vendredi 28 juillet 2017

Bonjour tristesse de Françoise Sagan

J'ai lu Bonjour tristesse quand j'étais lycéenne, ça fait donc quelques années. Pour un déplacement, j'avais besoin d'un petit livre qui ne pèserait pas trop dans mon sac déjà conséquent.
La villa est magnifique, l'été brûlant, la Méditerranée toute proche. Cécile, dix-sept ans, ne connaît de l'amour que les baisers, les rendez-vous, les lassitudes. Son père, veuf, est un adepte joyeux des liaisons passagères et sans importance. Ils s'amusent, ils n'ont besoin de personne, ils sont heureux. La visite d'une femme de cœur, intelligente et calme, vient troubler ce délicieux désordre. Comment écarter la menace ? Dans la pinède embrasée, un jeu cruel se prépare.

Voici une brève notice biographique, pour le pavé, vous pouvez vous reporter à mon article sur Le garde du cœur.

Françoise Sagan (1935 – 2004) écrit Bonjour tristesse en 1953. Elle obtient le prix des Critiques et connaît un succès immédiat. Happée par le succès et l'argent, fascinée par le jeu et les voitures, elle épouse en 1958 l'éditeur Guy Schoeller dont elle divorce en 1960 pour se marier deux ans plus tard avec Robert Westhoff, avec qui elle a un fils, Denis, en 1962. Le couple se sépare en 1972. Son grand amour, la styliste Peggy Roche fut, jusqu'à sa mort en 1991, sa compagne. Sagan écrit une vingtaine de romans : 30 millions de livres vendus en France. Le théâtre tient une place importante dans son œuvre mais avec un succès en dents de scie. La romancière avait rédigé son épitaphe : "Sagan, Françoise. Fit son apparition en 1954, avec un mince roman, Bonjour tristesse, qui fut un scandale mondial. Sa disparition, après une vie et une œuvre également agréables et bâclées, ne fut un scandale que pour elle-même."

Quel plaisir de redécouvrir ce roman court, 160 pages à peine. Quel plaisir de retrouver la petite musique déjà vive et mélancolique de Sagan ! Celle-ci, dans ce premier roman brillant, a déjà un style reconnaissable, fluide, sensible et caustique. Elle observe à la loupe cette petite société peuplée de gens riches et insouciants, de mâles vieillissants voulant rester jeunes, de demi-mondaines et d'intellectuelles. Elle évoque déjà les thèmes qui hanteront son œuvre : amour, lassitude, égoïsme, jouissance, alcool et facilité. Bien sûr, le scandale que le roman a provoqué lors de sa parution n'a plus lieu d'être, les jeunes filles de dix-sept ne sont plus les mêmes aujourd'hui. Et cependant, il y a quelque chose d'intemporel dans cette histoire simple, presque banale et pourtant extraordinaire par l'ardeur tranquille qui s'en dégage. Pourtant, la première fois que j'ai lu ce roman, je me souviens m'être vaguement ennuyée. Sans doute étais-je trop jeune pour saisir la subtilité de son propos sur le désespoir de soi, d'un vide perçu sans que rien ne soit fait pour le combler.

Bonjour tristesse, c'est un beau roman cruel sur l'égoïsme d'une adolescente oisive, jouisseuse, qui refuse toute contrainte, même sensée. Lucide, elle reconnaît ses défauts mais son indolence l'empêche de réagir. Elle aime son père et réciproquement mais ils n'aiment vraiment qu'eux. Cécile expose sa volonté de vivre seule avec son père, de ne pas le partager alors que s'immisce entre eux cette femme racée, intelligente, sensée qui veut imposer des règles à la jeune fille qui n'en subit d'habitude aucune. Par caprice et presque sans remord, elle va s'abandonner à ses pires penchants, tandis que la distinction même d'Anne l'empêche de pressentir quoi que ce soit. Raymond est un homme léger, inconséquent, un peu lâche, qui ne veut pas se voir vieillir. Anne est une bourgeoise intellectuelle un peu indifférente peut-être, et en même temps concernée, sachant où se trouvent ses devoirs. Elle s'avère bien plus intéressante et attachante que la trop gâtée Cécile dont l'épicurisme enviable ne cache pas complètement le caractère vain.

C'est bon l'été...

9,5/10

Valérian et la cité des mille planètes


Un mystère se cache au cœur d'Alpha, une force obscure qui menace l'existence paisible de la Cité des Mille Planètes. Valérian et Laureline, une équipe d'agents spatio-temporels, vont devoir engager une course contre la montre pour identifier la terrible menace et sauvegarder non seulement Alpha, mais l'avenir de l'univers. 
En général, j'avoue, je suis plutôt fan du travail Besson. Le cinquième élément est pour moi un monument du cinéma SF et j'adore Léon. Avec Valérian, il se plonge à fond dans le space-opéra avec déluge d'effets visuels -réussis. Il nous offre une esthétique foisonnante, riche, colorée, inventive. Les créatures, parlantes, ou non, sont extraordinaires, notamment les Pearls sublimes. J'avais des doutes quant aux deux acteurs principaux. Finalement, ils ont rapidement été levés. Dane DeHaan et Cara Delevigne forment un duo explosif et plein de charme, bien que pas exceptionnel. D'autres acteurs auraient peut-être fait mieux, avec plus de charisme, toutefois, leur charme opère entre les moues amusée de la demoiselle et le sourire ravageur de ce Valérian à la fois blagueur, dragueur et professionnel. Rihanna campe un personnage polymorphe qui décoiffe et qui se révèle presque plus dense que les deux héros, sympathiques mais dépourvus de back-ground. Sa forme réelle est canon et ses "déguisements" sont hyper bien réalisés. Sa danse, sensuelle et piquante, vaut le coup d'œil. L'intrigue s'avère prévisible, très classique, bref un peu faiblarde mais le principal n'est pas là. Beaucoup d'action, un tourbillon d'effets spéciaux, de l'humour qui fonctionne, une B.O entraînante -notamment des génériques au top- et une 3D utile dans les scènes spatiales, particulièrement spectaculaires -mais assez encombrante le reste du temps. On voit que Besson s'est fait plaisir, s'en est même donné à cœur joie et nous fait partager son plaisir. On retrouve aussi son message de brassage des cultures, de mise en commun des intelligences. Les deux premières séquences, réussies, en sont une illustration. Malgré ses défauts, le film remplit sa première mission : divertir et émerveiller.
8/10

dimanche 23 juillet 2017

Dunkerque

Le récit de la fameuse évacuation des troupes alliées de Dunkerque en mai 1940.
Nolan, dont j'apprécie beaucoup les œuvres, a réalisé un survival chorale centré sur le point de vue des Britanniques. Un peu surprenant même si on connaît déjà son goût pour la multiplication des personnages. Dommage que cette fois, la plupart soient en carton, à peine des stéréotypes, des ombres chinoises sur une plage désolée. Les soldats de la plage sont littéralement interchangeables et je pense que c'est volontaire. Le capitaine du bateau -Mark Rylance, toujours émouvant et sobre- et les pilotes -Tom Hardy et Jack Lowden- sont les seuls à être attachants, par leur courage et leur droiture. Cillian Murphy, qui campe brillamment le soldat traumatisé, a un rôle difficile parce que pas sympathique. Pourtant, c'est l'incarnation du soldat qui est arrivé à son point de rupture. Kenneth Branagh représente l'autorité bienveillante qui garde son calme dans la tempête. Le montage déstructuré et la quasi absence de dialogues m'ont un peu perturbée, j'ai eu beaucoup de mal à resituer les scènes sur un axe chronologique clair. Je dois aussi reconnaître que le scénario s'avère extrêmement léger, d'autant qu'il comporte quelques incohérences. Outre l'indéniable qualité des comédiens, ce qui rend le film intéressant, ce qui fait sa véritable force, c'est son aspect immersif. Dès le départ, Nolan et Zimmer incluent le spectateur dans les événements grâce à une bande sonore brillamment orchestrée et à une musique à la fois discrète et parfaitement accompagnatrice. Les scènes d'action, maîtrisées, sont parfaites, notamment celles de combat aérien. Par ailleurs, le film raconte, certes de façon tronquée, un événement méconnu de la seconde guerre mondiale, ce qui est un intérêt en soi. En bref, si le fond a été un peu sacrifié, la forme est impeccable. Attention, si l'effet "cinéma" fonctionne en salle, je doute que le film conserve son intensité sur un écran de taille moindre.
6/10