,5/10 
 

L'affaire Jane Eyre de Jasper Fforde

Un autre livre offert pour mon anniversaire. J'en avais entendu parler mais je n'avais pas donné suite. Heureusement, quelqu'un y a pourvu pour moi.
Dans le monde de Thursday Next, la littérature fait quasiment office de religion. A tel point qu'une brigade spéciale est chargé de traquer les plagiats, chercher la paternité des pièces de Shakespeare ou arrêter les revendeurs de faux manuscrits. Thursday appartient à cette brigade, jusqu'à ce qu'une autre la recrute pour traquer un ancien professeur psychopathe et machiavélique.

Jasper Fforde (1961 - ), écrivain britannique, a travaillé vingt ans dans l'industrie cinématographique sur des films tels que Haute Voltige et GoldenEye. Il vit au pays de Galles où il pratique l'aviation et la photographie. Son premier roman, L'Affaire Jane Eyre, a essuyé 76 refus d'éditeurs avant d'être finalement accepté et publié par Penguin. Le livre a connu, dès sa sortie, un grand succès. Fort de ce premier succès, Jasper Fforde a poursuivi les aventures de Thursday Next dans plusieurs romans. Il a créé trois autres séries : Nursery crime division, La tyrannie de l'arc-en-ciel, et Jennifer Strange.


J'avais un peu peur que le roman parte dans tous les sens. et qu'il massacre l'une de mes œuvres favorites, à savoir Jane Eyre donc. C'est vrai qu'il est riche, généreux, parfois un peu foutraque mais surtout jubilatoire. Fforde a créé une uchronie complète dans laquelle les arts sont primordiaux et la guerre de Crimée toujours en cours. Au début, j'ai eu un peu de mal à me plonger dans cet univers inconnu. Et puis les pages défilant, j'ai pris de plus en plus de plaisir à ma lecture dans ce monde étrange, souvent loufoque, que le lecteur découvre petit à petit par touches successives. J'aurais aimé que le travail quotidien des Litteratecs soit plus développé afin de mieux appréhender cette profession pour laquelle je postule dès à présent. A bon entendeur...
Thursday Next est une héroïne attachante, imparfaite, intelligente et volontaire mais parfois imprudente. elle se trompe, elle souffre mais elle avance, un vrai bulldozer. Son étrange et virevoltant père fait des apparitions sporadiques mais remarquées. Son délirant oncle Mycroft et sa terre à terre tante Polly sont drôles et attachants. On rencontre aussi son ancien amoureux, Landen, le genre un peu falot, on se demande ce qu'elle lui trouve. Acheron Hadès campe un méchant méphistophélique charismatique. Bowden est un bon second quoique sous-exploité et Victor un chef sympathique. Quant à Rochester, on découvre une nouvelle facette d'un personnage déjà fascinant.
Le style, efficace, fait du roman un véritable page turner dans lequel les rebondissements se multiplient. Je regrette qu la quatrième de couverture en révèle un qui se produit assez loin dans l'ouvrage. Fforde rend y un vibrant hommage aux arts en général, à la littérature en particulier. Les noms d'auteurs défilent comme les pages, certains connus, d'autres inconnus. Je dois admettre que quand il a été question de s'en prendre à deux de mes romans favoris, je n'ai pas pu m'empêcher de m'écrier "Ah ! non !". Heureusement, j'étais seule chez moi. L'auteur multiplie les trouvailles : les automates qui récitent des extraits de Shakespeare, les vers correcteurs qui donnent des synonymes, la possibilité d'entrer dans les œuvres et même d'y croiser l'auteur, la pièce de théâtre jouée par les spectateurs, tous les John Milton... J'ai adoré pouvoir entrer dans un roman et vivre avec les personnages quand ils ne sont pas "sur la page". Et il le fait avec humour, un humour décalé, qui tourne parfois à l'absurde. Les aventures de Thursday ne sont pas seulement ébouriffées, elles sont aussi ébouriffantes. 

9/10 

PS : Si vous avez lu Jane Eyre, c'est mieux.

dimanche 25 juin 2017

It comes at night

Alors que le monde est en proie à une menace terrifiante, un homme vit reclus dans sa propriété totalement isolée avec sa femme et son fils. Quand une famille aux abois cherche refuge dans sa maison, le fragile équilibre qu'il a mis en place est soudain bouleversé. 
Je suis particulièrement mitigée quant à ce film. Autant l'atmosphère est réussie, autant l'histoire ne m'a pas forcément convaincue. Le suspense est haletant, soutenu par une B.O oppressante et le jeu parfait des acteurs, à commencer par Joel Edgerton, habité, et Kelvin Harrison Jr., émouvant. Le traitement de la paranoïa, de la peur, du protectionnisme familial s'avère intelligent et plein de réalisme dans ce décor de bois ensoleillés contrastant avec la maison toujours plongée dans l'ombre. Au passage, le couple mixte ici est un non-sujet, tant mieux, on progresse. En revanche, je n'ai pas tout compris, certains éléments restent complètement nébuleux pour moi. L'absence totale d'explication, même implicite, m'a gênée. De surcroît, malgré la tension qui vous noue les épaules, le film manque de rythme, on finit par s'ennuyer un peu. La fin n'est guère réjouissante quoiqu'elle soit émouvante. Filmé très sèchement, film de survie post-apocalyptique plus que film d'horreur, It comes at night est surtout une œuvre terriblement anxiogène sur la nature humaine.
 
5/10